L’impensable cruauté néandertalienne
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Une étude majeure, publiée dans Scientific Reports, révèle que ce n’était pas un simple rituel. Non, les traces laissées sur les os retrouvés dans la célèbre grotte de Goyet indiquent un acte d’exocannibalisme utilitaire. En d’autres termes, un groupe d’humains a traité un autre groupe, composé principalement de femmes et de jeunes, exactement comme on traiterait du gibier. Ces résultats, portés par des chercheurs du CNRS et des universités de Bordeaux et d’Aix-Marseille, chamboulent sérieusement notre vision des derniers Néandertaliens d’Europe du Nord.
Goyet : un trésor macabre réexaminé par la science moderne
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Il a fallu attendre une dizaine d’années pour qu’une équipe internationale se penche de nouveau sur ces restes, armée des technologies les plus pointues de l’archéologie biomoléculaire. Franchement, il faut saluer le travail de ces équipes qui ont utilisé une batterie d’analyses : datations par radiocarbone, décryptage de l’ADN ancien, étude des isotopes stables (carbone, azote, soufre) et même des reconstitutions 3D de fragments souvent très abîmés. Le diagnostic est, du coup, d’une précision redoutable.
Les restes analysés proviennent d’au moins six individus néandertaliens, tous datés entre 41 000 et 45 000 ans. Parmi eux, tenez-vous bien, on trouve quatre femmes adultes ou adolescentes, ainsi que deux enfants, dont un tout jeune nouveau-né.
Un cannibalisme purement utilitaire et non symbolique
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On observe des entailles de découpe (pour retirer la chair), des fractures nettes et fraîches (pour récupérer la moelle, très nutritive) et même des traces d’utilisation des os longs comme outils, qu’on appelle des retouchoirs. Ces signes sont absolument identiques à ceux que l’on retrouve sur les restes d’animaux chassés et consommés sur le même site, comme le renne ou le cheval. Ils n’ont pas fait de cérémonie, non. C’était purement… pratique.
Selon Hélène Rougier, co-auteure de l’étude, les Néandertaliens de Goyet ont traité leurs victimes humaines « exactement comme des proies animales ». L’absence totale de traitement particulier des crânes ou de dépôt intentionnel exclut formellement toute interprétation symbolique ou religieuse. C’était de la nourriture.
La troublante sélection des victimes : uniquement des femmes et des enfants
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De plus, l’analyse isotopique du soufre (δ34S) a apporté une autre information cruciale : ces individus n’appartenaient pas au groupe local qui occupait la grotte, comme celui de Spy, un site voisin. Ils étaient donc des étrangers, venant d’ailleurs. Ce triple constat – femmes, enfants, origine externe – écarte l’idée d’un conflit interne ou d’un accident collectif.
Pour Isabelle Crevecoeur, cette convergence de données pointe vers une pratique d’« exocannibalisme », c’est-à-dire la consommation de membres d’un autre groupe. Ce schéma de prédation ciblée contre un groupe manifestement vulnérable est, à ce jour, inédit chez les Néandertaliens.
La violence intergroupes, reflet des tensions territoriales
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L’étude de Goyet s’inscrit parfaitement dans ce contexte de rivalités exacerbées. Quentin Cosnefroy suggère que ce cannibalisme n’était pas un acte isolé, mais bien « le résultat d’un conflit territorial ». Contrairement à d’autres sites, où les victimes semblaient être une famille victime d’un événement ponctuel, Goyet témoigne d’une stratégie offensive, presque une tactique de guerre.
L’utilisation d’os humains comme retouchoirs (outils) montre le pragmatisme et l’absence totale de respect funéraire. Un comportement qui n’est pas sans rappeler les rivalités observées chez les chimpanzés. Il est plausible que ce cannibalisme ait eu pour but, au-delà de la simple nutrition, d’affaiblir la capacité de reproduction d’un groupe rival en éliminant ses femmes et ses jeunes. C’est une brutalité calculée.
Le mystère des femmes peu mobiles, mais étrangères
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Comment expliquer cette énigme : étrangères, mais peu mobiles ? L’hypothèse la plus solide est qu’elles n’ont pas migré volontairement. Elles auraient été capturées – peut-être à différents moments et dans des lieux différents – puis amenées de force jusqu’à la grotte de Goyet. L’absence de liens de parenté entre elles renforce l’idée d’une capture opportuniste ou ciblée.
Cette sélection de profils spécifiques et l’homogénéité anatomique des victimes indiquent une organisation sociale complexe, capable de choix tactiques et discriminatoires. Ce n’était pas un acte désespéré et aléatoire ; c’était une stratégie violente et délibérée dirigée contre ceux perçus comme des étrangers, et surtout, comme des proies faibles.
L’ombre d’une humanité oubliée
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Les Néandertaliens qui ont consommé ces femmes et enfants, qui étaient des individus extérieurs à leur groupe, ont agi non par besoin rituel, mais par un pragmatisme utilitaire et offensif. Ces travaux soulignent la complexité cognitive de nos lointains cousins, capables de stratégies tactiques, même les plus sombres, dans la lutte pour la survie. Une vérité difficile, mais essentielle, sur l’histoire de l’humanité.
Selon la source : science-et-vie.com
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