Malgré sa croissance, la recherche mondiale ‘Une Seule Santé’ souffre d’un déséquilibre de pouvoir alarmant

Malgré sa croissance, la recherche mondiale ‘Une Seule Santé’ souffre d’un déséquilibre de pouvoir alarmant credit : freepik

Quand le boom de la recherche cache des inégalités criantes

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C’est une nouvelle qui, je dois l’avouer, m’a un peu interpellé. Le concept de « Une Seule Santé » (ou *One Health*), cette approche fondamentale pour comprendre comment notre santé, celle des animaux, et l’état de notre planète sont inextricablement liés, connaît une popularité grandissante. Les initiatives se multiplient, c’est certain, et la recherche dans ce domaine a littéralement explosé ces dernières années. C’est positif, non ?

Eh bien, oui et non, si l’on en croit une nouvelle étude publiée dans le journal CABI One Health en octobre 2025. Cette analyse approfondie des tendances mondiales montre que cette croissance spectaculaire depuis 2018, notamment en Europe, en Asie et en Afrique, cache en fait des déséquilibres majeurs. Le problème, ce n’est pas la quantité de recherche, mais bien qui prend les décisions et qui mène la danse. C’est le cœur du sujet : les chercheurs des pays à revenu faible ou intermédiaire (LMICs) ont beaucoup moins de poids que ceux des pays riches (HICs).

Qu’est-ce que l’approche ‘Une Seule Santé’ ?

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Avant d’aller plus loin, peut-être est-il bon de rappeler ce qu’est exactement le *One Health*. C’est une méthode, multisectorielle et unificatrice, visant à optimiser la santé de l’ensemble : les personnes, les bêtes, les plantes, les écosystèmes et l’environnement partagé. C’est tout ! Imaginez un seul grand système où chaque élément influence l’autre.

Côté politique mondiale, cette approche a été officialisée par le Quadripartite (un groupe composé de la FAO, de l’UNEP, de l’OMS et de la WOAH). Ces quatre grandes organisations mondiales ont même lancé un Plan d’action conjoint (JPA) pour la période 2022-2026, qui définit six grandes pistes d’action prioritaires. Les chercheurs du One Health Hub de CABI ont voulu savoir si la recherche actuelle collait bien à ces priorités, mais surtout, qui était derrière les publications.

Une croissance notable, surtout après 2018

La bonne nouvelle, c’est qu’on ne peut pas nier l’intérêt croissant. Les résultats de l’analyse bibliométrique sont clairs : la recherche One Health a gagné en ampleur et en diversité. C’est vraiment après 2018 que la courbe s’est emballée, avec le plus fort volume annuel de publications. C’est encourageant, car cela montre une prise de conscience globale.

On constate aussi que les thèmes abordés se diversifient. Avant, tout tournait autour des zoonoses (les maladies transmises de l’animal à l’homme). Aujourd’hui, on s’intéresse davantage à la résistance aux antimicrobiens (AMR), aux maladies tropicales ou transmises par des vecteurs comme les tiques. La santé animale et l’environnement, eux aussi, sont de plus en plus étudiés de manière transversale. C’est la preuve que l’approche commence à être mieux comprise.

Qui dirige réellement la recherche ? Un déséquilibre flagrant

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Mais, et c’est là que le bât blesse, les collaborations ne sont pas synonymes d’égalité. L’étude met en lumière des déséquilibres de pouvoir tout simplement énormes entre les pays qui sont le *sujet* de la recherche et ceux qui la *mènent*.

Pensez-y un instant : une grande partie de la recherche se concentre sur des problèmes de santé cruciaux en Afrique et en Asie. Pourtant, la grande majorité de cette recherche est pilotée par des chercheurs et des institutions basés en Europe et en Amérique du Nord. Les instituts des pays à revenu élevé (HICs) publient bien plus, couvrent une plus grande variété de sujets et, le plus important, ils tiennent les rênes de l’établissement de l’agenda One Health.

Cela signifie que les pays en développement (LMICs) peinent à mettre en avant leurs propres priorités de recherche, celles qui répondraient à leurs besoins spécifiques locaux. Ils sont souvent contraints de se focaliser sur des sujets jugés « globalement significatifs » par les pays riches, ce qui est, disons-le, profondément injuste.

Les sujets oubliés : pesticides, mycotoxines et biodiversité

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Il y a aussi ce qu’on ne regarde pas assez. Même si l’attention se déplace des zoonoses vers la résistance aux antibiotiques, il reste des domaines qui sont honteusement sous-étudiés. Et là, on parle de sujets essentiels pour nous tous, vraiment.

L’étude a révélé que l’impact des pesticides et des mycotoxines sur la sécurité alimentaire, ainsi que l’effet du changement d’utilisation des terres et de la biodiversité sur la santé des écosystèmes et les épidémies zoonotiques, ont fait l’objet de 10 à 100 fois moins de publications que l’AMR ou les zoonoses. C’est une lacune gigantesque ! Comment veut-on s’attaquer aux défis de notre époque si on ignore l’impact direct de ce qu’on mange ou de la façon dont on utilise nos sols ?

La méfiance comme conséquence directe du déséquilibre

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Dr Dannie Romney, l’une des auteurs de l’étude et directrice du One Health Hub de CABI, ne mâche pas ses mots, et je la comprends. Elle explique que cette sous-représentation et ces inégalités de pouvoir chez les chercheurs des LMICs posent un « énorme problème ». C’est plus qu’une question de fierté nationale, c’est une affaire de confiance.

Elle souligne que si les chercheurs locaux ne participent pas à la prise de décision, cela risque non seulement de miner l’adhésion au travail de recherche, mais aussi, au pire, de provoquer de l’amertume et de la méfiance au sein des communautés scientifiques locales. La recherche pourrait être tout simplement ignorée par les entités locales, car elle ne correspond pas à ce qu’elles perçoivent comme étant prioritaire ou pertinent. C’est un cercle vicieux, non ?

Renforcer les capacités et l’équité pour l’avenir

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Que faut-il faire alors ? Les auteurs insistent : des efforts significatifs sont absolument nécessaires pour corriger ces injustices. Il ne suffit pas d’envoyer de l’argent ; il faut surtout s’assurer que le pouvoir de décision soit partagé.

L’idée, c’est d’autonomiser les chercheurs des LMICs. Leur donner, enfin, la capacité de façonner le récit de l’approche One Health et de mener des études qui profitent directement à leurs propres populations. Je suppose que c’est le sens profond de la collaboration : travailler ensemble pour les besoins de tous, pas juste pour ceux des plus puissants.

À long terme, comme l’espère le Dr Romney, cela pourrait vraiment aider à combler ce fossé énorme qui existe souvent entre ce que nous dit la science et ce que décident les politiques publiques sur le terrain. C’est le seul moyen d’avoir un impact réel.

Conclusion : Un appel à la collaboration véritable

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En définitive, cette étude nous rappelle une vérité fondamentale : l’augmentation du volume de recherche One Health est une excellente chose, mais elle ne doit pas masquer les structures de pouvoir désuètes qui la régissent. Si nous voulons vraiment que l’approche « Une Seule Santé » fonctionne — si nous voulons résoudre des défis complexes comme le changement climatique, les pandémies ou la sécurité alimentaire —, nous devons impérativement nous assurer que toutes les voix sont entendues.

Les recommandations sont claires : il faut investir dans le renforcement des capacités des LMICs et surtout, encourager des collaborations équitables qui respectent les priorités nationales et régionales. Après tout, la santé, c’est l’affaire de tous, et elle ne devrait pas être décidée uniquement depuis les capitales des pays riches.

Selon la source : medicalxpress.com