Une tombe viking du IXe siècle révèle un mystérieux rite funéraire avec des coquilles Saint-Jacques

Une tombe viking du IXe siècle révèle un mystérieux rite funéraire avec des coquilles Saint-Jacques credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Une découverte exceptionnelle dans un champ norvégien

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On imagine souvent les Vikings comme des guerriers, mais une découverte récente en Norvège nous rappelle à quel point leur monde intérieur, leurs rites et leurs croyances restent mystérieux. C’est à Bjugn, dans le comté de Trøndelag, qu’une tombe féminine du IXe siècle a été mise au jour, et elle est vraiment pas comme les autres. Ce qui la rend si particulière, au-delà de son excellent état de conservation, c’est un détail qui a laissé les archéologues sans voix : deux coquilles Saint-Jacques avaient été placées sur la bouche de la défunte.

Vous savez, en Norvège, les sols sont tellement acides qu’ils dissolvent les os anciens. Trouver un squelette viking intact est donc un événement en soi, presque une chance. Cette fois, c’est un simple détecteur de métaux qui a tout déclenché. La tombe a pu être étudiée grâce à une fouille de préservation menée en urgence par l’Université norvégienne des sciences et de la technologie (NTNU) et le conseil du patrimoine culturel de Trøndelag. Et ce geste funéraire avec les coquillages ? Personne n’a jamais vu ça auparavant dans une sépulture préchrétienne scandinave. C’est du jamais-vu, et les résultats de l’étude sont encore en cours d’analyse, pas encore publiés officiellement.

Une fouille sauvée par la vigilance de tous et une femme d’importance

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Tout a commencé avec la passion d’un homme, Roy Søreng. En 2023, en promenant son détecteur de métaux dans un champ de Bjugn, l’appareil a émis un signal fort. Il a alors découvert une belle broche ovale en bronze, typique des vêtements féminins du IXe siècle. Plutôt que de la garder, il a immédiatement contacté les autorités, le NTNU University Museum et le Conseil du patrimoine culturel de Trøndelag. Cette réaction citoyenne exemplaire a tout changé.

Une inspection rapide a confirmé qu’il s’agissait d’une sépulture humaine intacte, mais menacée par les futurs labours du champ. Hanne Bryn, la superviseure de terrain, a donc lancé ce qu’on appelle une « fouille de sécurité archéologique », une course contre la montre pour tout documenter avant une éventuelle destruction. Le propriétaire du terrain, Arve Innstrand, a joué le jeu en suspendant l’exploitation de son champ. La Direction nationale du patrimoine culturel, dirigée par Hanna Geiran, a même débloqué un financement exceptionnel. Sans cette chaîne de réactions positives, cette tombe aurait pu disparaître à jamais.

Et qui était cette femme ? L’analyse préliminaire des objets autour d’elle dessine le portrait d’une personne importante dans sa communauté. Elle portait un ensemble vestimentaire complet avec deux fibules ovales pour maintenir les bretelles d’une robe de type hangerock, et une petite boucle d’anneau près du cou. C’était la tenue classique d’une femme de statut intermédiaire ou élevé dans la société viking du IXe siècle. Raymond Sauvage, un des chercheurs, l’explique bien : ces objets ne sont pas là par hasard. Ils parlent de sa position sociale, « probablement en tant que maîtresse du domaine agricole ». La tombe avait été soigneusement préparée, signe d’une cérémonie formelle. À cette époque, les inhumations avec des objets personnels devenaient plus courantes, c’était une façon de montrer son appartenance et son rôle. Elle n’était peut-être pas une aristocrate, mais elle devait tenir une place centrale dans la gestion d’une exploitation familiale.

Le mystère du masque de coquillages et des os d’oiseaux

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Mais le vrai mystère, ce qui fait que cette tombe sort de l’ordinaire, ce sont ces deux coquilles Saint-Jacques. Posées de part et d’autre de la bouche de la femme, avec leur face bombée tournée vers l’extérieur, elles formaient comme un masque ou un sceau symbolique sur son visage. Je vous le dis, les archéologues n’ont aucun équivalent à ça dans les tombes préchrétiennes de Norvège ou de Scandinavie. C’est un geste totalement inédit.

Raymond Sauvage est formel : c’était intentionnel, et ça devait avoir une signification rituelle ou spirituelle. Mais laquelle ? Le symbole chrétien du pèlerinage avec la coquille Saint-Jacques n’apparaît qu’au XIe siècle, bien plus tard. Ce n’est donc pas une piste. Les chercheurs explorent d’autres idées. Dans l’Antiquité méditerranéenne, par exemple, la coquille était associée à la naissance et à la féminité, à Vénus. Peut-être une influence lointaine ? Ou alors, dans les cultures néolithiques d’Europe centrale, certains coquillages symbolisaient le prestige ou les échanges sur de longues distances. Ce rite pourrait être une innovation locale, une idée qui a germé à cette époque où les pratiques funéraires étaient encore très malléables.

Et ce n’est pas tout. La tombe contenait aussi des os d’oiseaux, probablement des os d’aile, déposés là volontairement. On a trouvé des cas rares, comme au Danemark où un nourrisson avait été posé sur une aile de cygne il y a 6000 ans. Ça évoque souvent une symbolique liée au passage entre les mondes, à la protection ou à la purification. Mettre ensemble les coquilles et les plumes ou les os d’oiseau, c’était peut-être une façon de composer un langage rituel très personnel, une sorte de code que nous ne comprenons pas encore.

Un cimetière familial et les promesses de la science

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L’histoire ne s’arrête pas à cette seule tombe. Ce qui rend le site de Bjugn encore plus passionnant, c’est qu’il semble avoir été utilisé comme lieu de sépulture sur plusieurs générations. Plus tôt en 2023, toujours dans le même champ, les archéologues avaient découvert une autre tombe avec un squelette remarquablement bien conservé, lui, daté des années 700. La femme aux coquilles lui serait postérieure d’une à trois générations.

Avoir plusieurs sépultures aussi bien préservées est exceptionnel en Norvège, à cause du sol acide. Cette rareté offre une opportunité incroyable aux scientifiques du NTNU University Museum. Ils vont pouvoir réaliser des analyses ADN pour vérifier s’il existe un lien de parenté entre ces deux individus. Imaginez ! On pourrait aussi en apprendre plus sur leur origine géographique, leur état de santé, leur taille… Les laboratoires utilisent un arsenal de techniques : datation au carbone 14, anthropologie physique, paléopathologie et séquençage génétique.

En parallèle, ils étudient la stratigraphie des tombes et leur environnement. Tout cela vise à reconstituer les trajectoires de vie des habitants de cette région à l’âge viking. Si l’hypothèse d’un lieu de sépulture familial ou communautaire utilisé pendant des décennies se confirme, ce site de Bjugn pourrait devenir une référence majeure. Il nous parlerait des dynamiques sociales de l’époque, bien au-delà de la simple curiosité des coquilles Saint-Jacques. C’est toute une page de l’histoire humaine qui attend d’être lue dans la terre de Trøndelag.

Selon la source : science-et-vie.com

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