Quand les cellules cancéreuses MTAP-déficientes désactivent nos défenses immunitaires : un ancien médicament pourrait changer la donne

Quand les cellules cancéreuses MTAP-déficientes désactivent nos défenses immunitaires : un ancien médicament pourrait changer la donne credit : freepik

Le mystère de l’immunité silencieuse

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La lutte contre le cancer, c’est souvent une course d’obstacles, n’est-ce pas ? Et l’un des plus frustrants, c’est quand le système immunitaire – notre meilleure défense, théoriquement – reste totalement muet face à la tumeur. Mais une découverte récente menée par une équipe de la China Medical University pourrait bien fournir une clé pour déverrouiller cette résistance.

Ils ont rapporté que les cellules cancéreuses qui manquent d’une enzyme appelée MTAP envoient en fait des signaux de silence qui désactivent l’immunité interne, rendant les traitements comme les agonistes STING totalement inefficaces. Le plus fascinant dans cette histoire, c’est qu’un vieux médicament, le DFMO (Difluoromethylornithine), que l’on utilise depuis des décennies pour d’autres choses, semble capable de rétablir la situation. On parle ici de passer d’une tumeur « déserte » sur le plan immunitaire à une tumeur « active ». C’est prometteur, très prometteur même.

Comprendre la MTAP et son lien avec le cancer

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Alors, c’est quoi cette MTAP exactement ? C’est l’abréviation de méthylthioadénosine phosphorylase, une enzyme dont le rôle est crucial dans ce qu’on appelle la voie de récupération de la méthionine. En gros, elle recycle le méthylthioadénosine pour en refaire de la méthionine, un acide aminé essentiel. Simple, non ?

Le problème, c’est que le gène qui code pour la MTAP se trouve sur le chromosome 9p21.3. Et juste à côté, il y a deux gènes extrêmement importants, les suppresseurs de tumeurs CDKN2A et CDKN2B. Dans de très nombreux cancers humains, ces gènes sont fréquemment perdus en même temps. Quand la MTAP disparaît, on sait que ça modifie le métabolisme et les voies de méthylation cellulaire, mais jusqu’à présent, l’impact sur le système immunitaire restait un peu flou. Cette étude vient apporter un éclairage décisif là-dessus.

Le fossé de la thérapie STING

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Vous avez peut-être entendu parler de l’immunothérapie qui vise à transformer les tumeurs « froides » – celles que l’immunité ignore – en tumeurs « chaudes ». Pour cela, on cible les voies de détection des acides nucléiques cytosoliques. C’est un peu comme une alarme de danger interne de la cellule.

Les agonistes STING sont censés activer cette alarme. En laboratoire, sur des animaux, les études précédentes montraient une activité antitumorale spectaculaire. Un succès incroyable ! Mais alors, pourquoi, je vous le demande, les essais cliniques chez les patients n’ont-ils montré aucun bénéfice évident ? C’est ce que les scientifiques appellent le « fossé translationnel ». Cette nouvelle recherche, publiée dans la revue Science, visait précisément à comprendre pourquoi cette alarme est souvent inaudible chez l’humain.

Quand la perte de MTAP coupe le signal d’alarme interne

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Pour mener l’enquête, l’équipe a utilisé des lignées cellulaires humaines n’ayant qu’une seule différence : la présence ou l’absence de MTAP. Et les résultats sont sans appel. Les cellules cancéreuses sans MTAP montrent des bouffées beaucoup plus faibles d’IFNβ et des gènes stimulés par l’interféron, même lorsqu’elles sont confrontées aux signaux de danger habituels (comme poly(dA:dT) ou 2ʹ,3ʹ-cGAMP).

C’est un peu comme si quelqu’un coupait le fil du téléphone avant même que vous ayez pu appeler à l’aide. Le signal d’alarme de danger est totalement affaibli. Le fait de remettre la MTAP dans ces cellules ou de restaurer l’IRF3 (un facteur clé dans la réponse immunitaire) a permis de rétablir ces signaux. Ils ont même confirmé cela sur des échantillons humains, en examinant 430 spécimens de tumeurs : plus il y avait de MTAP, plus il y avait de protéine IRF3, signe d’une meilleure réponse immunitaire.

Le coupable métabolique : un effet domino complexe

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Comment la perte d’une simple enzyme peut-elle avoir un tel effet sur l’immunité ? C’est le cœur de la découverte. La MTAP sert à nettoyer un produit de déchet, le méthylthioadénosine. Quand elle est absente, ce méthylthioadénosine s’accumule, comme une poubelle qui déborde.

Cette accumulation, figurez-vous, inhibe directement une autre protéine appelée PRMT5. Et ce PRMT5 réduit à son tour la quantité de protéine IRF3, ce qui affaiblit la détection des acides nucléiques. La conséquence, c’est la dégradation de l’IRF3. Les chercheurs ont montré que la protéine MID1 augmentait lors du dysfonctionnement du PRMT5, et c’est cette augmentation qui mène à la destruction de l’IRF3. Bloquer le protéasome (la « broyeuse » de protéines de la cellule) ou faire taire le MID1 permettait de restaurer l’IRF3. C’est une réaction en chaîne métabolique qui sabote l’immunité.

Et ce n’est pas tout ! Ces cellules MTAP-déficientes ne gardent pas le secret pour elles. Elles partagent leur « frein » avec les cellules voisines, même celles qui n’ont pas perdu la MTAP, via ce fameux méthylthioadénosine dans leur environnement, propageant l’immunosuppression.

Le retour inattendu du DFMO pour réactiver les défenses

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La bonne nouvelle, c’est que les chercheurs ont trouvé un moyen d’inverser ce processus. Ils se sont tournés vers un médicament connu, le DFMO (Difluoromethylornithine), développé initialement dans les années 70 pour les infections parasitaires. Ce médicament réduit les concentrations de polyamines et, dans des études précliniques, ralentissait déjà la prolifération tumorale.

Dans cette nouvelle étude, le DFMO a agi comme un déboucheur. Le traitement a fait chuter l’accumulation de méthylthioadénosine, restauré l’activité du PRMT5, réduit le MID1 et, par conséquent, sauvé l’IRF3. L’alarme a recommencé à sonner, produisant de l’IFNβ et des gènes stimulés par l’interféron.

Et chez les souris, les résultats étaient encore plus convaincants. Les tumeurs sans MTAP résistaient aux agonistes STING seuls, mais en combinant le DFMO avec un agoniste STING, les tumeurs ont diminué de manière significative, y compris sur les sites distants. On a vu une augmentation notable des lymphocytes T CD4+ et CD8+, ainsi que des cellules dendritiques, bref : l’immunité était réveillée !

Conclusion : Un espoir pour l’immunothérapie personnalisée

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Alors, que faut-il retenir de tout ça ? Le statut de MTAP n’est pas anodin ; il est présent dans environ 11% des tumeurs humaines. Cette recherche apporte une feuille de route claire, je pense, pour l’avenir des traitements. D’abord, les auteurs suggèrent que vérifier le statut MTAP pourrait devenir essentiel pour orienter les patients vers une immunothérapie basée sur STING.

Mais surtout, la conclusion la plus excitante est que le DFMO pourrait grandement améliorer l’efficacité clinique des agonistes STING chez les patients porteurs de tumeurs avec délétion MTAP. Utiliser un médicament déjà connu, sûr, pour potentialiser une thérapie de pointe, c’est une stratégie gagnante, non ? Ces découvertes confirment la complexité du dialogue entre métabolisme et système immunitaire et ouvrent la voie à des stratégies beaucoup plus personnalisées contre le cancer.

Selon la source : medicalxpress.com