Hommes, femmes et animaux : pourquoi ce fossé émotionnel ?

Hommes, femmes et animaux : pourquoi ce fossé émotionnel ? credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Quand la parité boude le Parti animaliste

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C’est une situation assez cocasse, vous ne trouvez pas ? Alors qu’on a l’habitude d’entendre parler de la course à la parité dans les grandes entreprises ou au gouvernement, voilà que le Parti animaliste se retrouve confronté au problème inverse. Cette formation politique, menée par l’avocate Hélène Thouy, cherche désespérément des hommes pour les prochaines législatives. Ils avaient même été pénalisés financièrement lors d’un scrutin précédent parce qu’ils manquaient… d’hommes. C’est le monde à l’envers !

Mais au fond, pourquoi ces messieurs manquent-ils à l’appel ? On les imagine pourtant souvent prêts à briguer des mandats publics. Seraient-ils moins touchés par le sort de nos amies les bêtes ? Si on se fie aux clichés — qui ont souvent la vie dure —, des images nous viennent tout de suite en tête. D’un côté, le chasseur (qui est un homme dans 98 % des cas en France) ou le boucher (90 % d’hommes). De l’autre, la figure de la végétarienne (67 % sont des femmes) ou ces grandes figures protectrices.

Je pense évidemment aux célèbres primatologues. On a tous en tête les noms de pionnières comme Dian Fossey, Jane Goodall ou encore Brigitte Galdigas. Sans parler de toutes ces universitaires qui étudient les relations entre humains et animaux. Mais bon, au-delà de ces exemples qu’on picore ça et là, est-ce que les hommes se sentent vraiment moins concernés ? C’est ce que deux chercheurs, Laurent Bègue-Shankland et Shelly Masi, ont essayé de décortiquer, et vous allez voir, c’est passionnant.

Une histoire d’empathie et de violence : les chiffres qui parlent

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Il faut remonter un peu dans le temps pour comprendre. L’opposition à l’expérimentation animale, par exemple, a toujours été une affaire très féminine. C’est assez stupéfiant quand on y pense : au XIXe siècle, alors que les femmes étaient quasiment invisibles dans l’espace public, 60 % des leaders antivivisectionnistes étaient des femmes. Et dans les manifestations de l’époque ? Les trois quarts des participants étaient des participantes. Aujourd’hui, ça n’a pas beaucoup changé. Sur neuf études récentes, on constate que les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes dans les cortèges pro-animaux.

À l’inverse — et c’est là que le bât blesse —, dès qu’il s’agit de violence physique, les hommes dominent largement les statistiques, que la victime soit humaine ou animale. Tenez-vous bien : la probabilité qu’une femme frappe gravement un animal est 39 fois inférieure à celle d’un homme. Et pour ce qui est d’utiliser une arme à feu contre une bête ? C’est 45 fois moins probable chez une femme. C’est colossal comme différence.

Même chez nos jeunes, le constat est le même. Une étude française de 2020, menée auprès de 12 344 élèves, a montré quelque chose de triste : parmi les 7,3 % d’adolescents ayant volontairement fait du mal à un animal, plus des deux tiers étaient des garçons. À ma connaissance, il n’existe aucune culture au monde où les femmes seraient plus violentes gratuitement envers les animaux que les hommes. Au contraire, les récits ethnographiques regorgent d’histoires de femmes qui soignent, voire allaitent des animaux.

Il y a aussi ce phénomène étrange, un peu triste je suppose, qu’on appelle le syndrome de Noé. C’est cette accumulation compulsive d’animaux chez soi. Eh bien, cette pathologie touche trois fois plus de femmes. C’est peut-être une forme déformée, excessive, du soin ? D’ailleurs, en miroir, on remarque souvent que les chats s’attachent davantage à leur maîtresse qu’à leur maître. Allez savoir pourquoi…

La biologie s’en mêle : de la souris au robot

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On peut se demander si tout ça n’est pas un peu biologique, finalement. Une hypothèse sérieuse suggère que le degré d’empathie diffère selon le sexe chez de nombreuses espèces de mammifères. Leonardo Christov-More, de l’Université de Californie, a montré que les femelles surpassent constamment les mâles dans l’imitation automatique et la contagion émotionnelle. Prenons les gorilles et les chimpanzés : les femelles consolent bien plus souvent les autres.

J’ai lu une anecdote touchante à ce sujet. Chez des gorilles sauvages, des femelles adolescentes ont montré un mélange de peur et de curiosité devant le corps sans vie d’un potamochère, alors qu’un jeune mâle, lui, restait totalement indifférent. Ça ne s’arrête pas aux singes ! Chez les souris, les femelles se tortillent davantage si elles voient une congénère souffrir. Les femelles bonobos, elles, bâillent plus souvent par contagion si un autre bâille. Et chez le choucas ? Ce sont les femelles qui partagent le plus leur nourriture.

C’est peut-être lié à la maternité, qui sait ? Les jeunes femelles chimpanzés jouent avec des bâtons comme si c’étaient des bébés, alors que les mâles s’en servent pour se taper dessus. En captivité, si on leur donne des poupées, les femelles jouent avec, pas les mâles. Chez les macaques ou les gorilles, les ados femelles essaient même de « voler » les nouveau-nés pour s’entraîner à être maman.

Et chez nous, les humains ? Ça semble se confirmer. Les bébés filles pleurent plus que les garçons si elles entendent un autre enfant pleurer. À 4 ans, elles réagissent plus aux photos de détresse. Une étude immense sur près de 670 000 participants a confirmé que les femmes reconnaissent mieux les émotions et donnent plus d’argent ou de temps aux associations.

Il y a eu cette expérience marquante, récemment, à l’Université Grenoble-Alpes. On a demandé à près de 750 participants d’injecter un produit toxique à un animal (c’était un robot ultra-réaliste, mais ils ne le savaient pas !). La majorité a fini par injecter les 12 doses mortelles sous la pression du protocole… mais les femmes ont ressenti un stress bien plus violent. Elles ont administré moins de doses en moyenne. Et sur tout le panel, quatre personnes ont carrément pleuré. C’étaient quatre femmes.

Conclusion : L’exception qui confirme la règle ?

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Attention toutefois à ne pas tomber dans un déterminisme trop rigide. Ce n’est pas parce qu’on est un homme qu’on est insensible, loin de là ! L’environnement social joue un rôle énorme pour canaliser cette empathie. Il existe d’ailleurs une exception fascinante qui bouscule nos certitudes : celle des pygmées Aka, en République centrafricaine.

Chez ce peuple de la forêt tropicale, la chasse au filet est une affaire de couple. Et croyez-le ou non, ce sont les femmes qui tuent les céphalophes (ces petites antilopes) une fois qu’elles sont prises au piège. Shelly Masi l’a observé elle-même en 2005 et 2016. Les femmes apprennent même aux enfants à le faire. Les hommes, eux, semblent laisser cette tâche aux femmes car elle ne demande pas une grande force physique, contrairement à la chasse à l’éléphant, au buffle, à l’hylochère ou au bongo.

Au final, ces « femmes tueuses » restent rares, mais elles prouvent que nos rôles ne sont pas gravés dans le marbre. Si la culture peut permettre à des femmes de tuer, elle peut sûrement permettre à des hommes de se dévouer davantage à la cause animale. Qui sait ? Peut-être que la parité électorale, pour le Parti animaliste, deviendra un jour quelque chose de… tout à fait naturel.

Selon la source : science-et-vie.com

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