Lucy n’était pas seule : une autre espèce humaine, avec un mode de vie différent, a coexisté il y a 3,4 millions d’années

Lucy n’était pas seule : une autre espèce humaine, avec un mode de vie différent, a coexisté il y a 3,4 millions d’années credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

La fin de l’idée d’une évolution linéaire

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Pendant des décennies, quand on pensait à l’aube de l’humanité, un nom venait immédiatement à l’esprit : Lucy. Datée d’environ 3,2 millions d’années, cette représentante d’Australopithecus afarensis incarnait pour nous la seule et unique lignée d’homininés du Pliocène. Elle était notre ancêtre bipède, le symbole d’une transition claire vers la marche au sol, n’est-ce pas ?

Eh bien, cette vision simple et linéaire vient d’être complètement chamboulée. Des chercheurs, après plus de dix ans de patience, ont réussi à attribuer un pied fossilisé, plus vieux encore (3,4 millions d’années), à une autre espèce humaine disparue. Cette découverte, mise en lumière par Yohannes Haile-Selassie et son équipe dans la revue Nature, nous force à admettre une réalité beaucoup plus complexe : plusieurs espèces d’homininés, aux modes de vie distincts, ont cohabité sur le même territoire en Éthiopie.

Le pied de Burtele : un fossile qui défiait toutes les normes

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L’histoire commence en 2009, sur le site de Woranso-Mille. Les chercheurs y exhument un fossile complet, mais isolé, surnommé le « pied de Burtele » (BRT-VP-2/73). Il datait de 3,4 millions d’années, exactement la période où Lucy vivait, et pourtant… Sa morphologie n’avait rien à voir avec celle de notre célèbre ancêtre. C’est assez déconcertant, vous ne trouvez pas ?

Le pied de Lucy montre ce que nous attendons d’un marcheur terrestre : un gros orteil bien aligné avec les autres et une voûte plantaire rigide. Le pied de Burtele, lui, était différent. Il possédait un gros orteil courbé, très similaire à celui des primates qui grimpent dans les arbres, et des phalanges longues et incurvées. Ces caractéristiques suggéraient une adaptation claire à la préhension, essentielle pour s’agripper aux branches.

Selon Yohannes Haile-Selassie, cette combinaison de traits était inédite. Le propriétaire de ce pied devait pratiquer un mode de locomotion mixte : bipède au sol, oui, mais capable de grimper efficacement pour échapper aux prédateurs ou chercher sa nourriture. Dès 2009, la question était donc posée : y avait-il vraiment une autre espèce à côté de Lucy ?

Plus de dix ans d’enquête pour identifier la nouvelle espèce

Il a fallu attendre plus d’une décennie et des campagnes de fouilles répétées, entre 2015 et 2025, pour lever le voile sur ce mystère. Ce n’est qu’après la découverte de 25 fossiles supplémentaires, incluant des mâchoires, des dents et des os pelviens, que l’attribution est devenue possible.

La preuve cruciale a été la mandibule BRT-VP-2/135. Retrouvée à seulement 300 mètres du pied et dans la même couche sédimentaire, cette mâchoire juvénile ne correspondait pas du tout à A. afarensis. Ses canines étaient plus petites, et certaines structures (comme l’absence de relief lingual) la distinguaient clairement. En fait, la dentition d’Australopithecus deyiremeda, car c’est bien son nom, se rapprochait d’espèces plus anciennes comme A. anamensis.

Puisque tous les fossiles associés dataient d’une période très serrée (entre 3,47 et 3,33 millions d’années) et qu’aucun autre homininé n’a été identifié dans cette zone précise, la conclusion était forte : le pied et les mâchoires appartenaient à la même espèce, Australopithecus deyiremeda.

