Aliments ultratransformés : ces produits industriels qui menacent notre santé et comment s’en protéger

Aliments ultratransformés : ces produits industriels qui menacent notre santé et comment s’en protéger credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Quand l’industrie agroalimentaire est mise en cause

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C’est une nouvelle qui a fait du bruit outre-Atlantique. Des géants comme Kraft Heinz, Mondelez, Coca-Cola, PepsiCo, Nestlé ou encore Kellogg’s sont désormais visés par une procédure judiciaire lancée par la ville de San Francisco. Leur tort ? Selon le procureur David Chiu, ces entreprises auraient continué à « concevoir et à commercialiser des produits de plus en plus addictifs et nocifs » tout en sachant qu’ils rendaient les gens malades, et ce pour « maximiser [leurs] profits ». Plutôt accusateur, vous ne trouvez pas ?

Cette action en justice est loin d’être anodine. Elle tombe à pic, juste après la publication d’un épais dossier dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, qui se penche longuement sur les effets des aliments ultratransformés. C’est un sujet sur lequel les preuves scientifiques s’accumulent à une vitesse folle ces dernières années. Je me dis souvent que c’est un peu comme les cigarettes dans les années 70 : on commence à peine à mesurer l’étendue des dégâts.

On parle de quoi, au juste ? De ces produits qu’on trouve en masse dans nos supermarchés : trop sucrés, trop salés, bourrés d’additifs et de substances issues de procédés industriels complexes. Des chercheurs, comme Mathilde Touvier et Bernard Srour en France, ont justement réalisé une analyse exhaustive de toutes les études existantes sur le sujet. Leur constat est sans appel. Alors, que sait-on vraiment ? Et surtout, comment peut-on, dans notre vie de tous les jours, réduire notre exposition à ces aliments ? C’est ce qu’on va essayer de voir ensemble.

Que cachent vraiment ces aliments « ultratransformés » ?

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Avant toute chose, il faut bien comprendre de quoi on parle. En France, on estime qu’en moyenne, ces aliments représentent 30 à 35 % des calories que nous avalons chaque jour. Un chiffre qui peut monter jusqu’à 60 % au Royaume-Uni ou aux États-Unis, ce qui est colossal. Et si en Occident, les ventes sont stables (mais à un niveau très haut), elles explosent dans les pays à revenu faible, c’est une vraie inquiétude.

Leur nom est assez parlant : ce sont des aliments qui ont été profondément modifiés. On ne parle pas d’éplucher une carotte ou de faire cuire une soupe. Non, là, c’est une transformation industrielle lourde : chauffage à très haute température, hydrogénation, friture préalable, extrusion… Bref, des procédés qui changent radicalement la nature même de l’aliment de départ. Le résultat ? Une matrice alimentaire complètement différente.

Mais ce n’est pas tout. La vraie signature des ultratransformés, ce sont les fameux « marqueurs d’ultra-transformation ». On y trouve les 330 additifs autorisés en Europe – colorants, émulsifiants, édulcorants, exhausteurs de goût – qui servent à rendre le produit plus beau, plus goûtu, plus moelleux… plus attrayant en somme. À cela s’ajoutent des ingrédients qui ne sont pas officiellement des additifs, comme les arômes, les sirops de glucose ou les isolats de protéines.

Et puis, il y a les composés « néoformés », des substances qui n’existaient pas dans l’aliment de base et qui apparaissent lors de ces transformations industrielles. Pour couronner le tout, ces produits sont souvent vendus dans des emballages sophistiqués en plastique, dans lesquels ils restent des mois, et qu’on réchauffe parfois directement au micro-ondes. Vous voyez le tableau ? C’est un cocktail de substances dont on connaît mal les effets à long terme.

Alors, comment les reconnaître ? Un bon truc tout simple : regardez la liste d’ingrédients. Si vous y voyez des noms chimiques ou des substances que vous n’auriez pas dans votre cuisine (des émulsifiants, des huiles hydrogénées…), vous tenez très probablement un aliment ultratransformé. Pour nous guider, les chercheurs utilisent la classification NOVA, créée par le Brésilien Carlos Monteiro. Elle classe les aliments en quatre groupes selon leur degré de transformation.

Dans le groupe des « ultratransformés », on trouve les sodas (même light), les légumes en sauce industrielle, les steaks végétaux reconstitués, les pâtisseries et barres chocolatées avec additifs, les nouilles instantanées, les yaourts sucrés aux édulcorants… Même la charcuterie avec nitrites (comme le jambon ou les saucisses) y est classée, tandis qu’une viande simplement salée est juste « transformée ». C’est subtil, mais ça fait une différence.

