Jean Talon : au-delà du métro, le destin fascinant de l’intendant superstar

Jean Talon : au-delà du métro, le destin fascinant de l’intendant superstar credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Une célébrité née il y a 400 ans

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Pour la plupart d’entre nous, le nom évoque d’abord une virée dominicale pour acheter des légumes frais ou un arrêt sur la ligne orange du métro montréalais. C’est presque un réflexe pavlovien. Pourtant, derrière ces lieux du quotidien, se cache une figure historique colossale dont on célèbre, croyez-le ou non, le 400e anniversaire de naissance. Jean Talon, cet intendant que l’on pourrait qualifier de « superstar » de la Nouvelle-France, reste, quatre siècles plus tard, le visage incontesté de l’administration coloniale.

L’histoire commence loin d’ici, le 8 janvier 1626, à Châlons-sur-Marne en Champagne. C’est là qu’il est baptisé. À cette époque, soyons honnêtes, personne n’aurait pu prédire que ce fils d’administrateur provincial deviendrait un pilier de l’Amérique française. La colonie était alors si frêle… elle comptait à peine plus de 100 habitants. C’était littéralement un autre monde.

Jean Talon a reçu une éducation solide chez les Jésuites à Paris, ce qui, on s’en doute, forge le caractère. Ses aptitudes pour la gestion ne tardent pas à sauter aux yeux des puissants de l’époque, notamment le cardinal de Mazarin, alors premier ministre de France. Avant de traverser l’Atlantique, il fait ses armes comme intendant dans le Hainaut français — une région frontalière avec la Belgique actuelle — pendant une bonne dizaine d’années. Ce n’est qu’en 1665 qu’il devient intendant de la Nouvelle-France.

L’arrivée d’un « super-fonctionnaire » et ses défis

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Petite précision historique amusante : il n’est techniquement pas le premier nommé à ce poste. Un certain Louis Robert de Fortel l’a précédé, mais ce dernier préférait le télétravail avant l’heure et n’a jamais mis les pieds en Amérique ! Talon est donc le premier à véritablement venir sur place. Il débarque avec tout son bagage acquis dans le Hainaut, une expérience qui va taper dans l’œil du ministre Jean-Baptiste Colbert, le responsable des colonies.

Comme l’explique Catherine Ferland, qui peaufine actuellement une biographie attendue chez Septentrion pour le printemps prochain, Talon a acquis « tous les petits trucs du métier ». Et il y a du pain sur la planche. La colonie est en guerre contre les Iroquois, une situation de conflit que Talon a déjà gérée dans le Hainaut. C’est sans doute ce qui convainc l’administration royale de l’envoyer au front.

Mais que fait exactement un intendant ? C’est un rôle tentaculaire. Marie-Ève Ouellet, auteure du livre Le métier d’intendant en Nouvelle-France, précise bien la chose : l’intendant est le numéro deux. Il gère la justice, la police et les finances. Il forme un binôme avec le gouverneur, représentant du roi, qui lui s’occupe du militaire et de la diplomatie. Talon est subordonné au gouverneur, mais ses pouvoirs ratissent incroyablement large. C’est un hyperactif de l’administration.

Dès son arrivée, il ne chôme pas une seconde. Obsédé par le peuplement, il lance une politique nataliste audacieuse, voire agressive. Imaginez un peu : des allocations garanties pour les familles de dix enfants et plus. Et pour les plus courageux, le 26e enfant recevait une éducation gratuite ! Bon, encore fallait-il survivre jusque-là, ce qui n’était pas une mince affaire…

Économie et héritage : entre ambition et réalité

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L’accroissement de la population passe aussi par l’immigration. On pense tout de suite aux célèbres Filles du Roy et aux soldats du Régiment Carignan-Salières. Beaucoup de ces militaires resteront d’ailleurs sur place, la Couronne leur offrant gracieusement une terre — souvent en friche, il faut bien le dire, et tout reste à faire. Mais Talon ne s’arrête pas aux humains ; il veut bâtir une économie autonome.

Il multiplie les chantiers et les initiatives : tonnelleries, cordonneries, tanneries… Il lance même un chantier naval et une brasserie ! Côté agriculture, il pousse les habitants à cultiver du lin et du chanvre. L’objectif est clair : rendre la colonie moins dépendante de la métropole. Mais est-ce que ça a marché ? C’est là que les avis nuancent le portrait.

Le professeur d’histoire de l’Université Laval, Alain Laberge, note que Talon parle énormément dans les sources écrites et vend très bien ses projets. Cependant, le succès réel est « somme toute plutôt relatif ». Certains historiens ont peut-être pris ses écrits un peu trop pour de l’argent comptant. Ce n’étaient pas de mauvaises idées, loin de là, mais les conditions difficiles de la colonie rendaient leur application complexe.

Cela dit, Catherine Ferland trouve qu’on le juge parfois sévèrement. Elle rappelle le manque de volonté politique en France à l’époque. Selon elle, le grand mérite de Talon est d’avoir « mis la table » pour la suite. Il a mis en place des institutions et des façons de faire qui, elles, ont perduré bien après son départ. C’était un défricheur, au sens propre comme au figuré.

Une trace indélébile et des commémorations transatlantiques

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C’est fascinant de voir à quel point son nom a survécu, alors que d’autres sont restés bien plus longtemps. Prenez Michel Bégon (14 ans de service) ou Gilles Hocquart (17 ans). Pourtant, Jean Talon les éclipse totalement dans l’imaginaire collectif. Une simple recherche à la Commission de toponymie du Québec le prouve : le nom « Talon » apparaît plus d’une cinquantaine de fois, souvent pour des lieux majeurs, contre seulement 17 fois pour Hocquart et 16 pour Bégon (incluant 4 pour sa femme, l’épistolière Élisabeth Bégon).

La rue Jean-Talon traverse Montréal d’est en ouest, on y croise le fameux marché et le métro. Selon Marie-Ève Ouellet, c’est l’« aura des pionniers ». Être le premier sur place, ça marque les esprits, un peu comme pour les Filles du Roy. Il a donné la direction, l’impulsion initiale.

De l’autre côté de l’océan, à Châlons-en-Champagne, il est aussi une star locale. Bruno Bourg-Broc, président fondateur de l’Association des amis de Jean Talon, explique qu’ils ont « réveillé sa mémoire » depuis une trentaine d’années. Pour eux, c’est un devoir d’honorer ce fondateur champenois. Une statue a été érigée, un lycée porte son nom, et il est vu comme un trait d’union vivant entre la France et le Québec.

Pour ce 400e anniversaire, c’est la fête : une « Année Jean Talon » a été lancée avec la Ville et la Délégation générale du Québec à Paris. Le jour de son anniversaire, une gerbe de fleurs a été déposée sur sa tombe et devant sa maison natale. Les Augustines de Québec ont même prêté l’unique portrait de l’intendant pour une exposition de deux mois au musée de Châlons. Et pour couronner le tout ? Une bière cuvée Jean Talon a été lancée. Santé à l’intendant !

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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