La diversité des bipédies : pas de ligne d’arrivée unique

Ce que nous enseigne l’identification du pied de Burtele, c’est que la bipédie n’est pas apparue comme un « tout ou rien », mais plutôt comme une sorte de grande expérience de la nature. Il y avait, comme le dit Yohannes Haile-Selassie, une véritable « pluralité d’expérimentations locomotrices » en cours.

D’un côté, vous aviez Lucy et les siens, qui développaient des pieds plus rigides et archés, parfaits pour la marche longue au sol. De l’autre, A. deyiremeda conservait cette grande mobilité plantaire. Ses phalanges courbes et son métatarse permettaient une capacité de dorsiflexion accrue, utile pour la grimpe, tout en restant suffisamment habile pour marcher sur deux jambes au besoin.

Cette diversité morphologique suggère que la sélection naturelle n’a pas favorisé immédiatement une seule forme de bipédie. Une stratégie mixte, conservant la capacité arboricole, était clairement avantageuse dans les environnements encore boisés de l’époque. C’est une grande leçon : l’évolution est un chemin qui bifurque, pas une autoroute droite.

Comment deux espèces humaines cohabitaient-elles sans conflit ?

Il est fascinant d’imaginer deux espèces d’homininés, contemporaines, se croisant peut-être en Éthiopie il y a si longtemps. Comment géraient-elles le partage du territoire sans se faire concurrence pour la survie ? La réponse, semble-t-il, réside dans leur assiette.

Les analyses de l’émail dentaire ont montré des différences nettes dans leur régime alimentaire. Les dents attribuées à A. deyiremeda présentaient une signature isotopique C3, ce qui est typique d’un régime alimentaire basé sur les forêts et les zones boisées (fruits, feuilles, écorces). Ils étaient donc des grimpeurs-cueilleurs spécialisés.

Lucy, quant à elle, présentait une alimentation plus variable, incluant des plantes C4, caractéristiques des milieux plus ouverts, comme les prairies. Ce découplage écologique – l’un se nourrissant surtout dans les arbres, l’autre exploitant un peu tout – a permis aux deux espèces de partager la région sans se marcher sur les pieds, si je puis dire. C’est la différence de locomotion et de régime qui a rendu leur coexistence possible, affirme Haile-Selassie.

Un modèle qui rappelle la complexité du vivant actuel

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Cette découverte majeure bouleverse profondément ce que nous pensions savoir sur le Pliocène et la façon dont la bipédie s’est établie chez nos ancêtres. Loin d’une histoire simple où une espèce remplace l’autre dans un ordre strict, nous découvrons un foisonnement d’essais et d’erreurs. C’est un peu comme si, à cette époque, différentes versions de l’être humain existaient en même temps, chacune testant une stratégie de survie particulière.

Ce modèle de coexistence par spécialisation écologique se rapproche de ce que nous observons aujourd’hui chez les primates dans les forêts africaines. Il démontre que l’évolution n’est pas un escalier, mais bien un arbre généalogique extrêmement ramifié.

L’étude de ces fossiles, notamment par des techniques avancées comme l’analyse micro-CT, continue de révéler que les premiers chapitres de l’histoire humaine sont beaucoup plus riches et nuancés que nous ne l’avions imaginé. Il reste encore tant à découvrir sur cette période charnière de notre histoire.

Les leçons d’une diversification précoce

En conclusion, la nouvelle est officielle : Lucy n’était pas la seule femme au village. La confirmation que le mystérieux pied de Burtele appartient bien à Australopithecus deyiremeda nous offre une preuve irréfutable de la diversité des homininés il y a 3,4 millions d’années.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la bipédie est apparue sous différentes formes. Certains, comme A. afarensis, étaient déjà bien engagés sur la voie terrestre, tandis que d’autres, comme A. deyiremeda, privilégiaient une stratégie mixte, gardant leur capacité précieuse à grimper pour se nourrir et se protéger. Cette diversification précoce a permis une coexistence pacifique par spécialisation alimentaire. L’histoire de l’évolution est décidément pleine de surprises !

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.