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L’argot des collégiens, un miroir troublant des stéréotypes de genre

credit : votrequotidien.ca (image IA)

Un argot qui ne brise pas toujours les stéréotypes

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On imagine souvent le langage des jeunes comme un espace de liberté totale, un endroit où ils pourraient se libérer des carcans anciens. La réalité, pourtant, semble plus complexe, voire plus conservatrice. Une étude sociolinguistique récente, menée auprès d’élèves du secondaire, a collecté près de 300 termes argotiques pour y déceler les représentations du genre. Le constat est frappant : malgré leur inventivité verbale, les jeunes reproduisent souvent des hiérarchies sociales bien ancrées.

L’argot, loin d’être un simple folklore, fonctionne comme un puissant révélateur des rapports de force. Il ne suffit pas de créer des mots nouveaux pour s’affranchir des vieux schémas. Anne Gensane, enseignante-chercheuse, souligne que ces pratiques langagières sont profondément influencées par l’origine sociale, le lieu de vie ou les contacts multiculturels. Les collégiens ne forment pas un bloc uniforme, et leurs façons de parler reflètent cette diversité, tout en véhiculant des stéréotypes tenaces.

Le lexique du corps : un déséquilibre révélateur

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Quand on plonge dans le vocabulaire, le déséquilibre saute aux yeux. Les termes évoquant le corps, et plus spécifiquement la sexualité, sont légion. Pour le sexe masculin, des mots comme «zboub» ou «chibre» sont fréquents, presque banals. Le corps féminin, lui, est soumis à un tout autre traitement lexical. Il est souvent réduit à des métaphores qui en disent long sur sa place dans l’imaginaire collectif des jeunes.

Ces métaphores sont rarement flatteuses. On trouve l’animalité avec «chatte» ou «schnek» (escargot en allemand), la consommation avec «de la peufra» (verlan de «frappe»), ou encore la figure dévalorisée de la prostituée avec «keh» ou «tchoin». Ce lexique participe d’une disqualification sociale, ramenant souvent la femme à un simple objet dans une sexualité centrée sur le masculin. C’est une violence symbolique qui passe par les mots du quotidien.

Usage complexe et retournements inattendus

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Mais est-ce à dire que cet argot est intrinsèquement et uniformément misogyne ? La réponse n’est pas si simple. L’usage des mots peut parfois brouiller les pistes et même inverser temporairement les hiérarchies. Prenez l’expression «avoir de la moule». Elle associe le sexe féminin à la chance, à un pouvoir positif. Cela montre que la signification d’un terme n’est jamais fixe ; elle évolue avec les pratiques sociales et les contextes d’énonciation.

Le problème, en fait, ne vient peut-être pas des mots eux-mêmes, mais des pratiques qu’ils servent. Des expressions comme «beurette à chicha» ou «tana» construisent moins une réalité qu’une grille de lecture stéréotypée des comportements féminins dans l’espace public. Le plus troublant ? Ces termes sont parfois employés par les jeunes filles elles-mêmes, ce qui complique encore la simple vision d’une domination masculine unilatérale. C’est là tout le paradoxe de la reproduction sociale.

Les filles et l’argot : entre adaptation et résistance

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Le langage reflète une hiérarchie bien réelle : les garçons ont traditionnellement plus de liberté pour s’exprimer de manière crue. Pour eux, une certaine hexis corporelle et un vocabulaire vulgaire peuvent être perçus comme des marqueurs de virilité et de distinction sociale. À l’inverse, on attend souvent des filles qu’elles adoptent des normes linguistiques plus ‘prestigieuses’, plus policées. Parler ‘bien’, c’est s’éloigner du langage populaire, perçu comme masculin.

Pourtant, certaines jeunes filles bousculent ces attentes. Elles se réapproprient des termes vulgaires, voire violents, pour affirmer leur autorité dans des environnements dominés par les garçons. Dire d’une fille qu’«elle a les couilles», c’est lui reconnaître un courage symboliquement associé aux hommes. Mais cette stratégie est ambiguë : en utilisant ce lexique, ne reproduisent-elles pas malgré elles le système de valeurs qu’elles semblent vouloir contourner ? C’est une question qui reste ouverte, et qui montre la complexité du terrain.

Un langage défensif dans un environnement hostile ?

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Pour beaucoup de collégiennes, l’usage d’un langage perçu comme agressif ou masculin n’est pas un choix gratuit. C’est parfois une stratégie de survie, un réflexe défensif. Dans des enregistrements comme ceux du corpus Multicultural Paris French, des jeunes filles de Cergy expliquent qu’elles utilisent ces termes pour s’adapter, pour ne pas se faire marcher sur les pieds. Comme le laissait entendre Simone de Beauvoir, s’assimiler aux codes dominants peut être une voie paradoxale d’émancipation.

Ce langage devient alors un bouclier dans un environnement symboliquement hostile. Il permet de se faire une place, de répondre à l’agressivité perçue ou réelle. Mais il faut se méfier des conclusions hâtives. Cet excès verbal des jeunes, garçons et filles, n’est peut-être pas qu’une exhibition. Il pourrait aussi servir à masquer une certaine vulnérabilité, à filtrer l’accès à son intimité. Derrière la violence des mots, il y a parfois une pudeur, une manière de gérer les frontières entre le public et le privé.

Un conservatisme qui résiste à l’inventivité

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Le bilan est en demi-teinte. L’extraordinaire inventivité linguistique des jeunes, leur capacité à créer et à faire évoluer un argot riche et vivant, ne semble pas avoir suffi à renverser les vieilles hiérarchies. Les codes sont bousculés, certes, mais les normes sociales profondes, elles, résistent. L’argot des collégiens agit comme un miroir, et ce miroir renvoie l’image d’une société qui a encore du mal à se défaire de ses schémas de domination.

Finalement, cette étude montre que les jeunes n’échappent pas à une forme de conservatisme sociolinguistique. Leur langage, s’il est le théâtre d’expérimentations et de résistances, reproduit aussi largement les inégalités de genre de la société qui les entoure. C’est peut-être là le signe que le changement véritable doit venir d’ailleurs, que la libération par les mots ne suffit pas si les structures sociales, elles, restent figées. Un constat qui invite à la réflexion, bien au-delà des cours de récréation.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.