L’invasion silencieuse sous nos pieds
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Honnêtement, quand on parle d’invasions biologiques, on pense souvent à des choses très spectaculaires, n’est-ce pas ? Mais la réalité, c’est que parfois, l’ennemi est petit, rapide, et se trouve juste sous nos pieds. Je parle bien sûr de la fourmi noire, Tapinoma magnum.Cette petite bête brillante, arrivée discrètement, est en train de s’installer un peu partout en Europe, y compris chez nous en France. Ce qui inquiète vraiment les chercheurs – et ils sont nombreux à travailler dessus, notamment à Lyon et Montpellier – ce n’est pas qu’elle soit dangereuse pour la santé, non, pas immédiatement en tout cas. Le véritable souci, c’est que leurs colonies atteignent des tailles absolument colossales, des « supercolonies », et que les dégâts qu’elles causent en milieu urbain, agricole, et même dans la nature sont loin d’être négligeables. Il y a donc une urgence à mieux comprendre qui elle est, d’où elle vient, et surtout, comment stopper sa progression avant qu’il ne soit trop tard.
Supercolonies : la découverte inattendue d’espèces multiples
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Il faut d’abord saisir ce qu’est une invasion biologique. C’est simple : c’est quand une espèce arrive là où elle n’est pas native et commence à proliférer, bouleversant l’équilibre des écosystèmes locaux, souvent en concurrençant nos espèces indigènes. Les fourmis, malheureusement, sont très douées pour ça.Pendant longtemps, l’Europe se croyait à peu près épargnée, mis à part la fameuse fourmi d’Argentine le long de la Méditerranée. Mais là, ça change. Des alertes récentes, notamment avec la fourmi de feu rouge en Sicile, et la fourmi électrique dans le Var, nous montrent que le risque est réel et que ça bouge vite. Mais c’est Tapinoma magnum qui concentre l’attention. Qu’est-ce qu’on a découvert ? Eh bien, en 2011, des naturalistes ont commencé à remarquer des fourmis du genre Tapinoma qui n’avaient rien à voir avec les espèces locales non envahissantes, même si elles se ressemblaient beaucoup.
Leurs colonies étaient un peu… spéciales. Elles n’avaient pas un seul nid, mais plein de nids reliés entre eux par des autoroutes de fourmis. On appelle ça des supercolonies, un réseau tellement dense qu’il peut s’étendre sur plusieurs hectares ! En 2017, une analyse minutieuse (morphologie et génétique) a révélé que ce que nous appelions T. nigerrimum était en fait au moins quatre espèces différentes : T. nigerrimum (non envahissante), T. darioi, T. ibericum et surtout T. magnum, de loin la plus courante et la plus envahissante. Une cinquième, T. hispanicum, a même été ajoutée en 2024. C’est compliqué, hein ? Mais c’était essentiel pour identifier la menace exacte.
La Méditerranée, berceau et point de départ
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Si on regarde les zones d’origine, on se rend compte que la situation de T. magnum est un peu plus compliquée que pour d’autres espèces. Tandis que T. darioi et T. ibericum semblent être indigènes de certaines régions d’Espagne et du Languedoc, l’origine de T. magnum possiblement s’étend des États du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) jusqu’à toute la péninsule italienne, peut-être même jusqu’à la Côte d’Azur.Cependant, les chercheurs sont parvenus à une conclusion assez claire grâce aux analyses génétiques : la majorité des populations qui sont arrivées et se sont installées dans les régions non méditerranéennes d’Europe (comme Lyon, par exemple) proviennent du sud de l’Italie. On parle surtout de la Sicile, de la Calabre et des Pouilles. Il y a bien quelques très rares populations liées au Maghreb, mais l’Italie du Sud est le principal foyer d’exportation. Même les populations trouvées en Corse semblent majoritairement avoir traversé depuis le sud de l’Italie. C’est important pour savoir où concentrer les efforts de prévention, vous voyez.
Le secret des nids : des supercolonies de 20 hectares
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Ce qui rend ces Tapinoma si redoutables, c’est leur organisation. Ces supercolonies peuvent abriter une multitude de reines. Leurs nids sont vraiment ingénieux : elles accumulent de la terre pour créer des « solariums » qui captent la chaleur. Pourquoi ? Pour optimiser la croissance des larves, tout simplement ! Elles peuvent aussi s’installer dans n’importe quelle cavité chaude, ce qui les rend difficiles à déloger.Une supercolonie, c’est un ensemble fluide. Ça s’étend et ça se contracte en fonction de la météo, de la chaleur et des ressources disponibles. Elles peuvent s’étaler sur plus de 20 hectares, à moins qu’une rivière ou une route ne vienne stopper leur progression. Leur régime alimentaire est très généraliste, mais elles ont un gros faible pour le miellat, cette substance sucrée que produisent les pucerons, souvent ceux qui vivent sur les racines des plantes. C’est un peu comme élever du bétail pour elles.
