Quand la bonne volonté se heurte à l’obligation
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Vous avez sans doute remarqué, dans nos discussions quotidiennes ou même dans vos propres habitudes, que l’action climatique est partout. On parle de centres-villes sans voitures, de réduire notre consommation d’énergie à la maison, de prendre l’avion un peu moins souvent ou même de changer ce qu’il y a dans nos assiettes. Ce sont des choix pratiques, n’est-ce pas ? Pour beaucoup d’entre nous, ces idées sont déjà acquises et on les applique volontiers, chacun à son rythme.
Mais voilà, il y a un « mais ». C’est curieux, mais dès que les gouvernements décident de transformer ces habitudes vertueuses en règles strictes, notre soutien a tendance à s’évaporer. On pourrait se demander pourquoi, et c’est exactement ce qu’une nouvelle recherche vient d’éclairer. Sanjana Gajbhiye, rédactrice pour Earth.com, rapporte que certaines politiques climatiques peuvent, contre toute attente, affaiblir notre motivation au lieu de la renforcer. Le problème, voyez-vous, ce n’est pas l’objectif de réduire les émissions — nous sommes d’accord là-dessus — mais bien la manière dont les règles sont conçues.
Les politiques ne font pas que changer nos comportements ; elles remodèlent nos valeurs et notre sentiment d’autonomie. C’est psychologique, finalement. Quand on se sent contrôlé, l’envie de bien faire s’effrite. Les modèles économiques traditionnels, un peu rigides je trouve, supposent souvent que nous agissons uniquement par gain personnel, comme si nos valeurs étaient figées et que seules les récompenses ou les coûts comptaient. Or, les chercheurs contestent cette idée.
Il existe déjà des valeurs environnementales chez nous. C’est cette motivation personnelle qui nous pousse à prendre le vélo, à baisser le chauffage ou à éviter un voyage inutile. Mais des mandats mal conçus peuvent provoquer ce que la psychologie et l’économie appellent l’« éviction » (ou « crowding out » en anglais). En gros, le contrôle externe réduit notre motivation interne. Katrin Schmelz, boursière postdoctorale à l’Institut de Santa Fe et auteure principale de l’étude, l’explique très bien : « Les politiques ne stimulent pas seulement un comportement cible. Nous constatons qu’elles peuvent changer les valeurs sous-jacentes des gens, conduisant à des effets négatifs involontaires ».
La résistance face à la perte de liberté
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C’est presque une réaction épidermique, je suppose. Les résultats des enquêtes montrent une résistance bien plus forte lorsque les actions climatiques deviennent obligatoires plutôt que volontaires. Prenez les interdictions de voitures ou les limites sur la consommation de viande… cela déclenche souvent de la colère, voire de la frustration. Même les gens qui, au départ, soutenaient ces habitudes durables réagissent mal une fois que la loi s’en mêle.
Les économistes appellent cela l’aversion au contrôle. En psychologie, on parle de « réactance ». C’est simple : quand notre liberté semble menacée, notre motivation chute. On ne résiste pas parce qu’on nie le changement climatique — non, pas du tout — mais parce qu’on a l’impression de perdre notre autonomie. Samuel Bowles, co-auteur de l’étude et professeur à l’Institut de Santa Fe, nous met en garde : « Ces effets d’éviction sont suffisamment importants pour que les décideurs politiques s’en inquiètent ».
Et tenez-vous bien, il y a un résultat surprenant qui est ressorti des comparaisons avec les politiques du COVID-19. La résistance envers les mandats climatiques est apparue 52 % plus élevée que la résistance aux contrôles pandémiques. C’est énorme, quand on y pense. Les règles de la pandémie avaient déjà causé des manifestations et des conflits politiques dans de nombreux pays.
Comme le dit Bowles : « Nous avons vu une hostilité incroyable aux États-Unis et dans d’autres pays envers les contrôles pendant la pandémie de COVID-19… Il semble que le cas du climat pourrait être bien pire ». La technologie pour vivre avec moins de carbone existe déjà, c’est vrai. Mais l’acceptation sociale, elle, reste un défi bien plus vaste.
Trouver l’équilibre : croyances, trains et thermostats
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Heureusement, tous les mandats ne se valent pas. La recherche montre que nos croyances sur l’efficacité jouent un rôle clé. Si on croit qu’une politique réduit vraiment les émissions, l’opposition baisse. On est plus enclins à accepter des règles qui ont du sens, plutôt que des mesures purement symboliques, n’est-ce pas ?
La liberté compte aussi énormément. Les politiques qui offrent des alternatives réalistes passent mieux. Par exemple, en Allemagne — c’est là que les deux chercheurs ont interrogé 3 306 adultes pour cette étude — les limites sur les vols court-courriers rencontrent moins de résistance. Pourquoi ? Parce qu’il existe un réseau ferroviaire solide. L’accès aux trains préserve la liberté de mouvement.
Par contre, dès qu’on touche à la vie privée ou au corps, attention les dégâts. Les règles affectant notre alimentation ou la température de notre maison provoquent une forte résistance. Ces politiques semblent invasives, intrusives même, et difficiles à justifier par de simples informations.
Cela dit, la recherche ne dit pas qu’il faut abandonner tous les mandats. Au contraire, les auteurs appellent à une utilisation plus intelligente. Des règles temporaires peuvent aider la société à s’éloigner des systèmes carbonés. L’adoption des véhicules électriques est un bon exemple : une restriction à court terme peut nous faire passer un point de bascule. Une fois que le comportement vert devient courant, l’action volontaire prend le relais.
Il faut concevoir les politiques avec soin pour maintenir le soutien politique à long terme. Si on détruit la confiance, on affaiblit les efforts futurs, et la résistance peut s’étendre à d’autres institutions. Katrin Schmelz et Samuel Bowles, dont l’étude est publiée dans la revue Nature Sustainability, nous offrent une note d’optimisme : une politique bien faite peut cultiver des valeurs vertes au lieu de les affaiblir. Le succès dépend de la transparence, du respect de notre vie quotidienne et, bien sûr, de notre autonomie.
Selon la source : earth.com
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