Les 2 000 calories par jour : d’où vient vraiment ce chiffre que l’on voit sur toutes nos étiquettes ?

Les 2 000 calories par jour : d’où vient vraiment ce chiffre que l’on voit sur toutes nos étiquettes ? credit : freepik

Le mystère du chiffre magique

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C’est un spectacle incroyablement familier de nos jours : sur chaque paquet de biscuits, chaque bouteille de boisson, nous trouvons ce petit tableau d’informations nutritionnelles. Il est là, noir sur blanc, nous indiquant les teneurs en sucre, en graisse, en vitamines… et bien sûr, ce fameux compte calorique. Mais il y a un détail encore plus important, non ? L’étiquette ne se contente pas de vous dire qu’une barre de chocolat contient, disons, 260 calories. Elle vous exprime aussi cette quantité comme une proportion de votre apport quotidien supposé. Et là, nous avons ce chiffre omniprésent : « 2 000 calories par jour ».

Même si nous ne sommes pas des adeptes des régimes stricts, ce seuil est quasiment gravé dans nos esprits. Mais attendez une minute, vous êtes-vous déjà demandé d’où sortait exactement ce nombre ? Est-ce le fruit de longues études scientifiques complexes ? Ou plutôt une sorte de mythe moderne ? Eh bien, la vérité est, vous allez le voir, beaucoup plus simple – et tristement plus stupide – que ce que l’on pourrait imaginer.

Les idées reçues sur l’origine des 2 000 calories

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La plupart d’entre nous, je suppose, avons une histoire toute faite en tête pour expliquer l’origine de ce seuil. C’est logique, non ? On se dit que des experts au sein de la FDA ou du ministère de l’Agriculture américain (USDA) ont dû procéder à des calculs savants, vraiment précis. Ils auraient mesuré la dépense énergétique moyenne d’un adulte américain typique. Combien de calories faut-il pour regarder la télévision ? Pour promener le chien ? Pour animer une réunion ? On additionne tout ça, et hop, on tombe sur 2 000. C’est la voie royale de la science, n’est-ce pas ?

Ou alors, peut-être, avez-vous imaginé un scénario plus simple : ces mêmes « boffins » du gouvernement auraient établi un régime alimentaire modèle, un plan « santé » standardisé, puis auraient calculé l’apport calorique total de ce plan. Et là, on arrive pile poil à 2 000.

Malheureusement, il faut balayer tout ça. Ces belles histoires, quoiqu’elles sonnent bien, ne sont pas la réalité. Le chiffre n’a été basé ni sur des pratiques médicales optimales ni sur des recommandations de scientifiques. C’est là que le problème commence, vraiment.

La vérité : l’autodéclaration problématique

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« Deux mille calories par jour n’était pas fondé sur les meilleures pratiques nutritionnelles ou médicales, » expliquait déjà l’auteure Aubrey Gordon lors d’un podcast sur le sujet en 2022. Et pour cause : la vérité est que ce chiffre s’est basé sur les apports caloriques autodéclarés par les Américains eux-mêmes, via des enquêtes de l’USDA.

Pourquoi est-ce si terrible, me demanderez-vous ? Avouons-le, nous sommes tous très mauvais pour rapporter avec exactitude ce que nous avons mangé. Parfois, c’est volontaire : qui veut admettre aux « experts santé » qu’on a englouti huit biscuits supplémentaires à minuit ? Mais souvent, c’est juste de l’oubli, ou un optimisme un peu trop généreux. Est-ce que j’ai pris une seule boule de glace mardi dernier, ou deux ? Ai-je vraiment partagé équitablement cette pizza, ou ai-je pris la plus grande part ? Tout ça s’additionne, et croyez-moi, cela donne des résultats ridicules.

Marion Nestle et Malden Nesheim, deux éminents scientifiques de l’alimentation, ont d’ailleurs noté dans leur livre de 2012 que les participants à une enquête de 1977-78 déclaraient consommer 300 à 400 calories de moins que ce qui était nécessaire pour simplement maintenir leur poids. Et le comble, c’est que pendant cette période, les participants avaient en fait pris du poids ! C’est une incohérence flagrante qui montrait que les gens sous-estimaient massivement leur consommation réelle.

Même l’honnêteté mène à des chiffres bien plus élevés

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Face à ces incohérences, l’USDA a mené des études plus rigoureuses, recrutant des volontaires pour enregistrer méticuleusement leur alimentation sur quatre semaines. Et là, les chiffres étaient sans appel. Les hommes rapportaient une moyenne de 2 760 calories par jour et les femmes 1 850. Des chiffres déjà plus hauts que la fameuse référence, n’est-ce pas ?

