Un constat qui bouscule nos certitudes
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C’est une croyance, ou devrais-je dire une certitude, ancrée en nous depuis des décennies : qui dit cancer du poumon dit forcément tabac. Et pourtant, la réalité est en train de changer, doucement mais sûrement, sous nos yeux. Le cancer du poumon reste, hélas, la première cause de mortalité par cancer. C’est un fait. Et bien sûr, soyons clairs, dans la très grande majorité des cas — disons entre 80 et 90 % — c’est bien la cigarette qui est la coupable. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil. Mais voilà, depuis quelques années, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme face à une statistique qui grimpe de manière inédite : 10 % des cas de cancer du poumon concernent aujourd’hui des personnes qui n’ont jamais fumé de leur vie.
C’est assez déconcertant, non ? On parle ici d’une hausse que personne n’observait il y a une vingtaine d’années. Le cancer du poumon est fréquent, trop fréquent même ; c’est le deuxième cancer le plus répandu chez les hommes et le troisième chez les femmes, avec environ 40 000 nouveaux cas estimés chaque année en France. Ce qui inquiète particulièrement les médecins, c’est la répartition de ces « nouveaux malades » qui n’ont pourtant jamais touché une cigarette. Les chiffres sont là : 10 % sont des hommes, mais c’est encore plus flagrant chez les femmes, où 30 à 40 % des patientes non fumeuses sont touchées. Alors, si ce n’est pas le tabac, qu’est-ce que c’est ? On pointe du doigt d’autres coupables, comme la pollution de l’air et ces fameuses particules fines que nous respirons tous les jours sans vraiment y penser. C’est une situation injuste, je trouve, mais qu’il est indispensable de comprendre.
Biologie et génétique : comprendre cette maladie aux multiples visages
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Quand on dit « cancer du poumon », on a tendance à tout mettre dans le même sac. En réalité, c’est un peu plus complexe que ça. On devrait plutôt parler de « cancers bronchiques » ou « cancers des bronches », car c’est bien là, au niveau des cellules de la paroi des bronches et des bronchioles — ces conduits vitaux pour notre respiration — que le mal s’installe. Mais attention, tous les cancers ne se valent pas. D’un côté, on a les cancers à petites cellules. Ceux-là sont méchants, très agressifs, ils évoluent vite et sont difficiles à soigner. Heureusement, ils ne représentent que 15 % des cas et, surprise… ou pas, le tabac en est l’origine dans 95 % des situations. Mais pour nos non-fumeurs, l’histoire est différente. Eux, ils sont majoritairement touchés par ce qu’on appelle le cancer du poumon non à petites cellules. C’est la forme la plus courante, qui se développe plus lentement et se soigne donc un peu plus facilement.
Si on creuse un peu — accrochez-vous, c’est un peu technique mais important —, on découvre que 40 % de ces cancers sont des adénocarcinomes. C’est ce type précis qui frappe souvent les femmes et les non-fumeurs. La différence se joue aussi au niveau de la localisation. Chez un fumeur, la fumée attaque les grosses bronches à l’entrée. Chez un non-fumeur, le cancer va se nicher beaucoup plus loin, dans les alvéoles pulmonaires, au plus profond du poumon. Le diagnostic est souvent compliqué car les symptômes ne sont pas clairs, mais heureusement, le pronostic de survie est meilleur que pour les fumeurs. La science a fait des progrès formidables : on a découvert que ces cancers « non-fumeurs » présentent souvent des mutations génétiques très spécifiques. Des noms barbares comme UAB1, KRAS, EGFR ou encore ALK. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que c’est une bonne nouvelle ! Identifier ces mutations permet de faire de la médecine personnalisée. On peut cibler les cellules malades sans détruire les cellules saines autour. C’est une avancée majeure, surtout quand on sait que ce cancer serait la cinquième cause de mortalité par cancer dans le monde chez les personnes n’ayant jamais fumé.
L’environnement et les hormones au banc des accusés
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Alors, si on enlève le tabac de l’équation, qui est le responsable ? Les chercheurs commencent à peine à comprendre, l’étude de ces cas étant encore assez récente. Mais on a déjà quelques pistes sérieuses, et elles ne sont pas très rassurantes. Il y a bien sûr l’exposition à des polluants industriels comme l’amiante, on le sait. Mais connaissez-vous le radon ? C’est un gaz radioactif naturel, totalement inodore et incolore. Un tueur silencieux qui remonte des sols, surtout granitiques et volcaniques. Si vous habitez dans le Massif Central, en Bretagne, dans les Vosges ou en Corse, vous êtes potentiellement concernés. On considère le radon comme le second facteur de risque après le tabac. Pourtant, la hausse actuelle des cas ne viendrait pas de lui, sa concentration n’ayant pas changé. Non, le vrai problème, c’est l’air extérieur. En 2013, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé la pollution de l’air — et spécifiquement les particules fines du diesel — comme cancérigène avéré. C’est effrayant quand on y pense : cette pollution tue plus de 3 millions de personnes par an dans le monde, et ce chiffre pourrait doubler d’ici 2050.
Cette dégradation de l’air est flagrante en Asie de l’Est, notamment en Chine, ce qui expliquerait pourquoi les populations asiatiques sont si durement touchées par ce type de cancer. Mais il y a un autre mystère : pourquoi les femmes ? Pourquoi elles, plus que les hommes non-fumeurs ? Là, on se tourne vers nos propres corps. L’hypothèse hormonale est très sérieuse. Les hormones féminines, œstrogènes et progestérone, favorisent la prolifération des cellules. Or, il se trouve qu’on a des récepteurs hormonaux sur nos cellules pulmonaires. C’est une piste fascinante qui est étudiée de près.
Conclusion : Prévention et vigilance
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C’est difficile de se dire qu’on peut tomber malade sans avoir jamais pris de risques évidents comme fumer. On se sent un peu impuissant face à l’air qu’on respire, n’est-ce pas ? Difficile de se prémunir totalement contre ce fléau quand on est non-fumeur. Mais ne soyons pas fatalistes. On peut tout de même prendre quelques précautions de bon sens au quotidien. Par exemple, éviter de faire son jogging en plein pic de pollution atmosphérique, fuir le tabagisme passif comme la peste, et peut-être se renseigner sur la présence de polluants comme le radon dans notre maison. La recherche avance, et la prise de conscience est là, c’est déjà un premier pas.
Selon la source : science-et-vie.com
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