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Ces pointes de flèches changent-elles l’histoire de nos ancêtres en Eurasie ?

credit : votrequotidien.ca (image IA)

Une trouvaille minuscule qui secoue nos certitudes

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On imagine souvent la grande histoire des premiers hommes comme une chose lente, écrite avec de gros cailloux. Mais parfois, ce sont des tout petits objets, presque insignifiants, qui bousculent tout. C’est le cas de certaines pointes de projectiles triangulaires, vraiment toutes petites, découvertes sur un site en Ouzbékistan.

Elles ont été identifiées à Obi-Rakhmat, un abri sous roche découvert en 1962, dans des couches de sédiments vieilles de 80 000 ans. La chose remarquable ? Leurs fractures d’impact et leur gabarit minuscule, moins de 2 cm de large pour quelques grammes seulement, en font des candidates idéales pour des pointes de flèches.

Ce qui est encore plus frappant, c’est qu’elles sont rigoureusement identiques à d’autres pointes trouvées bien plus tard, il y a environ 54 000 ans, sur le site de Mandrin, dans la vallée du Rhône en France. Cet endroit est connu pour avoir livré une dent d’Homo Sapiens et témoignerait d’une brève incursion de nos ancêtres directs en territoire néandertalien. Cette ressemblance troublante, à 6 000 km et 25 millénaires d’écart, n’est sûrement pas un hasard.

Une étude publiée dans PLOS One par une équipe internationale, dont Hugues Plisson et Andrey I. Krivoshapkin, suggère que ces micro-pointes pourraient bien être la clé d’un nouveau scénario pour expliquer l’arrivée d’Homo Sapiens en Europe. C’est un peu comme si on avait retrouvé le même modèle de boulon dans deux moteurs très anciens et très éloignés : ça indique un savoir-faire commun.

Le contexte : une préhistoire à repenser et un mystère asiatique

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Pendant longtemps, on a cru que l’histoire humaine était simple et centrée sur l’Europe. On imaginait Cro-Magnon descendant directement de Néandertal. Mais les découvertes du siècle dernier ont tout chamboulé : on sait maintenant qu’Homo Sapiens est originaire d’Afrique. Les plus anciennes traces en Australie datent d’il y a 65 000 ans, et en Europe, les premières occupations sûres du Paléolithique supérieur commencent vers 45 000 ans avant notre ère. Mais entre les deux, il y a un grand vide, une zone d’ombre.

Comment nos ancêtres sont-ils arrivés en Europe ? Les données du Proche-Orient, pourtant proche de l’Afrique, ne s’emboîtent pas bien avec le scénario européen. Certains, comme l’archéologue Ludovic Slimak, ont même émis l’idée en 2023 d’une origine centre-asiatique.

C’est là qu’intervient le site d’Obi-Rakhmat. Entre -80 000 et -40 000 ans, il livre une industrie lithique étrange, un mélange. Elle rappelle à la fois le très ancien Paléolithique moyen du Levant – associé à Misliya à un Homo Sapiens archaïque – et les débuts du Paléolithique supérieur. Dans une couche d’environ 70 000 ans, on a même trouvé les restes d’un enfant qui présente à la fois des traits néandertaliens et d’autres modernes, peut-être le signe d’une hybridation. C’est dans ce décor complexe qu’apparaissent nos fameuses micro-pointes.

Le détail qui change tout : pourquoi ces pointes parlent d’Homo Sapiens

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Alors, qu’est-ce qui fait que ces petits cailloux triangulaires sont si spéciaux ? Tout est une question de balistique et de choix techniques. Une arme n’est pas l’autre.

Une lance, qu’elle soit tenue ou lancée à la main, doit être robuste et lourde pour pénétrer. C’est la masse qui donne la force. À l’opposé, une flèche est légère et rapide. Son pouvoir de pénétration vient de sa vitesse et de son acuité. Pour atteindre cette vitesse, il faut un instrument de propulsion, comme un arc ou un propulseur. Les pointes conçues pour l’une ou l’autre ne se ressemblent donc pas du tout et ne se montent pas sur les mêmes hampes.

Les pointes d’Obi-Rakhmat sont si petites et légères qu’elles ne pouvaient pas être montées sur des lances. Leur largeur correspond au diamètre des hampes de flèches documentées ethnographiquement (8 mm ou moins). Ce n’est pas un choix par défaut, car sur le même site, on trouve d’autres pointes bien plus grosses et épaisses, parfaites pour des javelines.

Et c’est là que ça devient un marqueur anthropologique. Selon les chercheurs, la présence dans un même assemblage d’armatures de types différents, dont certaines sont délibérément microlithiques (très petites), n’est connue à ce jour que dans des sites à Homo Sapiens. Les plus anciens exemples viennent d’Afrique du Sud, du gisement de Sibudu, dans des couches de la culture Pre-Still Bay vieilles de plus de 77 000 ans. Chez Néandertal, les pointes de projectiles sont rares, toujours de fort gabarit, et ne se distinguent pas vraiment des outils utilisés pour d’autres tâches.

La similitude avec Mandrin en France est frappante. À tel point que, mis à part la roche utilisée, on pourrait échanger les pointes des deux sites sans voir la différence. Cette invention microlithique, très sophistiquée, semble donc être une innovation propre à Sapiens. Vu la distance (14 000 km) et la différence de style entre l’Afrique du Sud et l’Asie centrale, il s’agirait probablement de foyers d’invention indépendants.

Conclusion : Vers une nouvelle histoire du peuplement de l’Eurasie

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Alors, ces pointes prouvent-elles la présence d’Homo Sapiens en Asie centrale il y a 80 000 ans ? Les indices sont très forts. Ils dessinent un scénario bien différent de celui qu’on imaginait.

On pensait qu’Homo Sapiens était arrivé en Europe directement depuis l’Afrique, par le chemin le plus court, il y a environ 45 000 ans. Ces découvertes, couplées à des études génétiques récentes, suggèrent plutôt qu’après être sorti d’Afrique, nos ancêtres se sont d’abord installés et ont prospéré dans une zone refuge : le Plateau perse, à la lisière duquel se trouve Obi-Rakhmat.

Cet environnement riche aurait été un concentrateur de population, un lieu propice aux innovations techniques – comme ces micro-armatures de projectiles. De là, des groupes pionniers auraient ensuite essaimé, bien plus tard, vers l’ouest. Mandrin en France et Obi-Rakhmat en Ouzbékistan représenteraient ainsi les deux extrémités, dans le temps et l’espace, de cette phase pionnière.

Cette découverte valide aussi les travaux sur le site de Mandrin, qui avaient été critiqués. Elle montre que l’idée d’une brève incursion de Sapiens armés d’arcs en territoire néandertalien il y a 54 000 ans tenait la route. La convergence entre les données archéologiques (la culture matérielle) et les données génétiques est remarquable et dessine une histoire bien plus complexe et ancienne qu’on ne le croyait.

Finalement, ces minuscules pointes, longtemps passées inaperçues parce que trop petites et brutes, pourraient bien être les premiers indices d’une vaste diffusion. On peut parier qu’on va maintenant commencer à en trouver sur d’autres sites, entre l’Asie centrale et la Méditerranée, réécrivant peu à peu le grand récit de nos origines eurasiatiques.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.