L’argot des collégiens, un miroir troublant des stéréotypes de genre
Richard Davis - 2025-12-10 10:29
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Un argot qui ne brise pas toujours les stéréotypes

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L’argot, loin d’être un simple folklore, fonctionne comme un puissant révélateur des rapports de force. Il ne suffit pas de créer des mots nouveaux pour s’affranchir des vieux schémas. Anne Gensane, enseignante-chercheuse, souligne que ces pratiques langagières sont profondément influencées par l’origine sociale, le lieu de vie ou les contacts multiculturels. Les collégiens ne forment pas un bloc uniforme, et leurs façons de parler reflètent cette diversité, tout en véhiculant des stéréotypes tenaces.
Le lexique du corps : un déséquilibre révélateur

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Ces métaphores sont rarement flatteuses. On trouve l’animalité avec «chatte» ou «schnek» (escargot en allemand), la consommation avec «de la peufra» (verlan de «frappe»), ou encore la figure dévalorisée de la prostituée avec «keh» ou «tchoin». Ce lexique participe d’une disqualification sociale, ramenant souvent la femme à un simple objet dans une sexualité centrée sur le masculin. C’est une violence symbolique qui passe par les mots du quotidien.
Usage complexe et retournements inattendus

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Le problème, en fait, ne vient peut-être pas des mots eux-mêmes, mais des pratiques qu’ils servent. Des expressions comme «beurette à chicha» ou «tana» construisent moins une réalité qu’une grille de lecture stéréotypée des comportements féminins dans l’espace public. Le plus troublant ? Ces termes sont parfois employés par les jeunes filles elles-mêmes, ce qui complique encore la simple vision d’une domination masculine unilatérale. C’est là tout le paradoxe de la reproduction sociale.
Les filles et l’argot : entre adaptation et résistance

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Pourtant, certaines jeunes filles bousculent ces attentes. Elles se réapproprient des termes vulgaires, voire violents, pour affirmer leur autorité dans des environnements dominés par les garçons. Dire d’une fille qu’«elle a les couilles», c’est lui reconnaître un courage symboliquement associé aux hommes. Mais cette stratégie est ambiguë : en utilisant ce lexique, ne reproduisent-elles pas malgré elles le système de valeurs qu’elles semblent vouloir contourner ? C’est une question qui reste ouverte, et qui montre la complexité du terrain.
Un langage défensif dans un environnement hostile ?

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Ce langage devient alors un bouclier dans un environnement symboliquement hostile. Il permet de se faire une place, de répondre à l’agressivité perçue ou réelle. Mais il faut se méfier des conclusions hâtives. Cet excès verbal des jeunes, garçons et filles, n’est peut-être pas qu’une exhibition. Il pourrait aussi servir à masquer une certaine vulnérabilité, à filtrer l’accès à son intimité. Derrière la violence des mots, il y a parfois une pudeur, une manière de gérer les frontières entre le public et le privé.
Un conservatisme qui résiste à l’inventivité

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Finalement, cette étude montre que les jeunes n’échappent pas à une forme de conservatisme sociolinguistique. Leur langage, s’il est le théâtre d’expérimentations et de résistances, reproduit aussi largement les inégalités de genre de la société qui les entoure. C’est peut-être là le signe que le changement véritable doit venir d’ailleurs, que la libération par les mots ne suffit pas si les structures sociales, elles, restent figées. Un constat qui invite à la réflexion, bien au-delà des cours de récréation.
Selon la source : science-et-vie.com
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