Plantes, boutures et voyages : attention aux intrus qui menacent notre agriculture !

Plantes, boutures et voyages : attention aux intrus qui menacent notre agriculture ! credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

L’acte anodin qui peut tout changer

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Avouons-le, qui n’a jamais été tenté, au retour d’un beau voyage, de glisser dans sa valise une petite bouture exotique ? Ou, plus simplement, d’acheter un rhizome de gingembre au supermarché en se disant : « Tiens, si j’essayais de le planter à la maison ? » Ces gestes, si innocents qu’ils puissent paraître, cachent en réalité une menace sérieuse, presque invisible, capable de causer des ravages. C’est un peu la face cachée de la mondialisation et, malheureusement, du dérèglement climatique. Ces deux phénomènes se liguent pour faciliter l’arrivée d’organismes nuisibles – qu’il s’agisse de bactéries, de virus, d’insectes, ou même de champignons agressifs – qui pourraient décimer nos cultures, nos plantes ornementales et, ce qui est tout aussi grave, notre flore sauvage.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) met en place des outils sophistiqués pour évaluer et détecter ces risques. Mais n’oublions jamais ceci : nous, citoyens et voyageurs, avons aussi un rôle essentiel à jouer. La santé des végétaux est notre affaire à tous, car notre alimentation et notre biodiversité en dépendent directement.

Les petits organismes nuisibles (ON) qui font de grands dégâts

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Saviez-vous qu’un simple voyageur, même sans mauvaise intention, peut ramener dans ses bagages des agents pathogènes aux conséquences parfois dramatiques pour le monde végétal ? Qu’elles soient cultivées ou qu’elles poussent librement, toutes nos espèces sont potentiellement vulnérables. Il suffit d’un seul Organisme Nuisible (ON) venu d’ailleurs – qu’il soit une bactérie, un virus, un insecte ravageur, ou même une plante invasive qui prend trop de place – pour mettre en péril toute une région.

Historiquement, il est vrai que ce sont surtout les échanges commerciaux internationaux qui constituent les voies classiques d’introduction. On pense aux transports de gros volumes de plantes, de fleurs coupées ou de semis, bien sûr. Mais ce n’est pas la seule porte d’entrée. Prenons l’exemple récent du *Ficus microcarpa*, souvent appelé laurier d’Inde et très populaire en bonsaï. En 2023, c’est ce type de plante, importé de Chine via les Pays-Bas, qui aurait introduit en Toscane, en Italie, un nématode redoutable : *Meloidogyne enterolobii*. Ce minuscule ver polyphage peut attaquer beaucoup d’espèces et ruine complètement le système racinaire de la plante. C’est dire si la vigilance est nécessaire, même pour une plante d’intérieur.

Quand le bois et le gingembre deviennent des menaces inattendues

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Il existe aussi des filières d’entrée beaucoup moins conventionnelles. C’est là que l’histoire et l’ingéniosité humaine (ou plutôt, l’imprudence) entrent en jeu. Pensez au chancre coloré du platane, causé par le champignon *Ceratocystis platani*. Ce ravageur a décimé les platanes urbains aux États-Unis dès les années 1940. Comment est-il arrivé en Europe ? On suppose que durant la Seconde Guerre mondiale, le bois infecté a servi à emballer du matériel de guerre. Les premiers cas en Europe ont ainsi été découverts près des grandes villes portuaires : Naples, Marseille, Barcelone… Une sacrée leçon d’histoire, non ?

Une autre voie d’entrée possible, et non des moindres, survient lorsque l’utilisation première d’un végétal est détournée. Le cas du gingembre est frappant. En Allemagne, l’introduction de la bactérie *Ralstonia pseudosolanacearum* – qui cause un flétrissement dévastateur sur les pommes de terre et les tomates – a été attribuée à des rhizomes de gingembre importés du Pérou. Ces rhizomes étaient destinés à la consommation, mais certaines personnes les ont utilisés pour de la plantation. Le résultat ? Une catastrophe potentielle pour toute la famille des Solanacées. Ce sont ces petites décisions qui nous rappellent l’importance de suivre les consignes d’usage.

Le voyageur, acteur involontaire de la dissémination

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Finalement, même si l’on parle beaucoup du commerce, il faut bien admettre que nous, les voyageurs, sommes aussi des acteurs importants de l’entrée des Organismes Nuisibles. Et ça, c’est sans doute le point le plus difficile à accepter : nous faisons partie du problème ! Entre 2016 et 2021, par exemple, les postes de contrôle en Campanie, en Italie, ont saisi des quantités impressionnantes de produits végétaux cachés dans les bagages de voyageurs revenant de pays tiers. Pensez-y : une petite inspection et hop, les analystes ont identifié des espèces exotiques très alarmantes, comme la *Bactrocera dorsalis*, la mouche orientale des fruits, une espèce elle aussi très polyphage.

