« Voitures espionnes » : faut-il vraiment avoir peur des véhicules chinois (et des autres) ?
Richard Davis - 2026-01-23 11:41
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Quand la politique s’en mêle

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On a parfois l’impression d’être dans un vieux film d’espionnage, n’est-ce pas ? Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère cette semaine. Selon lui, c’est simple : si vous connectez votre téléphone à une voiture électrique fabriquée en Chine, « ils vont vous écouter ». Il a même ajouté qu’il faudrait être « très naïf » pour croire le contraire. Pour lui, ce sont carrément des « véhicules espions » qui menacent non seulement notre économie, mais notre sécurité nationale. C’est le genre de déclaration qui fait les gros titres et qui, avouons-le, fait un peu peur. Il critique ouvertement l’accord commercial entre Ottawa et Pékin qui, selon lui, ouvre trop grand la porte à ces machines.
Mais attendez une seconde avant de paniquer. Si Doug Ford voit des espions partout, les experts en cybersécurité, eux, ont une vision un peu plus… nuancée. Steve Waterhouse, un consultant qui s’y connaît plutôt bien en la matière, admet que ce n’est pas une exagération totale, mais il précise une chose cruciale : il faut arrêter de pointer du doigt uniquement les Chinois. Le vrai problème, c’est que tous les véhicules connectés, peu importe d’où ils viennent ou s’ils sont électriques ou non, sont devenus de véritables aspirateurs à données. Ils collectent une quantité phénoménale d’informations sur nous, les usagers, et ça, c’est une réalité qui dépasse les frontières.
Le grand n’importe quoi de la vie privée (Tesla, GM et les autres)

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Franchement, quand on regarde les chiffres, ça donne le vertige. La Fondation Mozilla a sorti un rapport assez accablant en 2023. Ils ont passé au crible 25 marques de voitures connectées — on parle de gros noms comme Nissan, GMC, et bien sûr Tesla. Le résultat ? Zéro pointé. Aucune n’a obtenu la note de passage pour la protection de la vie privée. Pas une seule. Elles collectent toutes beaucoup plus de données que ce qui est strictement nécessaire, et la grande majorité n’hésite pas à vendre ces infos à des tiers. C’est un business comme un autre, je suppose.
Et ce n’est pas juste de la théorie. Steve Waterhouse rappelle des cas concrets qui font froid dans le dos. Par exemple, des enregistrements audio captés dans des véhicules de GM ont déjà été partagés avec les forces de l’ordre aux États-Unis. Pire encore, selon une enquête de Forbes datant de 2021, des données de géolocalisation auraient atterri entre les mains de l’ICE, l’agence américaine de contrôle de l’immigration. Vous imaginez ? Et ne parlons même pas de Reuters qui rapportait en 2023 que des employés de Tesla s’échangeaient, dans des groupes de discussion privés, des vidéos captées par les caméras des voitures des clients. C’est assez glauque. Récemment, GM a même dû arrêter son service « Smart Driver » de OnStar en 2024 après s’être fait taper sur les doigts par la Federal Trade Commission pour avoir laissé des assureurs fouiner dans les données de conduite sans un consentement vraiment clair.
Pourquoi la Chine inquiète-t-elle davantage ?

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Alors, si tout le monde nous espionne, pourquoi s’acharner sur les voitures chinoises comme celles de la compagnie BYD ? C’est là que ça devient politique. Ce n’est pas tant la quantité de données qui change, mais plutôt qui risque de mettre la main dessus. Steve Waterhouse est persuadé que ces infos finiront tôt ou tard sur les serveurs du gouvernement chinois. Pourquoi ? À cause d’une Loi sur le renseignement amendée en 2017. En gros, si Pékin tape sur l’épaule de BYD en disant « j’ai besoin de ça », l’entreprise ne peut rien dire. Elle doit obéir et fournir l’information aux services de renseignement. C’est la loi là-bas.
Pour l’instant, l’accord prévoit que seulement 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine pourront entrer au Canada avec un tarif préférentiel de 6,1 %. Alexandre Cormier, le PDG de la firme Cybershell, pense que c’est vraisemblablement trop peu pour être une menace immédiate pour la sécurité publique. Mais il reste prudent. Ces voitures sont souvent technologiquement en avance sur Tesla et surtout, elles sont beaucoup moins chères. Il ne serait pas surpris qu’elles inondent le marché rapidement. Et son inquiétude, c’est qu’un jour, une simple mise à jour logicielle poussée par Internet vienne activer de l’échantillonnage audio dans l’habitacle pour une campagne d’espionnage. L’idée ne lui paraît pas du tout farfelue.
Le marché de demain et les solutions possibles

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On ne sait pas encore exactement quels modèles vont débarquer chez nous. Ce qui est drôle, c’est que ça ne sera pas forcément que des marques chinoises. Tesla, par exemple, a une usine en Chine et exportait vers le Canada avant qu’un tarif douanier de 100 % ne vienne calmer le jeu en octobre 2024. Mais la vraie menace pour les concurrents, c’est le prix. La moitié du contingent de véhicules acceptés au tarif réduit d’ici 2030 sera réservée à des voitures coûtant moins de 35 000 $ à l’importation. Les fabricants chinois, comme BYD qui a d’ailleurs dépassé Tesla comme premier vendeur mondial de VÉ, ont un sacré avantage là-dessus. Ils sont déjà partout en Europe, en Australie et en Amérique latine.
Face à ça, Flavio Volpe, le président de l’Association des fabricants de pièces automobiles du Canada, propose une solution pragmatique : obliger ces constructeurs à héberger les données ici, au Canada. C’est ironique, mais c’est exactement ce que la Chine a imposé à Tesla : leurs piles technologiques doivent rester sur le sol chinois. Pourquoi ne pas faire pareil ? Pour le moment, le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a indiqué au Toronto Star qu’Ottawa n’avait aucune inquiétude majeure pour la sécurité publique avec cette entente. Une tranquillité d’esprit que tout le monde ne partage pas, visiblement.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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