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Ces traces numériques qui orientent nos pensées et nos décisions

credit : votrequotidien.ca (image IA)

La mémoire collective d’un clic

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Vous savez, c’est une petite action devenue tellement banale que nous n’y pensons même plus. Donner cinq étoiles à un restaurant sur Google, laisser un petit mot sur Amazon après un achat, ou appuyer sur ce pouce bleu sous une vidéo qui nous a plu. Chacun de ces gestes semble anodin, une simple opinion personnelle perdue dans l’immensité du web. Mais c’est là que ça devient fascinant, et un peu troublant. Collectivement, toutes ces micro-actions forment une gigantesque carte des préférences, une mémoire sociale persistante qui, finalement, finit par nous influencer en retour. C’est comme un écho qui revient vers nous et nous dit quoi faire, quoi aimer, à qui faire confiance.

Guy Théraulaz, chercheur au CNRS au Centre de Recherches sur la Cognition Animale de Toulouse, nous explique dans The Conversation que ce phénomène a même un nom scientifique : la stigmergie. Un concept pas tout jeune, puisqu’il a été introduit à la fin des années 1950 par l’entomologiste Pierre-Paul Grassé. À l’origine, il servait à décrire comment les termites construisent leurs nids de façon collective et organisée, sans chef. Une première ouvrière dépose une boulette de terre imprégnée d’une phéromone, ce qui incite la suivante à ajouter la sienne au même endroit. Petit à petit, un pilier puis un dôme émergent, guidés uniquement par les traces laissées dans l’environnement.

Eh bien, figurez-vous que nos avis en ligne fonctionnent exactement pareil. Un commentaire enthousiaste, une avalanche de cinq étoiles, un hashtag qui devient viral… ce sont nos phéromones numériques. Elles attirent l’attention, orientent les choix et peuvent coordonner des milliers de personnes sans qu’aucune ne donne d’ordre. C’est le principe même de l’intelligence collective. Mais comme souvent, cette force incroyable a son côté obscur. Que se passe-t-il si les traces laissées sont fausses ? Si elles sont le fruit de la tromperie, ou pire, de robots programmés pour nous influencer ? C’est la question cruciale à laquelle des chercheurs toulousains ont tenté de répondre.

L’expérience en laboratoire : Coopération versus compétition

credit : votrequotidien.ca (image IA)

Pour comprendre comment nous réagissons à ces traces, les scientifiques ont créé une expérience en 2023 qui ressemble étrangement à nos habitudes en ligne. Imaginez un groupe de cinq personnes devant explorer une grande grille de 225 cases, chacune cachant une valeur secrète entre 0 et 99. Le but ? Découvrir les cases les plus précieuses. Dès qu’un joueur ouvrait une case, il devait lui attribuer une note sur cinq, comme pour un produit. Ensuite, la case changeait de couleur, passant du blanc à un rouge plus ou moins intense selon la note moyenne donnée par le groupe. Cette tache de couleur, visible de tous, devenait la mémoire collective de leurs explorations passées.

L’expérience durait vingt tours, et le score final dépendait de la somme des valeurs des cases que chacun avait visitées. Mais il y avait un gros « mais » : le contexte de jeu. Dans un scénario, il n’y avait pas de compétition. Tout le monde gagnait la même petite somme à la fin, 10 euros. Dans l’autre scénario, chaque point comptait pour le classement, et la récompense finale variait entre 10 et 20 euros. La compétition était donc réelle.

Les résultats ont été édifiants. Sans enjeu compétitif, les participants étaient plutôt honnêtes. Ils notaient les cases à peu près en fonction de leur vraie valeur, offrant ainsi des indices fiables aux autres. La coopération naissait naturellement, et le groupe réussissait bien mieux qu’un individu seul. Mais dès que la compétition entrait en scène, tout se dégradait. Beaucoup se mettaient à tricher subtilement. Ils trouvaient une case à haute valeur… et lui mettaient une mauvaise note pour décourager les autres d’y aller ! D’autres adoptaient une stratégie neutre, mettant des notes aléatoires pour brouiller les pistes. La mémoire collective devenait alors un champ de mines, peu fiable.

Les chercheurs ont même pu dresser le portrait des joueurs. Il y avait les collaborateurs (honnêtes), les neutres (ambiguës) et les trompeurs (mal intentionnés). En situation de compétition, le nombre de trompeurs explosait. Cela montre à quel point notre tendance à coopérer via ces traces est fragile. Elle tient tant que nous n’avons rien à perdre, mais s’évapore dès que notre intérêt personnel est en jeu. On retrouve cela partout sur internet, où les avis sincères côtoient les faux commentaires et le spam organisé.

