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Analyse : Sommes-nous vraiment prêts à payer le prix d’une rupture avec les États-Unis?

credit : votrequotidien.ca (image IA)

Un changement de ton qui secoue Davos

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C’est le moins qu’on puisse dire : le discours de Mark Carney à Davos, ce 20 janvier, n’est vraiment pas passé inaperçu. En affirmant haut et fort que nous vivons un moment de « rupture » — et non une simple transition — et en appelant les puissances moyennes à s’unir face à l’hégémonie américaine, le premier ministre du Canada a opéré un virage à 180 degrés. C’est un changement de ton radical vis-à-vis de nos voisins du sud. Et forcément, ça fait réagir.

Donald Trump, fidèle à lui-même, l’a pris un peu personnel. On apprend qu’il a retiré, jeudi soir, l’invitation qu’il avait pourtant envoyée à M. Carney pour rejoindre son « Conseil de paix ». Une réaction épidermique qui soulève une question inquiétante : ce discours va-t-il nuire à l’avenir de l’ACEUM? Cette allocution, soyons honnêtes, était très bien rédigée et aura probablement sa place dans les livres d’histoire. Mais est-ce bien prudent? Si les Européens peuvent se permettre de faire bloc face à Trump — notamment quand il veut acheter le Groenland sur un coup de tête —, le Canada est-il vraiment dans la même position? J’en doute.

Sur le plan diplomatique, ne nous leurrons pas : ce texte sera lu, relu et décortiqué à Washington. Mark Carney joue-t-il avec le feu? C’est la question qui brûle les lèvres dans les milieux d’affaires. Les entrepreneurs et employeurs se demandent comment ce président, toujours aussi imprévisible, va réagir. Véronique Proulx, la PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, n’a pas caché son inquiétude à Zone info mercredi. Elle craint les effets sur nos relations commerciales. Sachant que nous sommes en plein processus de révision de l’accord de libre-échange (l’ACEUM), elle souligne que plusieurs chefs d’entreprises sont préoccupés de voir ce discours impacter négativement les négociations en cours. Comme elle l’a si bien dit : « Si le premier ministre parle ainsi… est-ce que ça va avoir un impact négatif sur les négociations où, dans tous les cas, on ne peut pas prédire ce que le président Trump va faire? Ça vient prolonger l’incertitude. »

La réalité implacable de notre dépendance économique

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Il faut se poser la question : compte tenu de notre dépendance quasi vitale au marché américain, la sortie de Mark Carney était-elle absolument nécessaire? Les États-Unis ne sont pas juste un voisin, c’est notre partenaire historique. Notre prospérité repose en grande partie sur cette relation. Notre commerce est totalement intégré, nos hydrocarbures ne vont pratiquement que là-bas, et notre secteur manufacturier en dépend. Sans parler du parapluie sécuritaire qu’ils nous offrent.

Regardons les chiffres, car ils sont têtus. En 2024, les exportations canadiennes vers les États-Unis ont atteint le montant vertigineux de 592 milliards de dollars. Cela représente 76 % de toutes nos exportations. De l’autre côté, nos importations se sont élevées à 489 milliards. C’est colossal. Prenons le pétrole : sur les plus de 4 millions de barils exportés chaque jour, 96 % filent vers le sud. Pour le gaz naturel? C’est encore plus simple : la totalité, 100 % de ce qu’on expédie à l’étranger, va aux États-Unis.

Et ce n’est pas tout. Environ 85 % de nos PME exportatrices font des affaires avec les Américains. Si on regarde l’emploi, c’est tout aussi frappant : dans l’industrie du pétrole et du gaz, 73 % des emplois dépendent directement de ce commerce. Pour la fabrication et le matériel de transport, on parle de 63 % des emplois liés aux échanges transfrontaliers. On peut vouloir s’affirmer, mais peut-on ignorer ces réalités?

