L’Amérique selon Donald Trump : entre impérialisme et démonstrations de force
Richard Davis - 2026-01-17 11:34
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Un appétit vorace pour le continent ?

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On a tous vu les images, ou du moins entendu parler de cette intervention américaine au Venezuela qui a fini par la capture de Nicolas Maduro. Ça secoue, c’est certain. Mais au-delà du coup d’éclat, est-ce que c’est le début d’une opération massive dans tout notre hémisphère ? C’est la question que tout le monde se pose. Donald Trump, fidèle à lui-même, n’y est pas allé de main morte en dressant carrément une liste de pays qui sont, disons… dans sa ligne de mire.
Il a parlé du Groenland, qu’il verrait bien annexé aux États-Unis. Il a aussi évoqué une intervention militaire en Colombie, affirmé que Cuba est « prête à tomber » et lancé un avertissement sévère au Mexique pour qu’il se ressaisisse. Rien que ça ! Mais bon, faut-il prendre tout ça au premier degré ? C’est un peu artificiel, selon Jean Daudelin, professeur agrégé à l’Université Carleton. Cela dit, il nous rappelle – et on le sait bien – qu’il ne faut jamais négliger le caractère imprévisible du personnage. Pour ce spécialiste de l’Amérique latine, c’est surtout une façon d’affirmer la primauté des États-Unis face aux rivaux russes et chinois.
Du Groenland à la « doctrine Donroe » : la chasse aux ressources

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Parlons un peu du Groenland. Donald Trump a remis la pression sur ce territoire, promettant de s’en emparer avant que la Russie ou la Chine ne le fassent. Pourquoi tant d’intérêt pour ce bloc de glace ? Eh bien, c’est comme pour le pétrole vénézuélien : le sous-sol regorge de trésors. On parle de réserves de pétrole brut non exploitées, de gaz naturel, de minéraux, et surtout… tenez-vous bien, de 43 des 50 terres rares indispensables pour nos téléphones intelligents et nos véhicules électriques.
Mais l’enjeu est aussi stratégique. Le président américain répète, sans toujours fournir de preuves, que des bateaux russes et chinois encerclent l’île. Cela dit, le NORAD a confirmé une activité plus fréquente et coordonnée de ces deux pays dans la région l’an dernier. C’est un carrefour commercial vital : le commerce maritime y a déjà bondi de 37 %. Rappelons-nous qu’en 2019, quand Trump avait fait une offre d’achat (refusée par le Danemark), Copenhague avait tout de même sorti le chéquier : un investissement de 90 milliards de couronnes, soit près de 1,9 milliard de dollars canadiens, pour renforcer la sécurité arctique.
Tout ça nous amène à ce que Trump appelle la « doctrine Donroe ». C’est un jeu de mots avec son prénom et celui du président James Monroe, qui au XIXe siècle voulait garder l’Europe hors de l’Amérique latine. Aujourd’hui, l’idée est de dire : « C’est notre continent à nous ». Il s’agit de tenir à l’écart la Chine, la Russie et l’Iran. Roromme Chantal, spécialiste des relations internationales à l’Université de Moncton, nous explique que tout ça s’inscrit dans une guerre hégémonique. Trump s’autorise à prendre le contrôle des ressources, manu militari s’il le faut, pour gagner cette bataille.
Le Sud sous tension : Pétrole, Chine et corridors stratégiques

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Si on descend vers le sud, la situation est un peu plus complexe. Prenez la Colombie et le Mexique. Ce sont de gros exportateurs de pétrole, certes, mais Trump manque d’excuses valables pour y intervenir militairement. Contrairement au Venezuela, difficile de lier le président colombien Gustavo Petro aux cartels, même si le pays produit de la cocaïne. Pareil pour le Mexique, par où transite le fentanyl. Ces gouvernements sont démocratiquement élus. Jean Daudelin pense qu’une intervention directe serait trop coûteuse et improbable, bien qu’on ne puisse pas exclure des actions ciblées, comme détruire un labo ou un bateau.
Et pour le pétrole ? L’ironie, c’est que les infrastructures vénézuéliennes sont en piteux état. Le vrai pactole, il est ailleurs : en Guyane, au Suriname et au nord-est du Brésil. C’est là que ça se passe ! Des gisements de haute qualité y ont été découverts et la compagnie américaine Exxon Mobile est déjà sur le coup. C’est beaucoup plus intéressant pour eux que de tenter de redresser l’industrie vénézuélienne.
Mais le grand rival, c’est la Chine. Elle est passée du statut d’acteur mineur à puissance dominante en Amérique latine en vingt ans. Le Parlement européen prévoit même qu’elle sera le premier partenaire commercial de la région d’ici 2035. Elle investit partout : Brésil, Chili, Pérou, Uruguay… Les constructeurs automobiles chinois comme BYD et Great Wall Motor y ouvrent des usines. Trump veut casser cette dynamique.
Regardez le Panama. Trump n’en a pas parlé récemment, mais en décembre 2024, il voulait reprendre le contrôle du canal (que les USA ont rendu en 1979) par peur d’une mainmise chinoise. Résultat ? Le Panama s’est retiré des « Nouvelles Routes de la soie » chinoises pour calmer le jeu. Ailleurs, au Pérou, la Chine construit le port de Chancay (un projet de 1,3 milliard de dollars US via l’entreprise Cosco). Ça, ça fait peur à Washington car ça pourrait révolutionner le commerce vers l’Asie. Selon Roromme Chantal, les États-Unis vont probablement mettre une pression d’enfer pour faire capoter ces projets.
Et le Canada dans tout ça ? Une cible potentielle ?
On pourrait croire qu’on est à l’abri, nous, au Nord. Mais l’idée de faire du Canada le « 51e État » n’est pas si farfelue dans l’esprit de certains républicains. Trump a déjà exprimé sa convoitise. Il nous accuse – comme le Mexique – de ne pas en faire assez contre le fentanyl et l’immigration, usant de la menace des tarifs douaniers pour nous forcer à bouger. Mais au fond, les États-Unis nous voient aussi comme un immense réservoir.
Pensez-y : les sables bitumineux de l’Alberta, les minéraux critiques du Cercle de feu en Ontario, et bien sûr, notre eau. Le Québec, avec Hydro-Québec, est un géant mondial de l’énergie, et les Grands Lacs sont une source d’eau douce inestimable. Une intervention militaire ici ? Improbable, disent les experts, car nous sommes leur principal partenaire commercial. Mais les pressions économiques, elles, sont bien réelles.
Pour conclure, Roromme Chantal nous met en garde : ce serait une grave erreur de fermer les yeux. Trump a une obsession de la grandeur. Pour lui, la Russie est le seul pays qui dépasse les États-Unis territorialement. Annexer le Canada, ou du moins nous soumettre totalement, permettrait de « surclasser » la Russie sur la carte. De plus, avec le pétrole vénézuélien désormais sous contrôle américain, notre pétrole canadien pourrait être remplacé sur le marché US. C’est un levier puissant pour nous affaiblir et obtenir des concessions. Bref, tout ça s’inscrit dans un jeu géopolitique bien plus vaste qu’il n’y paraît.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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