L’arrivée des bots : Des influenceurs invisibles dans le jeu

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Mais l’équipe de recherche, associant le Centre de recherches sur la cognition animale, le Laboratoire de physique théorique et l’École d’économie de Toulouse, est allée plus loin. Dans une seconde étude en 2022, ils ont introduit de nouveaux joueurs dans la partie : des robots logiciels (bots). Reprenant le même jeu de la grille, chaque participant humain croyait jouer avec quatre autres personnes. En réalité, ses partenaires étaient des bots programmés avec des personnalités fixes : certains coopératifs (ils notaient honnêtement), d’autres trompeurs (ils mentaient systématiquement), d’autres neutres, et un dernier type cherchait à optimiser la performance du groupe tout entier.

Les résultats ont été, pour le coup, spectaculaires. L’influence de ces bots rudimentaires était immense. Dans les groupes où les bots étaient coopératifs, les humains réussissaient mieux, trouvaient plus de cases de valeur et avaient de meilleurs scores. Pourtant, ce climat de confiance avait un effet pervers : il encourageait aussi certains participants humains à devenir plus opportunistes et à tricher davantage, profitant de la fiabilité des bots. À l’inverse, dans les groupes envahis par des bots trompeurs, les humains réagissaient souvent en devenant plus coopératifs ou neutres, comme pour essayer de maintenir un signal utile dans un océan de désinformation.

L’impact était tel que la simple composition du groupe (quatre bots coopératifs, ou trois trompeurs et un coopérateur…) permettait de prédire les performances globales. Le plus surprenant ? Lorsqu’on comparait des groupes de cinq humains entre eux à des groupes mixtes humains-bots, ces derniers, surtout ceux intégrant des bots « optimiseurs », obtenaient de bien meilleurs résultats. La présence de ces agents artificiels poussait même les humains, pourtant en compétition, à adopter un comportement de collaborateur. Une vraie leçon sur le pouvoir de l’environnement numérique.

Conclusion : Vers une cohabitation éthique dans un monde hybride

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Bon, ces expériences se sont déroulées en labo avec des grilles de nombres, c’est vrai. Mais avouez que ça ressemble furieusement à notre quotidien numérique, saturé de notes, de likes et de recommandations algorithmiques. La grande question, c’est : dans quelle mesure nos choix collectifs sont-ils déjà sculptés par ces agents invisibles ? Ces travaux nous rappellent que le mécanisme de la stigmergie, cette coordination indirecte, fonctionne bel et bien chez les humains, pas seulement chez les insectes. Mais ils en révèlent aussi toute la fragilité.

La coopération née des traces est constamment menacée par la tentation de tromper, une tentation amplifiée par la compétition ou la présence d’agents biaisés. Dans un monde où tout repose sur les systèmes d’évaluation, des restaurants aux politiques, cette fragilité est un vrai problème. Derrière un commentaire apparemment anodin, il peut y avoir une stratégie humaine égoïste… ou un bot programmé pour déformer l’opinion collective.

Pourtant, il ne s’agit pas de tout diaboliser. Comme l’ont aussi montré les expériences, des bots bien conçus peuvent, au contraire, favoriser la coopération, stabiliser les dynamiques de groupe et même booster les performances collectives. Le défi n’est donc pas seulement de lutter contre les manipulations malveillantes (les faux avis, les armées de bots de désinformation), mais aussi de réfléchir sérieusement à comment intégrer ces agents de façon transparente et éthique. Comment les utiliser pour le bien commun sans qu’ils ne deviennent des outils de tromperie ?

Au final, ces recherches nous disent une chose essentielle : nous vivons désormais dans des écosystèmes hybrides. Humains et agents artificiels y cohabitent et interagissent en permanence à travers les traces numériques que nous laissons. Comprendre ces interactions est un défi colossal pour la science. Mais c’est surtout un enjeu de société majeur. Car de la façon dont nous choisirons de réguler, de concevoir et d’utiliser ces traces et ces bots dépendra la qualité de notre intelligence collective future, et peut-être même la robustesse de nos démocraties à l’ère numérique. C’est une réflexion qui nous concerne tous, bien au-delà des simples étoiles que nous cliquons.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.