Mais, attention, voici le coup de grâce. Ces chercheurs savaient que même sous surveillance, il y avait du sous-signalement. Ils avaient collecté des repas en double pour les analyser. Après vérification, ils ont découvert que le nombre réel de calories dépassait les chiffres déclarés d’une moyenne de 13 % ! Si l’on applique cette correction aux femmes (1 850 + 13 %), on arrive à environ 2 126 calories par jour. Pour les hommes, on est largement au-dessus de 3 000.

Bref, l’autodéclaration pose problème. Mais, c’est encore plus absurde : même si elle était parfaite, 2 000 calories serait de toute façon le mauvais nombre !

Comment 2 350 est devenu le seuil psychologique de 2 000

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Étant donné que toutes les enquêtes d’autodéclaration antérieures à 1990 indiquaient une moyenne de 2 350 calories par jour pour l’ensemble des adultes, c’est ce chiffre que la FDA avait initialement voulu utiliser comme référence quotidienne standard.

Mais, comme souvent en politique alimentaire, la science a dû céder le pas à la praticité et à l’opinion publique. Lors de la période de consultation publique, de nombreuses voix se sont élevées. On s’inquiétait que 2 350 calories soit jugé « trop élevé ». Les éducateurs en nutrition craignaient que cela n’encourage la surconsommation, ou que ce soit peu pertinent pour les femmes ayant des besoins caloriques plus faibles.

Ils ont alors proposé de s’arrêter à 2 000 calories. Les arguments ? Ce chiffre était plus facile à retenir, il était cohérent avec des plans alimentaires déjà en usage et, surtout, il était proche des besoins caloriques des femmes ménopausées, le groupe le plus exposé à la prise de poids et ayant le besoin calorique le plus bas chez les adultes. Imaginez : 2 000 calories est aussi à peu près la quantité quotidienne dépensée par un enfant de neuf ans !

Même si un arrondi de près de 20 % est discutable, la FDA a jugé ces arguments « convaincants ». Le standard de 2 000 calories par jour pour les étiquettes alimentaires était né, malgré le fait qu’il soit largement sous-estimé pour la majorité des adultes.

Un outil de comparaison, pas une recommandation

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Alors, quel est le vrai nombre de calories qu’un adulte devrait consommer quotidiennement ? Bon, c’est la partie un peu frustrante : il n’y a pas de règle absolue, c’est une évidence. Il faut savoir que la FDA, à l’origine, n’avait pas l’intention de faire de ce « 2 000 calories » une véritable ligne directrice nutritionnelle. C’était plutôt conçu comme un simple outil d’éducation populaire.

L’idée de base était de permettre aux consommateurs de comparer la valeur nutritionnelle de différents aliments, de comparer des pommes avec des pommes, si vous voyez ce que je veux dire. Pour cela, il fallait standardiser les portions, standardiser les chiffres, et donc, oui, trouver un système standardisé. Et c’est ainsi qu’un chiffre imparfait, basé sur des données imparfaites, est utilisé d’une manière qui n’était pas prévue initialement.

Pour info, des études utilisant la méthode dite de « l’eau doublement marquée » – considérée comme l’étalon-or pour mesurer la dépense énergétique – montrent que l’homme adulte moyen non obèse a besoin d’environ 3 050 calories par jour pour maintenir son poids stable, et la femme moyenne environ 2 400. Le standard de la FDA est donc 50 % inférieur à la moyenne masculine et 20 % inférieur à la moyenne féminine. C’est conséquent !

Conclusion : Ce qu’il faut retenir de vos besoins réels

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Finalement, ce fameux seuil de 2 000 calories est un chiffre arbitraire, mal fondé, mais qui est devenu un point de repère pratique pour le marketing et l’étiquetage. Il n’a jamais été destiné à être une recommandation nutritionnelle personnalisée. Il sert juste à vous donner une base, même si cette base est basse.

Si vous consommez plus ou moins que ce chiffre sans prendre ou perdre de poids de manière involontaire, ne vous inquiétez pas trop. Les nutritionnistes s’accordent à dire qu’il est impossible de définir des normes précises d’apport calorique qui s’appliqueraient à tout le monde. Pourquoi ? Parce que nous variions trop dans nos habitudes alimentaires et nos niveaux d’activité physique. Ce qui compte vraiment, c’est votre propre équilibre. Alors, la prochaine fois que vous lirez cette étiquette, rappelez-vous que ce n’est qu’un chiffre pratique, et non une prescription divine pour votre santé personnelle.

Selon la source : iflscience.com