Changement de programme en catastrophe : trois semaines pour tout réinventer avant Milan
Richard Davis - 2026-01-16 12:50
credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)
Une qualification douce-amère

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C’est le genre de scénario qu’on n’écrit pas à l’avance, ou alors peut-être dans un mauvais film à suspense. Dimanche dernier, l’ambiance était pourtant à la fête pour Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac. Les danseurs sur glace venaient tout juste de valider leur ticket pour les Jeux de Milan-Cortina. Le rêve, non ? Sauf que… le réveil a été brutal, disons-le. Pas le temps de faire sauter les bouchons de champagne ou de se reposer sur leurs lauriers.
Imaginez un peu la scène : ils doivent retourner au boulot illico presto. La raison ? Ils ont exactement trois semaines pour créer une toute nouvelle danse rythmique. Oui, vous avez bien lu. Trois semaines. C’est court, très court, surtout à ce niveau de compétition où chaque millimètre compte.
Le problème ne vient pas d’une blessure ou d’un caprice technique, mais d’une histoire de paperasse, enfin, de droits musicaux pour être précis. Les patineurs québécois ont appris la nouvelle en décembre dernier : les deux chansons de Prince, choisies pour coller au thème des années 1990 imposé cette saison, ne passeront pas la frontière des Jeux. Ironique, quand on sait qu’ils patinaient sur ce programme depuis février dernier sans le moindre souci.
L’expérience au service de l’urgence

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Romain Le Gac, qu’on a pu croiser en marge des essais canadiens à Gatineau le week-end dernier, semblait prendre la chose avec une philosophie assez déconcertante. « On a reçu la nouvelle que ça ne fonctionnerait pas, mais c’est vraiment juste pour les Jeux olympiques, le reste de la saison, c’est correct », a-t-il lâché, presque détendu. C’est curieux, non ?
Bon, il faut dire que changer de programme juste avant les JO ou des Mondiaux, ça s’est déjà vu. Mais d’habitude, c’est un choix stratégique des athlètes, pas une contrainte qui vous tombe dessus. Normalement, ils profitent des essais nationaux pour tester la machine. Là, Lauriault et Le Gac ont préféré jouer la sécurité : garder leur routine bien huilée sur Prince pour assurer la qualification, quitte à devoir tout casser après.
Heureusement qu’ils ont de la bouteille. À 29 et 30 ans, ils en ont vu d’autres, je suppose. Ils affirment même apprécier le processus créatif, ce qui, entre nous, force le respect vu le délai. Ils y réfléchissent depuis décembre et ont déjà deux musiques en tête. Marie-Jade, la patineuse, résume bien l’état d’esprit : « Rendu là, on va être contents de changer parce que l’on est qualifiés et que ce sera une expérience différente ». Elle ajoute que leur équipe est très proactive pour les aider à se sentir bien rapidement avec le nouveau matériel. Une résilience impressionnante.
L’ombre juridique de Pékin 2022

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Mais pourquoi tout ce cirque maintenant ? Le monde des droits musicaux est devenu une véritable jungle pour le patinage artistique. Je me souviens qu’avant 2014, la fédération internationale interdisait carrément les paroles, ce qui nous condamnait à écouter du classique libre de droits en boucle. C’était plus simple, certes.
Le véritable tournant, le moment où tout a basculé, c’est après les Jeux de Pékin en 2022. Vous vous rappelez peut-être de l’affaire ? Le groupe américain Heavy Young Heathens a décidé de traîner en justice les patineurs Alexa Knierim et Brandon Frazier, ainsi que le diffuseur NBC et Skate America. Le motif ? Violation du droit d’auteur pour l’utilisation de leur reprise de « House of the Rising Sun ».
Le duo américain avait utilisé ce morceau pour leur programme court, ce qui a contribué à leur médaille d’argent par équipe (transformée en or après la disqualification de la Russe Kamila Valieva, une autre histoire compliquée…). Mais cette victoire leur a surtout apporté des maux de tête juridiques pas possibles. Depuis, c’est la panique à bord. Les patineurs du monde entier doivent vérifier chaque note.
Et croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire. Même avec des applis et des sites web dédiés, c’est un casse-tête : ça dépend du territoire, des modifications de tempo… un vrai labyrinthe.
Quand l’argent s’en mêle : la facture grimpe

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Marie-Jade Lauriault ne s’en cache pas, c’est un nouveau monde. « On a toujours eu du respect pour l’artiste quand on coupe la musique […] mais c’est une nouvelle réalité d’être aussi demandant sur les droits », confie-t-elle. Et elle touche un point sensible : l’argent.
Car tout ça a un coût. Une nouvelle chorégraphie, de nouveaux costumes… on parle de milliers de dollars. Et il faut aussi rémunérer l’artiste, ce qui est normal, bien sûr. Mais comme le souligne la patineuse avec une franchise désarmante : « On n’est pas payé pour patiner, on paye pour patiner ». Ça fait réfléchir.
Pourtant, ils ont été soutenus. Romain raconte qu’au début de la saison, Skate Canada leur avait dit : « Occupez-vous de votre performance, on s’occupe de tout ça ». Eh bien, force est de constater que ça a coincé quelque part, puisqu’ils ont reçu la fameuse notification en décembre. Marie-Jade insiste tout de même sur la chance qu’ils ont d’avoir une fédération qui les protège, contrairement à d’autres athlètes perdus dans ces méandres administratifs.
Ce n’est pas isolé au patinage, d’ailleurs. Sony a attaqué des entreprises vendant des mix pour le cheerleading. La gymnastique, la natation artistique… tout le monde y passe. La conséquence ? On risque de voir beaucoup de patineurs retourner vers le bon vieux répertoire classique libre de droits. La créativité pourrait en prendre un coup.
Le Lac des cygnes de Tchaïkovski a probablement encore de beaux jours devant lui, hélas. Enfin, c’est ce qu’on peut craindre.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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