Entre économie et climat : regard humain sur les années Legault
Richard Davis - 2026-01-17 11:44
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Des débuts hésitants et une prise de conscience

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Il y a des images qui restent gravées en mémoire, vous ne trouvez pas ? Moi, je n’oublierai jamais le regard un peu perdu de Marie-Chantal Chassé. C’était en décembre 2018, à Katowice, en Pologne, lors de la COP24. La toute première ministre de l’Environnement de la CAQ venait d’être parachutée là-bas à la dernière minute.
Imaginez un peu la scène… Elle n’avait été élue que deux mois plus tôt. Elle s’attendait à des défis, certes, mais se retrouver aux commandes d’un ministère aussi complexe, sans aucune expérience politique, c’était ce qu’on appelle un cadeau empoisonné. Cinq semaines après son assermentation, son patron l’envoyait défendre un plan climat qui, soyons honnêtes, n’existait pas vraiment à l’époque.
Je me souviens d’une entrevue avec elle. C’était pénible. La responsable des relations internationales a même coupé court à la conversation après quelques minutes, prétextant un autre rendez-vous. On sentait que la ministre marchait sur des œufs. Cette nomination d’une néophyte montrait bien, je suppose, le peu d’intérêt que François Legault portait à l’environnement au début de son mandat.
Mais bon, M. Legault est un politicien pragmatique. Il a vite corrigé le tir. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il a eu cette phrase marquante, disant qu’il ne pourrait pas regarder ses deux fils dans les yeux s’il ne faisait rien. Pourtant, une chose est restée claire tout au long de son règne : pour lui, la protection de l’environnement, c’est bien, mais ça ne doit jamais nuire au développement économique. Au contraire, le vert doit servir le dollar.
Les bons coups : Quand l’économie rencontre l’écologie

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Il faut rendre à César ce qui est à César. François Legault a eu de bons moments. On se rappelle qu’en 2018, il parlait encore de relancer le gaz de schiste. Eh bien, revirement complet ! En 2021, à la COP26 de Glasgow, la CAQ a fermé la porte à l’exploration pétrolière et gazière. Le Québec copréside même aujourd’hui l’alliance BOGA (Beyond Oil and Gas Alliance) avec le Danemark. Une loi a même été adoptée en 2022 pour sceller cet engagement. C’est tout de même une belle évolution.
Et puis, il y a les chiffres. S’il y a une chose qui doit faire plaisir au premier ministre, c’est le découplage des émissions. En gros, l’économie grandit, mais les gaz à effet de serre (GES) n’augmentent pas autant. Depuis 1990, l’intensité carbone par million de dollars de PIB a baissé de près de moitié. C’est presque aussi bien que l’Ontario (-56 %), sauf que nos voisins ont eu la tâche plus facile en remplaçant le charbon par le nucléaire et le gaz. Nous, avec notre hydroélectricité, on n’a pas ce luxe de décarbonation rapide.
Parlant d’hydroélectricité, M. Legault aura donné un sacré coup de fouet à notre société d’État. Le Plan d’action 2035 est gigantesque : on parle de 200 milliards de dollars d’investissements. Il y a aussi ce projet de parc éolien, le Chamouchouane au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui promet 3000 mégawatts. C’est le plus grand jamais envisagé chez nous ! Sans oublier les discussions avec Terre-Neuve pour Churchill Falls. Ah, et n’oublions pas le prolongement de la ligne bleue du métro à Montréal. Après tant d’années d’attente, c’est enfin lancé sous son règne.
Cela dit… tout n’est pas rose. Le rythme actuel de réduction des émissions ne suffit pas. On vise -37,5 % pour 2030, mais selon les propres chiffres du gouvernement, on n’atteindra probablement que 60 % de cet objectif.
Les occasions manquées et la course contre la montre

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C’est ici que le bât blesse un peu plus. On ne peut pas parler du bilan de Legault sans évoquer son obsession pour le troisième lien à Québec. C’est triste à dire, mais ce dossier a montré à quel point il pouvait ignorer l’avis des experts. Proposer une autoroute sans étudier les alternatives ? C’était malavisé. Même quand la Caisse a dit que ça n’améliorerait pas la mobilité, il n’a pas bronché. C’est probablement le boulet de son mandat.
Ensuite, le transport. C’est le gros morceau : 45 % de nos émissions viennent de là. Les scientifiques le disent : il faut réaménager les villes et miser sur le transport en commun. M. Legault avait promis de rééquilibrer les budgets. Résultat ? Une promesse non tenue. Bon an mal an, c’est toujours la même chanson : environ 70 % du budget va aux routes et seulement 30 % aux transports collectifs. C’est encore le cas dans le Plan québécois des infrastructures 2025-2035 publié en mars dernier.
Et que dire de Northvolt ? François Legault est un homme pressé, on le sait. Pour cette usine, son gouvernement a tout fait pour éviter le BAPE. Si on avait pris le temps d’une évaluation socioéconomique, on aurait peut-être vu venir la faillite de cette jeune pousse suédoise, survenue peu après le début des travaux sur les rives du Richelieu. Vouloir aller trop vite, ça laisse des traces.
C’est la même logique avec Bernard Drainville à l’Environnement. Sa mission ? Faire le ménage pour accélérer les projets. Avec son projet de loi 5, inspiré du fédéral, il veut réduire les délais. Mais comme nous le rappellent la saga des gaz de schiste ou l’abandon d’Énergie Est, la vitesse ne garantit pas le succès, ni l’acceptabilité sociale.
Conclusion : Protection du territoire et avenir incertain

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Enfin, il y a la protection pure et dure de notre nature. Là aussi, on a voulu aller vite avec la réforme du régime forestier (loi 97), mais ça a fini par un retour à la case départ, car même l’industrie était contre. On retiendra aussi le sort des milieux humides. La commissaire au développement durable a été claire en 2023 : c’est un échec. L’affaire de l’agrandissement du dépotoir de déchets toxiques Stablex à Blainville, sur un terrain protégé, en est un triste exemple.
Et le caribou forestier ? M. Legault a beaucoup critiqué le plan d’Ottawa, mais n’a pas fait grand-chose pour protéger l’espèce, surtout en Gaspésie où il n’en reste que 35. C’est peu, très peu.
Au fond, François Legault semble suivre une tendance mondiale où les États reculent sur l’environnement. La question qui reste pour ses successeurs est simple, mais lourde de sens : le climat sera-t-il un moteur pour le Québec, ou continuera-t-on de le voir comme un frein à la croissance du PIB ? Je me le demande bien.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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