Un mystérieux manuscrit médiéval trouve une explication inattendue dans un simple jeu de dés et de cartes

Un mystérieux manuscrit médiéval trouve une explication inattendue dans un simple jeu de dés et de cartes credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)

Un mystère qui dure depuis des siècles

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Vous savez, c’est une histoire qui me fascine depuis longtemps. Imaginez un livre, vieux de plus de six cents ans, écrit dans une langue que personne ne comprend, rempli de dessins étranges de plantes qui n’existent pas et de symboles célestes. C’est le manuscrit de Voynich. Depuis qu’il a été retrouvé en 1912 par un libraire nommé Wilfrid Voynich, ce codex n’a cessé de défier les plus grands esprits. Linguistes, historiens, cryptographes… tous s’y sont cassé les dents, sans jamais réussir à lire une seule phrase. Même les intelligences artificielles les plus puissantes d’aujourd’hui n’ont rien pu faire. Alors, qu’est-ce que c’est ? Un code secret incroyablement complexe ? Une langue perdue ? Ou simplement… un immense canular, une blague de savant qui a traversé les âges ?

Le manuscrit est aujourd’hui précieusement conservé à la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’université Yale, aux États-Unis. Il a été daté par le carbone 14, ce qui nous donne une fourchette assez précise : il a été créé entre 1404 et 1438. Mais ça, c’est à peu près la seule chose dont on est sûr. Le reste ? Un grand point d’interrogation.

Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Une nouvelle étude, parue dans la revue Cryptologia, propose une piste concrète, presque tangible. Elle ne prétend pas avoir décodé le manuscrit, non. Mais elle montre, de manière étonnamment simple, comment un tel texte énigmatique aurait très bien pu être fabriqué à l’époque, avec les moyens du bord. Loin des spéculations folles, c’est une approche méthodique, presque artisanale. Ça nous ramène les pieds sur terre, et c’est passionnant.

L’idée géniale : un chiffrement fait avec des cartes et des dés

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Cette étude, c’est le travail d’un journaliste scientifique nommé Michael Greshko, qui collabore avec le National Geographic. Il a développé un système de codage qu’il a baptisé le Naibbe cipher. Le principe est d’une simplicité presque déconcertante. C’est un système entièrement manuel, qui ne nécessite ni ordinateur ni connaissances mathématiques poussées. Il repose sur deux éléments que tout le monde connaissait au Moyen Âge : des dés et des cartes à jouer. On est loin des algorithmes complexes, et c’est justement toute la force de l’idée.

Voici comment ça marche, en gros. D’abord, on prend un texte source, par exemple un texte en latin ou en italien ancien. Ensuite, on lance un dé. Ce lancer de dé va permettre de découper ce texte en petits morceaux, des segments d’une ou deux lettres. C’est la première étape pour brouiller les pistes.

Puis, on passe aux cartes. Michael Greshko a créé six jeux de cartes différents. Quand on tire une carte, elle nous indique quel tableau de conversion utiliser. Ces tableaux, ce sont comme des grilles de traduction : ils associent des paires de lettres (comme « AB » ou « CT ») à des glyphes, c’est-à-dire des symboles inventés qui ressemblent étrangement aux caractères bizarres du manuscrit de Voynich. Le truc intelligent, c’est que ces tableaux sont « pondérés ». Ça veut dire que certains glyphes apparaissent plus souvent que d’autres, pour coller aux fréquences statistiques qu’on observe dans le vrai manuscrit.

Le résultat, c’est un texte généré qui a l’air exactement comme le voynichais. Il a la même longueur de mots, les mêmes suites de symboles, la même impression d’avoir une grammaire. Mais c’est du bruit, du texte source brouillé. Greshko est très clair là-dessus : il ne prétend pas avoir trouvé le code secret du manuscrit. Mais il prouve, de manière très pratique, qu’un tel système de génération de texte incompréhensible mais structuré était parfaitement à la portée d’un faussaire ou d’un cryptographe du XVᵉ siècle.

Des ressemblances troublantes qui donnent à réfléchir

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Ce qui est frappant avec le système Naibbe, c’est à quel point il arrive à imiter les caractéristiques les plus déroutantes du manuscrit. Prenez la longueur des mots, par exemple. Dans le Voynich, on trouve très peu de mots très courts, une majorité de mots de longueur moyenne, et quelques mots plus longs. C’est un schéma bien particulier. Et devinez quoi ? Le système de découpage aléatoire avec le dé permet de reproduire exactement ce même schéma. Ce n’est pas un hasard, c’est calculé pour imiter.

Ensuite, il y a cette fameuse « grammaire apparente ». En regardant le manuscrit, on a l’impression que les mots suivent des règles, qu’il y a des préfixes et des suffixes qui reviennent. Naibbe crée cet effet de manière astucieuse. Comme il travaille par segments de deux lettres, le système transforme naturellement la première lettre en quelque chose qui ressemble à un préfixe, et la seconde en suffixe. Ça donne cette régularité visuelle qui a tant intrigué les chercheurs.

Et bien sûr, le point le plus important : le texte généré est totalement illisible. Même si on sait qu’il vient d’un texte en latin, les règles d’encodage sont tellement tordues par les tirages de cartes qu’aucun sens ne ressort. On est face à un texte qui a toutes les apparences de la cohérence, mais qui est sémantiquement vide. Exactement comme le manuscrit de Voynich, en fait. C’est un peu comme si on avait fabriqué une montre qui ne donne pas l’heure, mais dont les aiguilles tournent de manière parfaitement réaliste.

Un spécialiste indépendant du manuscrit, René Zandbergen, interviewé par Live Science, avait d’ailleurs fait remarquer qu’il était « difficile d’imaginer comment un faux aussi complexe aurait été réalisé à l’époque ». Le travail de Greshko montre justement que ce n’était peut-être pas si difficile que ça, avec un peu de méthode et d’astuce.

Conclusion : Une nouvelle façon d’aborder le mystère, sans le résoudre

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Alors, est-ce que cette étude met fin au mystère ? Absolument pas, et c’est important de le dire. Michael Greshko ne nous donne pas la clé du manuscrit. Il ne tranche pas la question de savoir s’il s’agit d’un code sérieux ou d’une supercherie géniale. Mais il fait quelque chose d’encore plus utile, à mon avis : il change notre façon de poser les questions.

Au lieu de demander « Que dit ce texte ? », on peut maintenant se demander « Comment un tel texte a-t-il pu être produit avec les outils de l’époque ? ». C’est un décalage majeur. René Zandbergen salue d’ailleurs cette démarche, la voyant comme un outil précieux pour « baliser les limites du possible ».

Cette recherche ouvre donc une nouvelle voie. Elle propose d’utiliser le système Naibbe comme une référence, un point de comparaison pour les futures analyses. Si d’autres théories émergent, on pourra les tester contre ce modèle pour voir si elles sont plus ou moins plausibles. Elle rappelle aussi une leçon d’humilité : même au XVe siècle, avec des cartes et des dés, on pouvait créer une complexité trompeuse qui tromperait les ordinateurs du XXIe siècle.

Le manuscrit de Voynich reste muet. Son secret, s’il en a un, est toujours bien gardé. Mais aujourd’hui, grâce à cette approche concrète et manuelle, nous avons un nouveau moyen, plus solide, d’interroger ce fascinant fantôme du passé. L’enquête est relancée, non pas pour trouver une traduction miracle, mais pour mieux comprendre l’esprit et les gestes de celui ou de ceux qui, il y a six cents ans, ont créé cette énigme parfaite.

Selon la source : science-et-vie.com

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