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L’école sous influence : quand l’IA fait le devoir d’un étudiant sur trois

votrequotidien.ca (image IA)

Le génie est sorti de la bouteille

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Sincèrement, essayez de vous rappeler l’époque d’avant novembre 2022. Ça semble loin, non ? C’était avant le raz-de-marée ChatGPT. Aujourd’hui, les finissants au baccalauréat n’ont pratiquement pas connu l’université sans ce compagnon numérique. Pendant trois ans, on a beaucoup spéculé. Les professeurs avaient des soupçons, des intuitions, on entendait des bruits de couloir… mais on manquait de données solides.

Eh bien, maintenant, on les a. Radio-Canada a mis les pieds dans le plat avec un sondage SOM assez révélateur — et c’est peu de le dire — mené auprès d’un échantillon représentatif de plus de 600 étudiants québécois de plus de 16 ans. On parle ici de la fin du secondaire, du cégep et de l’université. Le constat ? L’intelligence artificielle a non seulement établi son emprise, mais elle a carrément chamboulé le système.

Les chiffres donnent le vertige : 76 % des étudiants ont adopté l’IA. C’est la grande majorité. Et ce n’est pas juste pour s’amuser une fois de temps en temps. Selon les données, 60 % l’utilisent régulièrement, que ce soit plusieurs fois par mois ou même plusieurs fois par jour. À l’université, c’est encore plus flagrant : à peine 1 % des étudiants n’y ont jamais touché. Autrement dit, ne pas utiliser l’IA est devenu l’exception, une anomalie statistique.

Ces outils servent à tout : recherche d’information, inspiration pour des plans, révision de style… Martine Peters, professeure à l’UQO, dirait que tant qu’on est dans la collaboration, c’est légitime. C’est même souhaitable. Mais vous vous en doutez, la ligne est mince, très mince, et on bascule vite dans quelque chose de plus trouble.

La zone grise : entre béquille indispensable et dopage intellectuel

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C’est là que ça se corse. Parce que si l’outil peut aider, il peut aussi remplacer le cerveau. Le sondage révèle une réalité un peu effrayante : 31 % des répondants admettent avoir triché, ou du moins, avoir utilisé l’IA à l’encontre des règles de leur institution. C’est près d’un étudiant sur trois.

Imaginez un instant : un tiers des utilisateurs de ChatGPT (32 % pour être précis) lui confient la rédaction d’une partie ou de la totalité de leurs travaux. La même proportion lui demande de résumer des textes qu’ils n’ont même pas pris la peine de lire. Benoît Lacoursière, de la FNEEQ, n’y va pas par quatre chemins : pour lui, « le feu est pris ». C’est dangereux pour la valeur des diplômes, c’est dangereux pour la capacité d’apprendre.

Et pourtant… peut-on vraiment leur en vouloir ? Marc-Antoine Dilhac, prof d’éthique de l’IA à l’Université de Montréal, utilise une image frappante : celle du dopage sportif. Les étudiants voient que les autres l’utilisent (les deux tiers pensent que leurs collègues trichent) et se sentent obligés de faire pareil pour rester compétitifs. Ce serait presque « irrationnel » de ne pas le faire, selon lui.

Il y a aussi cette forme de dépendance qui s’installe, un peu insidieuse. Environ 32 % des étudiants disent que leurs études seraient plus pénibles sans l’IA (ça monte à 41 % à l’université). Pire, 5 % se disent incapables de s’en passer. Martine Peters craint qu’on ne forme une génération d’« accros » qui seront performants à l’école mais démunis une fois sur le marché du travail sans leur béquille numérique.

Le paradoxe ? Ils ne sont pas dupes. Les étudiants savent que ce n’est pas parfait. Les deux tiers jugent la fiabilité des réponses moyenne ou faible. 71 % savent que ça menace l’intégrité académique. 75 % admettent que ça crée de la paresse intellectuelle. Et pourtant, ils continuent. « Je me casse moins la tête », comme dirait l’un d’eux.

Le casse-tête pédagogique : s’adapter ou périr ?

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Face à ce constat, le milieu de l’éducation semble un peu K.O. debout. On fait quoi ? On interdit tout ? Didier Paquelin, spécialiste en pédagogie à l’Université Laval, pense que l’interdiction pure et simple est une impasse. Selon lui, il faut repenser l’évaluation de fond en comble. Ne plus noter le produit fini, mais la compréhension.

Il suggère des oraux, des mises en situation où l’étudiant doit défendre son point de vue, même s’il a utilisé l’IA pour se préparer. Mais soyons réalistes deux minutes : ça demande un temps fou. C’est un chantier colossal pour les profs.

D’un autre côté, certains, comme Marc-Antoine Dilhac, reviennent aux examens en classe, papier-crayon. Radical. Mais Marianne Di Croce, chargée de cours, soulève un point très juste : si on fait tout en classe pour surveiller, on perd un temps précieux d’enseignement. On sacrifie de la matière. La solution idéale serait de réduire la taille des groupes pour mieux accompagner, mais dans le contexte budgétaire actuel… disons que c’est une utopie, pour rester poli.

Didier Paquelin craint une « acceptation silencieuse », une sorte de stagnation où l’on regarde le train passer sans monter dedans. Il faut prendre des risques, dit-il, sinon l’école risque de rater le virage complet.

Conclusion : Un navire sans gouvernail ?

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Ce qui frappe le plus dans cette enquête, c’est le flou artistique qui règne autour des règles. 73 % des étudiants n’ont reçu aucune formation sur l’usage de l’IA. Rien. Nada.

Moins de la moitié trouvent les consignes claires. Un étudiant sur cinq ne sait même pas s’il y a des règles dans son établissement ! Flora Dommanget, de l’Union étudiante du Québec, pointe cette incohérence : on ne forme pas les jeunes, les balises sont inexistantes, et après on s’étonne qu’ils dérapent ?

Les syndicats d’enseignants, eux, ne jettent pas la pierre aux élèves. Ils pointent le doigt vers Québec. Benoît Lacoursière et Madeleine Pastinelli (FPPU) dénoncent l’attentisme du gouvernement. Ça a pris deux ans et demi pour avoir des balises ministérielles ! Les profs se sentent « abandonnés à leur sort », sans ressources pour gérer cette révolution.

Les ministères (Éducation et Enseignement supérieur) assurent qu’ils agissent, que le développement de la compétence numérique est une priorité… mais sur le terrain, le sentiment d’urgence est palpable. Pour rappel, ces chiffres viennent d’un sondage réalisé fin 2025 (du 24 novembre au 1er décembre) avec une marge d’erreur de 4,8 %. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est la réalité actuelle de nos classes.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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