Les preuves scientifiques des effets sur la santé s’accumulent

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Le problème, ce n’est pas seulement qu’ils sont souvent plus pauvres en fibres et en vitamines, et plus riches en sucre, sel et mauvaises graisses. Des études ont aussi montré qu’ils poussaient à manger davantage. Mais depuis quelques années, la recherche va plus loin : elle révèle que ces aliments ont des effets néfastes au-delà de leur simple mauvaise qualité nutritionnelle.

Pour y voir clair, les chercheurs ont passé au crible la littérature scientifique mondiale. Ils ont identifié 104 études épidémiologiques prospectives de qualité. Le principe ? On suit une grande cohorte de volontaires, on note précisément ce qu’ils mangent et leur mode de vie, et on observe leur santé sur des années. Résultat, 92 de ces 104 études ont trouvé un lien significatif entre la consommation d’aliments ultratransformés et des problèmes de santé. Quand 9 études sur 10 vont dans le même sens, il faut commencer à écouter.

Le résultat le plus marquant concerne la mortalité prématurée. En clair, les gens qui en consomment le plus vivent généralement moins longtemps, même en tenant compte d’autres facteurs comme le tabac ou le manque d’exercice. Les preuves sont aussi très solides pour l’augmentation du risque de maladies cardiovasculaires, d’obésité, de diabète de type 2 et de dépression. La méta-analyse suggère même un lien avec les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Pour les cancers, notamment le colorectal, le signal est plus faible, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires.

Ces observations sont confirmées par des études « interventionnelles ». Par exemple, des travaux menés par Jessica Preston et Romain Barrès ont montré qu’à calories égales, un régime à base d’aliments ultratransformés entraînait une prise de poids plus importante, perturbait certaines hormones et dégradait même la qualité du sperme. D’autres recherches, comme celles de Benoît Chassaing, montrent que certains émulsifiants (très présents dans ces aliments) perturbent le microbiote intestinal et provoquent une inflammation chronique, pouvant mener au cancer colorectal chez l’animal.

Le pire, c’est que la plupart de ces additifs sont ce qu’on appelle parfois des additifs « cosmétiques ». Ils n’ont aucun intérêt pour la sécurité sanitaire. Ils servent juste à rendre le produit plus appétissant, à baisser les coûts de production et à allonger la durée de conservation sur l’étagère. On joue avec notre santé pour des raisons purement marketing et économiques, c’est un peu révoltant.

Agir est urgent : pistes pour les pouvoirs publics et les consommateurs

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En 2019, la France a pris une première mesure en recommandant, dans son Programme National Nutrition Santé (PNNS), de limiter ces aliments. À l’époque, c’était un principe de précaution. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, les preuves sont suffisantes pour en faire une urgence de santé publique. La cohorte française NutriNet-Santé a, à elle seule, publié une douzaine d’études montrant des liens entre les émulsifiants, les nitrites, les édulcorants et un risque plus élevé de cancers, de maladies cardiovasculaires et de diabète. En 2023, l’aspartame a même été classé « possiblement cancérigène » par le Centre international de recherche sur le cancer.

Alors, que faire ? Il faut agir à tous les niveaux. Pour nous, consommateurs, la première urgence est de rendre obligatoire le Nutri-Score sur tous les produits, une mesure soutenue par plus de 90% des Français. Il est même envisagé d’entourer de noir le logo quand le produit est ultratransformé, pour mieux nous alerter. Il faut aussi renforcer l’éducation alimentaire dès le plus jeune âge.

Mais on ne peut pas tout reposer sur le choix individuel. L’offre doit changer. Il faut envisager d’interdire ou de réduire les seuils de certains additifs, surtout ceux « cosmétiques », quand les signaux d’alerte s’accumulent. Réguler le marketing, particulièrement celui qui cible les enfants, est aussi essentiel. Des tests ont montré que des emballages neutres réduisaient l’attrait de ces produits.

Le levier du prix est puissant. Pourquoi ne pas taxer les aliments ultratransformés et ceux notés D ou E au Nutri-Score, comme on l’a fait pour le tabac ? Et à l’inverse, subventionner les aliments sains, peu transformés et bio pour les rendre plus accessibles. Il faut aussi bannir ces produits des écoles et des hôpitaux.

Enfin, la clé du progrès réside dans la transparence. Actuellement, même les scientifiques n’ont pas accès aux doses exactes d’additifs utilisées par les industriels. C’est un travail de titan de les doser. Les pouvoirs publics doivent contraindre l’industrie à divulguer ces informations, ainsi que la composition des emballages et l’utilisation d’auxiliaires technologiques, comme l’hexane, un solvant neurotoxique qu’on peut retrouver dans les huiles. Sans oublier de garantir l’indépendance des experts face au lobbying intense de ce secteur, dont les enjeux économiques sont colossaux. Face à l’épidémie de maladies chroniques qui s’aggrave, la santé doit passer avant les profits.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.