2025 : Une année de turbulences et de diversification

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La meilleure stratégie reste peut-être celle que Mark Carney tente d’accélérer depuis le printemps dernier : la diversification. Et ça commence à bouger. On a vu la part de nos exportations vers les États-Unis reculer à 67 %. C’est notable. Si on regarde la période d’octobre 2024 à octobre 2025, les chiffres de Statistique Canada montrent que nos exportations vers le sud ont baissé de 6,9 %. Pendant ce temps, elles ont grimpé de 7,1 % vers le Mexique et de 18 % vers la Chine. Le plus spectaculaire? Une hausse de 91,5 % vers le Royaume-Uni, merci à l’or dont le prix a littéralement explosé cette année-là.

Bonne nouvelle tout de même : le Canada a évité la récession en 2025, malgré la tempête des tarifs douaniers de Trump. La catastrophe annoncée n’a pas eu lieu. Le PIB croit, on crée de l’emploi, et la bourse est en feu. Certes, l’économie se porterait mieux sans ces menaces, mais l’ACEUM nous protège encore : 86 % de nos exportations échappent aux tarifs. L’année a été mouvementée : le PIB a pris 2,2 % au premier trimestre 2025, a chuté de 1,8 % au deuxième (l’effet choc des tarifs), avant de rebondir de 2,6 % au troisième. Une année moyenne, et les économistes prédisent que celle qui commence ne sera pas un grand cru non plus.

Il faut dire que tout n’est pas la faute de Trump, même s’il a le dos large — ce qui arrange bien nos politiciens. La réduction importante du nombre d’immigrants accueillis par le fédéral joue aussi sur le ralentissement. Côté portefeuille, l’inflation est passée de 1,8 % en décembre 2024 à 2,4 % en décembre 2025. Et encore, ce taux serait plus bas sans la suspension de la TPS sur certains produits, une mesure de l’ex-premier ministre Justin Trudeau fin 2024 qui avait artificiellement baissé les prix. L’impact des tarifs sur nos prix a finalement été très limité. Le chômage? Stable, passant de 6,7 % à 6,8 % en un an. Par contre, la création d’emplois s’essouffle : seulement 226 000 emplois ajoutés, contre 385 000 en 2024 et 534 000 en 2023. Mais regardez la bourse! Avec l’or qui a pris 73 % depuis le retour de Trump le 20 janvier 2025, le S&P TSX a bondi de 30 % en date du 20 janvier 2026. Une croissance phénoménale.

Conclusion : L’arroseur arrosé et les visées politiques

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L’ironie du sort, c’est que l’effet le plus brutal de la politique tarifaire de Donald Trump se fait sentir… aux États-Unis. Une étude du Kiel Institute for the World Economy est formelle : les importateurs et consommateurs américains ont absorbé 96 % du coût des tarifs imposés depuis un an. Les revenus douaniers ont atteint 200 milliards de dollars en 2025, une facture payée presque entièrement par les citoyens américains. C’est probablement pour ça que leur inflation reste collée autour de 3 % et que la Réserve fédérale n’a pas pu baisser les taux autant que le président l’espérait. Les sondages montrent d’ailleurs que les Américains sont insatisfaits, surtout avec le prix des aliments qui reste élevé.

Leur marché du travail s’en ressent aussi. Le taux de chômage aux États-Unis a grimpé de 4 % à 4,4 % en 2025. C’est encore faible, on s’entend, mais la tendance est là. Après avoir créé plus de 2 millions d’emplois par an en 2023 et 2024, la machine a ralenti : seulement 584 000 emplois créés en 2025. Alors oui, le discours de Mark Carney est marquant. Peut-être a-t-il des visées électoralistes en jouant la carte de la fermeté, ce qui résonne bien ici au Canada. Mais sur le strict plan économique et commercial, dans ce contexte délicat de révision de l’ACEUM, on peut légitimement se demander si c’était le geste le plus avisé.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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