1000 kilomètres pour guérir : Quand Uashat et Montréal s’unissent face aux dépendances

1000 kilomètres pour guérir : Quand Uashat et Montréal s’unissent face aux dépendances credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Une rencontre banale qui change tout

C’est parfois fou de penser qu’il faut parcourir mille kilomètres pour trouver un peu de paix. C’est pourtant la réalité de plus en plus de résidents de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord. Loin du vacarme de la lutte contre le trafic de stupéfiants qui secoue leur région, ces hommes et ces femmes cherchent avant tout à guérir, discrètement. Et pour ça, ils n’hésitent pas à faire la route jusqu’à Montréal, direction la Maison Jean Lapointe.

Tout ça a commencé d’une manière assez… ordinaire, je dirais. C’est Patrick Allaire, un agent de liaison qui travaille dans le domaine des dépendances depuis des lustres, qui a noué un lien avec un Innu de là-bas. Une simple connexion humaine, au départ. Mais pour Patrick, ça a été comme un électrochoc, une sorte d’épiphanie brutale. Il s’est rendu compte qu’après 52 ans à vivre au Québec, il ignorait presque tout des traumatismes intergénérationnels et de l’horreur des pensionnats.

« Comment ça se fait que je ne sois pas au courant de tout ça? » s’est-il demandé. C’est une question légitime, on est nombreux à se la poser un jour ou l’autre. De ce constat est née une initiative solide. Aujourd’hui, un poste a même été créé spécialement pour lui afin qu’il se consacre entièrement à bâtir ces ponts avec les communautés innues. C’est plus qu’un job, c’est une mission.

Une adaptation culturelle nécessaire face à la demande

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et franchement, ils sont impressionnants. On est passé d’une poignée de résidents à l’époque à environ 175 personnes en 2025. Et selon Patrick Allaire, l’achalandage pour cette année devrait être sensiblement le même. C’est énorme.

Mais bon, accueillir autant de gens d’une culture différente, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Anne-Élizabeth Lapointe, la directrice générale qui a repris les rênes de la Maison en 2019, ne s’en cache pas : au début, ses intervenants étaient un peu « frileux ». On peut les comprendre, la peur de mal faire, sans doute. Alors, ils se sont adaptés. Le centre a organisé des formations, fait venir des aînés, et a complètement repensé son approche.

Maintenant, quand on entre là-bas, on voit qu’une salle est spécifiquement réservée aux membres de la communauté. Ils ont intégré des éléments culturels, des rituels… C’est fascinant de voir que même les patients allochtones (les non-autochtones) finissent par participer à ces rites. Mme Lapointe estime que ça a un impact « excessivement positif » sur tout le monde. C’est la preuve que la guérison, ça peut aussi passer par le partage de culture.

L’ombre dévastatrice du crack et la violence

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Malheureusement, si les gens viennent chercher de l’aide, c’est parce que la situation sur la Côte-Nord est devenue… disons-le, terrifiante. Patrick Allaire a su que les choses tournaient mal quand il a vu débarquer les premiers consommateurs de crack à la Maison Jean Lapointe. Sa réaction a été viscérale : « Oh là là, c’est pas vrai. »

Ce n’est pas juste une drogue de plus. Le crack, qui a gagné du terrain depuis deux ou trois ans, c’est un véritable fléau. L’agent de liaison explique que ça ne cause pas seulement une dépendance physique; ça entraîne tout le reste dans sa chute : problèmes de santé mentale, criminalité, prostitution… C’est une tache d’huile qui salit toute la communauté.

Sur le terrain, les conséquences sont visibles et violentes. L’arrivée des gangs de rue a provoqué des incendies criminels, des coups de feu dans les quartiers résidentiels, des perquisitions… C’est une zone de guerre par moments. Le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam se retrouve au cœur de cette tempête, essayant de lutter par la force policière, mais aussi par la guérison.

Conclusion : Le coût de la guérison et l’avenir

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Il faut aussi parler du nerf de la guerre : l’argent. La Maison Jean Lapointe reste un centre de thérapie privé, même si c’est un OBNL. Une thérapie de 21 jours, ça coûte la coquette somme de 5 700 $. Heureusement, le patient ne sort généralement pas un sou de sa poche. Santé Canada couvre la moitié de la facture, et le reste est épongé par la Fondation Jean Lapointe et le conseil de bande.

Cela dit, Joséphine Pinette, conseillère au conseil de bande, tient à mettre les points sur les « i ». Pour elle, la priorité reste de promouvoir les ressources de la communauté, qui elles, sont entièrement couvertes. C’est logique. Les frais pour envoyer quelqu’un à Montréal – transport, hébergement avant et après – ça pèse lourd dans la balance budgétaire.

Mais au final, l’ouverture est là. Le conseil accepte volontiers cette main tendue extérieure, car l’objectif est le même : sauver des vies. Comme le dit si bien Anne-Élizabeth Lapointe, le vrai travail commence souvent quand on revient à la maison. L’important, c’est que l’impact soit durable, peu importe d’où vient l’aide.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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