Au début, quand on a vu l’ampleur de l’invasion hors des zones habituelles, on a vite soupçonné le commerce des oliviers centenaires, très populaires et souvent importés d’Italie et d’Espagne. Cette hypothèse a été confirmée : beaucoup de vendeurs de plantes, que ce soit à Montpellier ou à Lyon, hébergeaient ces fourmis. Mais attention, elles sont malignes et d’autres vecteurs existent : les voitures chaudes, le transport de déchets verts ou de plantes ornementales pour des événements, et même les éléments préfabriqués pour la construction. Elles voyagent beaucoup !
Comment reconnaître cette fourmi : l’odeur de beurre rance
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Bon, si vous voyez une fourmi noire, brillante, qui court comme une folle, il y a de fortes chances que ce soit elle ! Les Tapinoma envahissantes sont assez faciles à repérer sur le terrain. Elles sont noires, brillantes et très, très rapides. Autre détail amusant, les ouvrières ne font pas toutes la même taille ; elles varient entre 2 mm et 5 mm au sein de la même colonie. C’est une variabilité qu’on ne trouve pas toujours chez d’autres fourmis.Et puis, il y a l’odeur. Si par malheur vous en écrasez une, vous sentirez une odeur très caractéristique. Les anciens auteurs disaient que ça rappelait le beurre rance. Miam, n’est-ce pas ? Par contre, attention, cette odeur et cette apparence ne suffisent pas pour être certain que c’est l’espèce envahissante. L’espèce indigène T. nigerrimum a les mêmes caractéristiques, sans poser de problèmes. Le vrai indice qui doit vous alerter, c’est l’observation de plusieurs nids connectés par ces pistes de fourmis très fréquentées. Là, on est en supercolonie et c’est le moment d’agir.
Dégâts urbains, agricoles et le potentiel d’adaptation
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La bonne nouvelle, c’est qu’elles ne sont pas agressives ni dangereuses pour vous, sauf si un très jeune enfant touchait directement un nid immense, mais le risque sanitaire n’est pas avéré. En revanche, les dégâts économiques sont bien réels.Imaginez au jardin ou chez un maraîcher : elles remuent des quantités de sol incroyables, ce qui dénude les racines ou enterre carrément les tiges. Elles coupent les feuilles, s’attaquent à certains légumes et surtout, elles élèvent des pucerons en masse pour leur miellat. Dans la Drôme, un maraîcher bio a ainsi vu les deux tiers de son chiffre d’affaires s’envoler. C’est colossal ! En ville, les entreprises trouvent des fourmis dans leurs produits exportés – qui peuvent être refusés ! – ou dans les restaurants, elles font fuir les clients des terrasses. Les services des espaces verts voient aussi que les parcs les plus envahis sont moins fréquentés. C’est un vrai casse-tête.
Le pire, c’est leur potentiel d’adaptation. Puisqu’elles ont été importées à plusieurs reprises et de diverses régions (Italie, peut-être Maghreb), elles possèdent une très forte diversité génétique. Autrement dit, elles sont super flexibles et s’adapteront sans problème aux différentes conditions climatiques de notre pays, un phénomène qui est d’ailleurs renforcé par le changement climatique global. Elles risquent de se répandre partout très rapidement.
Les pistes pour lutter et les réflexes à avoir
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Face à cette menace grandissante, la recherche s’active. Plusieurs groupes, basés à Lyon, Avignon, Montpellier et Tours, travaillent d’arrache-pied pour comprendre leur génétique, leur écologie et développer des stratégies de lutte efficaces. Ils espèrent aboutir à des outils concrets dans les deux années qui viennent. C’est un travail de longue haleine, mais essentiel.En attendant, si vous pensez avoir des Tapinoma chez vous, voici quelques conseils pour les particuliers : il faut commencer à lutter immédiatement. Inutile d’appeler un désinsectiseur si l’invasion est déjà généralisée dans votre quartier (leur travail est trop ciblé). Pour les collectivités ou les professionnels, il n’y a pas encore de solution magique, c’est vrai, mais la prévention est la clé.
Il faut impérativement inspecter les plantes ornementales, surveiller les transports de déchets verts et de compost, et veiller à ce que les fourmis ne montent pas dans les véhicules sur les parkings. N’hésitez pas à contacter les laboratoires universitaires mentionnés si vous avez des suspicions claires ou besoin de conseils. L’union fait la force contre ces petites envahisseuses !
Selon la source : science-et-vie.com
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