Un bilan chiffré de la pandémie en Alaska : un mort sur 500 lié au COVID-19

Un bilan chiffré de la pandémie en Alaska : un mort sur 500 lié au COVID-19 credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Un rapport inédit dresse le bilan de trois années de pandémie en Alaska

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C’est un document qui, d’une certaine façon, clôt un chapitre douloureux. Le département de la Santé de l’Alaska vient de publier une analyse rétrospective complète de la gestion de la pandémie de COVID-19, couvrant la période allant de mars 2020 à la fin de l’état d’urgence fédéral en mai 2023. Pour la première fois, les épidémiologistes ont rassemblé et examiné toutes les données : dossiers de décès, hospitalisations, taux d’infection, vaccination, démographie… Le tableau qui en ressort est à la fois précis et accablant.

Le chiffre qui saute aux yeux, et qui résume à lui seul l’impact du virus dans cet État peu peuplé et isolé, est le suivant : 1 564 Alaskains sont morts du COVID-19 durant ces trois ans. Pour le dire autrement, et c’est la conclusion glaçante du rapport, environ une personne sur 500 décédée en Alaska pendant cette période a été tuée par le coronavirus. L’analyse révèle aussi un autre fait marquant : parmi les personnes éligibles au vaccin et décédées, une écrasante majorité de 74% n’était pas vaccinée.

Comme l’explique Shirley Sakaye, porte-parole du département, compiler simplement des chiffres sur plusieurs années ne rendait pas justice à la réalité changeante de la crise. C’est pourquoi le rapport découpe l’expérience alaskaine en sept « ères » pandémiques distinctes, chacune marquée par des mutations du virus et des réponses sanitaires différentes. « Une pandémie n’est pas un événement unique, mais une expérience prolongée et évolutive », résume-t-elle. Une leçon que le Dr Anne Zink, ancienne médecin en chef de l’État qui a supervisé la réponse initiale, juge précieuse pour l’avenir.

Le déroulé en sept phases : de la mise en place des mesures à la vaccination

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Le rapport retrace chronologiquement le parcours du virus. Tout commence par « l’apparition de la pandémie », de mars à mai 2020. À cette époque, le nombre de cas reste faible. L’Alaska, grâce à son isolement géographique et à la mise en place précoce de mesures non pharmaceutiques (fermetures, distanciation, restrictions de voyage), parvient à éviter une transmission communautaire massive. Katherine Newell, autrice principale du rapport, note que cela a permis une première vague plus petite et des taux de maladie et de mortalité plus bas que dans beaucoup d’autres régions des États-Unis continentaux.

Les choses se gâtent à l’été 2020. Les mesures se relâchent un peu, les infections augmentent. L’Alaska réagit en lançant une campagne de tests agressive, visant notamment les employés des infrastructures essentielles et les voyageurs. Le rapport souligne qu’en août 2020, l’Alaska était l’État le plus testé par habitant du pays. Malgré cela, la transmission communautaire progresse, entraînant une première augmentation notable des cas, des hospitalisations et des décès.

Le virus se propage alors dans des lieux de regroupement : usines de transformation du poisson, établissements pénitentiaires, maisons de retraite et hôpitaux. C’est là que les inégalités frappent de plein fouet. Les données démographiques sont sans appel : les personnes amérindiennes/autochtones de l’Alaska et asiatiques/insulaires du Pacifique ont été hospitalisées et sont mortes à un taux particulièrement élevé. Avant l’arrivée massive des vaccins en janvier 2021, l’écart devient vertigineux. Les taux de mortalité chez les Autochtones de l’Alaska et les Asiatiques/Insulaires du Pacifique étaient respectivement 5,5 et 3,6 fois plus élevés que celui des personnes blanches. Le Dr Zink regrette le manque de nuance dans ces catégories, précisant que la communauté des Insulaires du Pacifique a été bien plus durement touchée que les Asiatiques dans leur ensemble.

Pour elle, ces disparités reflètent des tendances sociales et sanitaires anciennes : surpeuplement des logements, manque d’accès à l’eau courante et à l’assainissement dans certains villages, accès inégal aux soins médicaux d’urgence. « Les Autochtones de l’Alaska ont de moins bons résultats en matière de santé », constate-t-elle, tout en ajoutant prudemment qu’une partie de la transmissibilité et de la pathologie du coronavirus reste encore à étudier.

La dévastation Delta et le rôle crucial de la vaccination

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Le vaccin arrive, et l’Alaska se lance avec fougue dans la plus grande campagne de vaccination de son histoire. En cinq mois, 289 287 Alaskains reçoivent leur première dose. Cet élan précoce s’avérera salvateur. Mais en juillet 2021, le variant Delta s’impose. Et il frappe avec une violence inouïe. En seulement six mois, jusqu’en décembre 2021, il cause 719 décès, soit 46% du total des morts du COVID-19 sur les trois années en Alaska.

À cette période, le COVID-19 devient la principale cause de décès dans l’État, devant le cancer ou les maladies cardiaques. Le profil des victimes est clair : l’âge médian au décès était de 75 ans, et 80% d’entre elles, soit 575 personnes, n’étaient pas vaccinées. Les hôpitaux, submergés par 2 021 hospitalisations liées au COVID-19 sur cette même période, sont mis sous une « pression sans précédent ». L’État doit faire venir plus de 400 soignants de l’extérieur pour prêter main-forte.

L’arrivée du variant Omicron, plus contagieux mais moins virulent, change la donne. Les cas explosent, mais les hospitalisations et les décès diminuent. Le rapport note que la forte adoption précoce du vaccin a probablement sauvé de nombreuses vies lors des vagues ultérieures de variants très transmissibles. Même si des personnes vaccinées, surtout âgées ou en mauvaise santé, sont mortes, la différence de taux de mortalité entre vaccinés et non-vaccinés est significative.

Conclusion : Les leçons d’une expérience prolongée et les limites des données

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Ce rapport, aussi complet soit-il, a ses limites. Il ne permet pas, par exemple, de mesurer précisément l’efficacité de chaque mesure de santé publique. Il se garde aussi d’attribuer au COVID-19 des décès qui auraient pu être techniquement causés par une maladie cardiaque, une pathologie sous-jacente ou une overdose, mais qui ont été aggravés par le contexte pandémique – l’isolement social ou la difficulté d’accéder aux soins. Le document évoque ces « décès excédentaires » comme le reflet des conséquences plus larges de la pandémie sur la santé publique, et appelle à de plus amples recherches.

Pour le Dr Anne Zink, la valeur de ce travail est avant tout tournée vers l’avenir. Pendant la crise, elle consultait régulièrement de vieux rapports épidémiologiques sur la grippe en Alaska pour éclairer ses décisions. Ce nouveau document sur le COVID-19 jouera le même rôle pour ceux qui devront faire face aux prochaines crises. Il rappelle, chiffres à l’appui, qu’une pandémie est un marathon, pas un sprint, et que ses impacts frappent rarement de façon égale. L’Alaska en sort avec un lourd bilan : 1 564 vies perdues, des inégalités de santé exacerbées, et un système de soins qui a frôlé la rupture. Mais aussi avec des données précieuses, et la confirmation que la vaccination a été un rempart essentiel contre le pire.

Selon la source : medicalxpress.com

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