Pourquoi le Groenland est-il danois ? Une histoire bien plus complexe qu’un simple achat immobilier
Richard Davis - 2026-01-24 12:14
credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)
Quand la politique-fiction rencontre l’Histoire

credit : votrequotidien.ca (image IA)
On a tous cru à une blague, non ? Donald Trump qui veut acheter le Groenland, comme on achèterait un hôtel à Atlantic City. Ça a fait le tour du monde cette semaine, ces visées un peu… agressives, disons-le. Même s’il a semblé reculer un peu depuis, l’épisode a eu le mérite de soulever une question que beaucoup de gens se posent tout bas : mais pourquoi, au juste, cette immense île — la plus grande du monde ! — appartient-elle à un si petit pays comme le Danemark ?
C’est une curiosité géographique et historique. Pour comprendre, il faut regarder ce qui s’est passé à Nuuk, la capitale. Le 17 janvier 2026, c’était la cohue. Des gens brandissaient des pancartes criant « Le Groenland n’est pas à vendre ! ». Imaginez un peu, près d’un tiers de la population de la ville était dans la rue pour protester contre ce projet américain. Ça en dit long sur leur sentiment d’appartenance.
Trump, lui, n’en démord pas. Il le répète à qui veut l’entendre, avec ce ton qu’on lui connaît : « Le fait que les Danois aient débarqué là avec un bateau il y a 500 ans ne veut pas dire qu’ils possèdent le territoire. » Il est même allé plus loin, envoyant une série de textos au premier ministre norvégien — oui, par SMS — en demandant : « Pourquoi ont-ils un droit de propriété? Il n’y a pas de documents écrits, c’est juste qu’un bateau y a accosté il y a des centaines d’années, mais nous avons aussi eu des bateaux qui ont accosté là-bas. » L’argument est un peu court, et franchement ironique quand on pense à l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord, elle aussi fondée par une poignée de navires. Mais surtout, il se trompe de date. La présence scandinave est bien plus ancienne que les années 1500.
La saga des Vikings : du « marketing » d’Erik le Rouge à la terreur des mers

credit : votrequotidien.ca (image IA)
Il faut remonter loin, bien avant les cartes modernes. Entre la fin des années 700 et l’an 1000, les Vikings ne tenaient pas en place. Ils ont quitté la Scandinavie pour foncer tous azimuts sur les mers avec leurs fameux drakkars. Ils ont semé la terreur, c’est vrai — on pense aux raids en France et en Angleterre — mais c’étaient aussi de sacrés colonisateurs. À l’est, ils sont allés jusqu’en Russie et en Ukraine ; à l’ouest, ils ont fondé des villes comme Dublin et York.
Pourquoi partir ? Danny Lake-Giguère, qui enseigne l’histoire médiévale à l’Université de Montréal, l’explique bien : ils manquaient de terres chez eux. La Scandinavie, c’est rude, peu fertile. Et puis, il ne faut pas négliger le goût de l’aventure et l’appât du gain. Toujours plus à l’ouest, ils ont fini par atteindre l’Islande, puis les îles Féroé. Mais l’histoire la plus fascinante, celle que racontent les sagas (ces récits mi-historiques, mi-légendaires), c’est celle d’une famille un peu… turbulente.
Vers 960, un certain Thorval Ásvaldsson est banni de Norvège pour meurtre. Il s’installe en Islande. Son fils, Erik le Rouge, a visiblement hérité du caractère bouillant de son père, puisqu’il est à son tour banni de son île pour meurtre. Plutôt que de retourner en arrière, il fonce vers l’inconnu, vers l’ouest, sur une terre aperçue mais jamais explorée. C’est là qu’Erik fait preuve d’un génie marketing avant l’heure. Il baptise l’endroit « Groenland », la Terre verte, alors qu’elle est recouverte de glace à 80 % ! Il s’est dit que ça attirerait plus de colons. Et ça a marché, du moins pour un temps.
Les Scandinaves y sont restés plusieurs siècles, mais la colonie a fini par s’effondrer lentement. Au début du 15e siècle, il n’y avait plus personne. C’est la première colonie européenne qui sombre dans l’oubli. Le fils d’Erik, Leif Erikson, aurait même poussé jusqu’au Vinland (Terre-Neuve). Si on ne peut pas vérifier tous les détails de sa vie, on sait que la présence scandinave à Terre-Neuve est bien réelle grâce aux fouilles à L’Anse aux Meadows, confirmées par Parcs Canada. C’est la seule trace incontestable d’Européens avant Christophe Colomb.
Kalaallit Nunaat et le retour des Danois : une cohabitation complexe

