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Chronique d’un naufrage : comment six mois fatals ont eu raison de la CAQ

credit : votrequotidien.ca (image IA)

La fin du combat

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On s’attendait peut-être à un dernier tour de piste héroïque, mais François Legault n’aura finalement pas été le Rocky Balboa de la politique québécoise. L’image est forte, presque cruelle : le premier ministre, coincé dans les câbles, amoché par les coups, a fini par jeter l’éponge ce 27 novembre 2025. C’est terminé.

Les chiffres donnent le vertige. Trois Québécois sur quatre ont désormais une opinion défavorable de lui. C’est pire que Justin Trudeau au moment de son propre départ, c’est tout dire. Et que dire de la Coalition avenir Québec (CAQ)? Le parti ne récolte plus que des miettes, un maigre 11 % des intentions de vote selon le dernier sondage Pallas-Qc125-L’actualité sorti juste avant l’annonce fatidique.

Mais comment en est-on arrivé là? Comment un homme qui marchait littéralement sur l’eau durant la pandémie, affichant des taux d’approbation soviétiques de plus de 90 %, s’est-il transformé en paria politique? Bien sûr, chacun a ses raisons, ses frustrations. Mais quand on gratte un peu, quand on parle aux sources internes et qu’on décortique les sondages depuis octobre 2022, une évidence saute aux yeux. Tout s’est joué dans une fenêtre de tir minuscule. Six mois. Entre avril et novembre 2023, la machine a déraillé. Récit d’une autodestruction en règle.

Avril 2023 : Le fiasco du troisième lien

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Tout commence par un jeudi frisquet, le 20 avril 2023. Geneviève Guilbault, alors vice-première ministre, se pointe devant les journalistes. Elle a l’air d’une scientifique sortie de son labo après des mois d’isolement, des cartables énormes sous le bras. Seule. Le moral dans les chaussettes. Elle doit annoncer l’impensable : la promesse phare de la CAQ, le fameux troisième lien entre Québec et Lévis, c’est fini. Enfin, la version routière.

Les raisons techniques s’empilent : explosion des coûts, achalandage inexistant, pentes trop abruptes pour les camions… « C’est une décision qui a été très difficile », admet-elle, tentant de faire passer la pilule du tunnel réservé au transport collectif. Mais en coulisses, c’est la panique totale. La veille, lors d’une réunion d’urgence avec le caucus de Québec, c’était le drame. Bernard Drainville, député de Lévis, oscillait entre colère noire et larmes. Jean-François Simard était furieux. Martine Biron, elle, restait muette de stupeur.

Pendant ce temps, les ministres montréalais comme Fitzgibbon ou Dubé ne s’en faisaient pas trop; pour eux, le jeu n’en valait pas la chandelle. Mais le mal était fait. Guilbault savait que défendre ça seule serait un calvaire, et elle avait raison. La sanction est immédiate et brutale. La CAQ, qui trônait avec 22 points d’avance, perd 14 points en une semaine dans la région de Québec. C’est une hémorragie. Pour la première fois depuis 2017, Léger place la CAQ et le PQ à égalité technique dans la Capitale-Nationale (26 % contre 28 %). Les gens se sentent trahis : 55 % des gens de Québec sont choqués. Une source interne l’admet aujourd’hui : « On a été trop vite. On aurait dû préparer les esprits. » Le ver était dans la pomme.

L’été de tous les dangers : salaires et défaites

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Comme si ça ne suffisait pas, voilà que les députés se mettent à réclamer leur dû. En mai 2023, le gouvernement dépose un projet de loi pour augmenter le salaire des élus de 30 %, le faisant passer de 101 000 $ à 131 000 $. Ce n’était pas une promesse électorale, loin de là. C’était une demande pressante, voire militante, du caucus qui estimait ne pas être payé à sa juste valeur pour les sacrifices consentis.

François Legault avait résisté durant son premier mandat, mais là, échaudé par la crise du troisième lien, il cède. « On a acheté la paix », confie un conseiller. Quelle erreur de jugement. Le timing est catastrophique. Les syndicats sont en pleine négo, on leur offre 9 % sur cinq ans alors que les députés se votent 30 % d’un coup. « Un peu de jugement, s’il vous plaît! » s’indigne Magali Picard de la FTQ. L’opinion publique décroche, mais les députés partent en vacances, heureux, sans voir l’orage qui gronde.

Le réveil est brutal. Le 19 juillet, Joëlle Boutin démissionne dans Jean-Talon. Une partielle est déclenchée pour le 2 octobre. La CAQ pense pouvoir sauver les meubles, mais sur le terrain, c’est l’enfer. Pascal Paradis du PQ tape sur le clou du mensonge du troisième lien. Malgré le porte-à-porte intensif, même par le chef de cabinet Martin Koskinen, rien n’y fait. Le soir du 2 octobre, le verdict tombe : le PQ l’emporte avec 5800 voix de majorité. Une gifle.

Et là, Legault commet l’irréparable. Le lendemain, en panique, il pivote à 180 degrés et relance l’idée du troisième lien routier! Personne n’est au courant, même pas son bras droit Koskinen qui lâche un « Il vient de faire quoi?! » au téléphone. Geneviève Guilbault, qui l’apprend à la télé, est livide. La crédibilité du gouvernement vient de voler en éclats pour de bon.

Novembre 2023 : Le coup de grâce des Kings

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Le clou final du cercueil est planté en novembre. Le 7 du mois, le ministre des Finances Eric Girard joue les prophètes de malheur avec une mise à jour économique sombre : « Les six prochains mois seront très difficiles », dit-il, serrant la vis aux employés de l’État. Le message est clair : il n’y a plus d’argent.

Sauf que… une semaine plus tard, le 14 novembre, le même Eric Girard, tout sourire cette fois au Centre Vidéotron, annonce une subvention de 5 à 7 millions de dollars pour faire venir les Kings de Los Angeles. Deux matchs hors concours. Une « célébration du hockey », qu’il dit. On apprend que la décision était prise depuis août, une idée de Girard lui-même pour amadouer la LNH.

Le contraste est dévastateur. D’un côté, des enseignants de la FAE qui s’apprêtent à partir en grève générale pour des miettes, de l’autre, des millions pour des millionnaires du sport. « On a complètement échappé le ballon », avoue un conseiller. Le symbole est mortel. Le public ne pardonne pas cette incohérence. Les sondages de fin novembre et début décembre confirment le désastre : le PQ passe devant avec 30 % contre 24 % pour la CAQ. Jeu, set et match.

C’est la fin. En six mois, une avance de 22 points a été dilapidée, un revirement de situation de 28 points au total. Ce n’est pas Northvolt ou la SAAQclic qui ont coulé la CAQ, ce sont ces six mois d’errements, d’improvisation et de déconnexion totale. Quand le lien de confiance est brisé, c’est pour toujours. Les électeurs n’oublient pas, et l’histoire vient de le prouver cruellement.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.