Avec l’augmentation des voyages et la vitesse des échanges, les introductions sont sur une pente ascendante. Pourquoi ? Plus de voyages, plus de commerce, et bien sûr, un climat qui change et qui permet à ces ON de s’établir et de se multiplier plus facilement dans des zones où ils n’auraient jamais survécu auparavant. Ces menaces accrues pèsent lourdement sur la santé de nos végétaux, c’est indéniable.

L’Anses et l’art d’anticiper l’ennemi invisible

Face à ces risques, comment se défendre ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) joue un rôle de bouclier essentiel. C’est l’unité Expertise sur les risques biologiques (ERB) qui travaille d’arrache-pied, en utilisant des normes internationales comme la NIMP02. L’idée maîtresse est d’agir *avant* que l’Organisme Nuisible n’arrive sur notre territoire, ou du moins, d’être prêt.

Le processus est méticuleux : il faut d’abord évaluer la probabilité que l’ON arrive ici. Ensuite, on étudie s’il peut s’établir, c’est-à-dire se multiplier. Qu’est-ce qui limite cet établissement ? Principalement deux choses : est-ce qu’il y a assez de plantes hôtes disponibles et est-ce que le climat local convient ? Une fois qu’un ON est bien établi, malheureusement, sa dissémination devient plus difficile à enrayer. C’est pourquoi l’anticipation et des méthodes de détection innovantes sont cruciales.

Des menaces concrètes qui ont déjà frappé l’Europe

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Les impacts d’un ON ne se limitent pas à de la « simple » perte de récolte. Non, il faut envisager des conséquences environnementales, économiques, et même sociétales. Souvenons-nous du désastre causé par l’arrivée de *Xylella fastidiosa* en Italie. Les ravages sur les oliviers ont été immenses, sans parler de l’impact terrible sur les amandiers en Espagne. Ces événements ont eu des répercussions socio-économiques très élevées, je suppose que tout le monde s’en souvient.

L’Anses est très réactive. Le 3 février 2020, par exemple, un rapport a été publié sur le *Tomato brown rugose fruit virus* (ToBRFV), un virus émergent qui menaçait nos cultures de tomates. Les recommandations émises ont permis au Ministère de l’Agriculture de réagir très vite. Plus récemment, en juin 2025, une évaluation sur *R. pseudosolanacearum* (la fameuse bactérie du gingembre) a permis d’élargir la liste des plantes soumises à contrôle aux frontières à plus de quarante espèces ! Cette liste inclut désormais non seulement les solanacées, mais aussi le curcuma, le gingembre (même alimentaire), et des espèces ornementales comme les rosiers et les pélargoniums. C’est dire si l’on prend cette menace au sérieux.

Le Laboratoire de la Santé des Végétaux (LSV) et l’évolution constante

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Le LSV de l’Anses, en tant que laboratoire national de référence (LNR), travaille constamment pour développer et améliorer les méthodes d’identification des ON. Ils ne se contentent pas d’attendre l’arrivée d’un problème ; ils l’anticipent. Ils valident des méthodes selon des critères très stricts (sensibilité, spécificité…) pour être prêts le jour où l’ON sera détecté. C’est grâce à ce travail d’anticipation que le LNR était prêt dès 2015 à analyser les premiers échantillons de *Xylella fastidiosa*.

D’ailleurs, cette méthode d’analyse pour *Xylella* a tellement évolué qu’ils en sont aujourd’hui à la version 6 ! Cela montre bien que la science est en mouvement permanent. Le LSV travaille aussi à comprendre la biologie et l’épidémiologie des ravageurs – comment ils voyagent, d’où ils viennent, ce qui favorise leur développement. Toutes ces informations se complètent pour former une stratégie globale, afin de limiter l’entrée et la dissémination des menaces sur le territoire.

Notre responsabilité citoyenne et les bons réflexes à adopter

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Le message, finalement, est très simple et je suppose que vous l’aurez compris. La santé des végétaux n’est pas uniquement l’affaire des scientifiques et des ministères : c’est la nôtre. Nous devons tous, en tant que citoyens et consommateurs, prendre conscience de la gravité de ce risque.

En vous inspirant des exemples décrits, il est impératif d’adopter ces deux réflexes essentiels :

  • Ne jamais rapporter de végétaux de retour de voyage.
  • Ne jamais planter des végétaux importés qui étaient initialement destinés à la consommation alimentaire.

C’est une petite contrainte de voyage, certes, mais c’est une grande contribution à la protection de notre agriculture et de notre précieuse biodiversité. Et ça, ça vaut bien de laisser cette jolie bouture exotique là où elle est, non ?

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.