credit : votrequotidien.ca (image IA)
Pendant que les Vikings disparaissaient peu à peu, d’autres arrivaient. Aujourd’hui, il faut savoir que 89 % des Groenlandais sont Kalaallit. C’est une culture inuk, très proche de celle de notre Grand Nord canadien. Ils sont arrivés dans le nord de l’île, qu’ils appellent Kalaallit Nunaat, quelque part entre 1200 et 1300. Eux, contrairement aux Européens, étaient parfaitement équipés pour le froid.
Comme l’explique le professeur Louis-Jacques Dorais, anthropologue émérite, les Inuit étaient des chasseurs de baleines et de mammifères marins. Quand le climat s’est refroidi vers le 14e ou 15e siècle, les colons scandinaves ont péri, mais les Inuit, eux, ont simplement suivi le gibier vers le sud. Il y a eu des contacts, c’est certain. Les sagas parlent de rencontres, la tradition orale inuk aussi. Parfois des batailles, des chicanes, mais probablement aussi des mariages. C’est la vie humaine, après tout.
Le Groenland est ensuite retombé dans l’oubli en Europe… jusqu’en 1721. C’est là que l’histoire redevient danoise. Un missionnaire luthérien, Hans Egede, était persuadé qu’il restait des descendants de Vikings là-bas. Il a obtenu des fonds de la Couronne scandinave (à l’époque, Danemark et Norvège étaient unis) pour aller les chercher. Ironie du sort : après des mois de recherches, il n’a trouvé aucun Viking. Que des Inuit. Il a alors changé son fusil d’épaule et décidé de les évangéliser. C’était la mentalité de l’époque : christianiser et faire du commerce.
Le Danemark a gardé la mainmise sur l’île, même après sa séparation avec la Norvège en 1814. Jusqu’aux années 1950, Copenhague détenait un monopole gouvernemental strict sur le commerce. Heureusement, les choses ont évolué. Depuis 1979, et surtout depuis 2009, les Groenlandais ont acquis une autonomie quasi complète. Ils sont reconnus comme un peuple avec un droit à l’autodétermination. Le Danemark ne gère plus que la défense et la politique étrangère. C’est un équilibre délicat.
Un enjeu stratégique : bien plus qu’un « gros glaçon »

credit : votrequotidien.ca (image IA)
On pourrait se demander pourquoi tout le monde s’intéresse tant à ce territoire glacé. La réponse se trouve en partie dans l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Le 9 avril 1940, le Danemark est envahi par les Allemands en quelques heures. Panique à bord : est-ce que les nazis vont prendre le Groenland ?
Stéphane Roussel, de l’École nationale d’administration publique, nous rappelle qu’à l’époque, le Canada et les États-Unis craignaient que le Groenland ne serve de tremplin vers l’Amérique du Nord. Depuis la chute de la France, les Allemands avaient accès à l’Atlantique. Pour contrer ça, les Américains ont occupé l’île et construit des bases, dont celle de Thulé, qui reste encore aujourd’hui l’installation militaire US la plus au nord.
Mais ce n’était pas juste une question de position géographique. Le sous-sol regorgeait de trésors. Il y avait notamment de la cryolite, un minéral rare mais indispensable pour fabriquer de l’aluminium. Et l’aluminium, c’est vital pour l’effort de guerre. Le Groenland était la seule source de cette matière ! Comme quoi, contrairement à ce que Donald Trump a laissé entendre en citant Voltaire de travers, le Groenland est bien plus qu’un simple bloc de glace inutile. C’est une terre riche, une histoire humaine fascinante et un point stratégique que personne ne veut lâcher.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.