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La maladie d’Alzheimer dérègle l’horloge interne des cellules nettoyeuses du cerveau : une étude prometteuse chez la souris

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Quand le sommeil ne suit plus le rythme du jour

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Quelle plaie, ces nuits agitées ! Les soignants le savent bien : l’un des signes les plus précoces, et je dirais même les plus pénibles, de la maladie d’Alzheimer est ce dérèglement complet du rythme quotidien. On parle de nuits agitées, d’envies de faire la sieste toute la journée, et puis bien sûr, il y a le fameux « syndrome du coucher de soleil » (ou sundowning), cette confusion qui empire systématiquement en fin de journée. C’est un signal fort, n’est-ce pas ?

Ces symptômes nous ont toujours fait penser qu’il y avait un lien, vraiment profond, entre l’avancement de la maladie et notre horloge interne – le système circadien. Mais jusqu’à présent, la nature exacte de cette connexion restait un mystère scientifique. Des chercheurs de l’Université de Washington à Saint-Louis ont cependant fait une découverte assez frappante chez la souris, qui éclaire bien les choses. Ils montrent que ce sont les rythmes circadiens de certaines cellules cérébrales spécifiques qui sont complètement bouleversés.

L’horloge interne pirate les gènes du risque

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Imaginez que votre corps soit un orchestre. Le système circadien, c’est le chef d’orchestre qui dit à 20 % de tous vos gènes quand jouer et quand se taire. Il contrôle absolument tout, de la digestion à votre cycle veille-sommeil. Si le chef s’endort ou s’emballe, la musique devient cacophonique.

Ce qui est fascinant, c’est le travail du Dr Erik S. Musiek, neurologue spécialisé dans le vieillissement et la démence. Il explique qu’il y a 82 gènes clairement associés au risque de développer Alzheimer. Et tenez-vous bien : les rythmes circadiens semblent contrôler l’activité d’environ la moitié d’entre eux ! Chez les souris modélisant la maladie d’Alzheimer, ces cycles d’activité génique sont complètement décalés. C’est une information capitale, parce que si nous savons que le rythme circadien règle ces gènes, nous avons peut-être une chance de les « reprogrammer ».

Le Dr Musiek a d’ailleurs rappelé que les troubles du sommeil sont parmi les problèmes les plus fréquents rapportés par les aidants. Et, malheureusement, on sait que ce sommeil perturbé, en plus de la fatigue qu’il génère, crée des stress biologiques qui accélèrent la progression de la maladie. Casser cette boucle infernale, c’est l’objectif.

Le rôle clé des protéines ‘nettoyeuses’, bien au-delà de YKL-40

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Ce n’est pas la première fois que le Dr Musiek explore cette piste. Il avait déjà identifié une protéine spécifique, appelée YKL-40, dont les niveaux varient selon le cycle circadien et qui joue un rôle dans la régulation de la protéine amyloïde. Vous savez, cette fameuse protéine dont l’accumulation est la marque de fabrique d’Alzheimer.

Il avait constaté qu’un excès de YKL-40 – qui est d’ailleurs lié au risque d’Alzheimer chez l’humain – conduit à une accumulation d’amyloïde. Mais le caractère cyclique des symptômes d’Alzheimer laissait penser que d’autres acteurs étaient impliqués. On sentait qu’il y avait plus dans cette histoire de rythme.

Microglies et astrocytes : les éboueurs du cerveau en panne

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Pour cette nouvelle étude, l’équipe a examiné l’expression des gènes dans le cerveau de souris présentant des accumulations d’amyloïde – un peu comme au début d’Alzheimer chez l’humain. Ils ont comparé ces cerveaux à ceux de souris saines, jeunes et âgées, sans plaque amyloïde.

Comment ont-ils fait ? Ils ont prélevé des échantillons de tissus toutes les deux heures, sur 24 heures. Un vrai travail de fourmi pour analyser quel gène était actif à quel moment précis du cycle. Et ce qu’ils ont trouvé est vraiment édifiant : la présence de ces plaques amyloïdes (et non le simple fait de vieillir) a complètement jeté par-dessus bord les rythmes quotidiens de centaines de gènes dans deux types de cellules cérébrales ultra-importantes : les microglies et les astrocytes.

Si les microglies sont les cellules immunitaires du cerveau, chargées de nettoyer les débris toxiques et les cellules mortes, les astrocytes, eux, sont les « supporteurs » qui maintiennent la communication entre les neurones. Et devinez quoi ? Les gènes affectés sont ceux qui aident habituellement ces microglies à décomposer les déchets du cerveau, y compris l’amyloïde. C’est un peu comme si les éboueurs se mettaient en grève ou perdaient leur emploi du temps !

Un nettoyage devenu chaotique et inflammatoire

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Ce qui est terrible, c’est que la perturbation circadienne n’a pas complètement éteint ces gènes, non. Mais elle a transformé une séquence d’événements bien ordonnée – un peu comme un ballet – en une affaire « au petit bonheur la chance » ou « à tort et à travers » (les scientifiques disent un « scattershot affair »). Ce manque de synchronisation optimale dégrade la capacité des cellules à bien fonctionner, notamment à éliminer l’amyloïde quand il le faut. La régularité, c’est la clé, non ?

En plus de ce chaos, l’amyloïde semble créer de nouveaux rythmes – indésirables – dans des centaines de gènes qui, normalement, n’ont pas d’activité circadienne particulière. Et, comme on pouvait s’y attendre, beaucoup de ces nouveaux gènes sont impliqués dans la réponse inflammatoire du cerveau face aux déséquilibres, comme l’accumulation de plaques. C’est la double peine.

Conclusion : Vers une thérapie ciblée sur l’horloge interne

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Ces découvertes, publiées dans Nature Neuroscience, ouvrent une voie thérapeutique incroyablement prometteuse. Le Dr Musiek pense que ces résultats nous poussent à explorer des traitements qui cibleraient spécifiquement les cycles circadiens des microglies et des astrocytes pour restaurer une fonction cérébrale saine.

Bien sûr, il nous reste encore beaucoup à comprendre. Mais, comme le dit le chercheur, l’étape suivante, c’est d’essayer de manipuler cette horloge : la rendre plus forte, peut-être, ou au contraire, l’éteindre dans certains types de cellules spécifiques. Si nous parvenons à optimiser le système circadien, l’espoir est grand de pouvoir ralentir, voire prévenir, l’accumulation d’amyloïde et d’autres aspects dévastateurs de la maladie d’Alzheimer. C’est, je crois, une belle lueur d’espoir pour l’avenir.

Selon la source : medicalxpress.com