La mélatonine et votre cœur : une étude préliminaire soulève des questions sur l’usage chronique

La mélatonine et votre cœur : une étude préliminaire soulève des questions sur l’usage chronique credit : freepik

L’aide au sommeil est-elle vraiment sans danger ?

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Ah, le sommeil ! C’est souvent la première chose qui nous manque avec l’âge ou le stress. Beaucoup d’entre nous se tournent vers la mélatonine, cette petite pilule blanche, en se disant que c’est « naturel » et donc forcément sans risque. Elle est en vente libre, facile à trouver, et elle promet des nuits plus douces. Quoi de plus simple ?

Mais attention, une étude préliminaire, tout juste présentée lors des Sessions Scientifiques 2025 de l’American Heart Association, vient jeter un pavé dans la mare. Elle suggère que l’utilisation de suppléments de mélatonine sur le long terme — c’est-à-dire une année ou plus — pourrait être liée à des effets assez sérieux sur la santé de notre cœur. Cela mérite qu’on s’y attarde un instant, non ?

Melatonine, c’est quoi au juste ?

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Avant de plonger dans les détails de l’étude, rappelons ce qu’est la mélatonine. C’est une hormone que notre corps produit tout seul, principalement via la glande pinéale. Son rôle ? Régler notre horloge interne, le cycle veille-sommeil. Nos niveaux augmentent naturellement quand il fait sombre, nous préparant à dormir, et diminuent quand il fait jour.

Les suppléments que l’on trouve en pharmacie ou au supermarché sont des versions synthétiques, mais chimiquement identiques, de cette hormone. On les utilise souvent pour gérer l’insomnie chronique ou le fameux décalage horaire. Le hic, surtout aux États-Unis (et cela a son importance) : ces compléments alimentaires ne sont pas réglementés. La pureté, la concentration, la force, tout peut varier énormément d’une marque à l’autre. C’est un peu la jungle, il faut bien le dire.

L’étude qui fait peur : un risque accru pour les gros dormeurs

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Les chercheurs, menés par le Dr Ekenedilichukwu Nnadi, se sont penchés sur les dossiers de santé électroniques de patients souffrant d’insomnie chronique. Ils ont utilisé une immense base de données internationale appelée TriNetX pour comparer deux groupes sur une période de cinq ans.

D’un côté, le « groupe mélatonine » : des personnes ayant utilisé le supplément de manière documentée pendant au moins un an. De l’autre, le « groupe non-mélatonine » : des insomniques qui n’avaient jamais eu de mention de mélatonine dans leurs dossiers médicaux. Important : ils ont exclu de l’analyse tous ceux qui avaient déjà un diagnostic d’insuffisance cardiaque ou qui prenaient d’autres types de somnifères.

Le Dr Nnadi l’a dit clairement : « Les suppléments de mélatonine pourraient ne pas être aussi inoffensifs qu’on le pense couramment. » Si ces résultats sont confirmés, cela pourrait changer la manière dont les médecins nous conseillent.

Des chiffres qui interpellent : les risques de complications cardiaques

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Les résultats de cette étude préliminaire sont plutôt frappants, et je dois avouer qu’ils m’ont surprise. Quand on compare les utilisateurs chroniques de mélatonine avec ceux qui n’en prenaient pas, les différences sont significatives concernant plusieurs issues cardiaques graves :

  • Le risque d’un nouveau diagnostic d’insuffisance cardiaque était environ 1,9 fois plus élevé. C’est presque doubler le risque !
  • Le risque d’hospitalisation due à une insuffisance cardiaque était 3,5 fois plus élevé. Oui, vous avez bien lu, 3,5 fois. C’est énorme.
  • Et, point plus sombre, le risque de décès, toutes causes confondues, était presque multiplié par deux chez les utilisateurs à long terme.

Une autre analyse a aussi montré une augmentation de l’incidence d’insuffisance cardiaque chez les hommes et les femmes, bien que légèrement plus marquée chez les hommes, ce qui est quand même étrange. Pourquoi ces chiffres sont-ils si hauts, hein ? C’est la question que l’on se pose tous.

Le gros bémol : un lien, mais pas une preuve de cause à effet

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Maintenant, il est crucial, absolument crucial, de tempérer ces résultats. Le Dr Nnadi lui-même insiste : « Notre étude ne peut pas prouver une relation de cause à effet directe. » Ce que l’étude montre, c’est une association. C’est un peu comme dire que les gens qui portent un parapluie sont plus susceptibles d’être mouillés : le parapluie ne cause pas la pluie, mais il y a un lien.

Il y a plein de facteurs qui pourraient fausser les résultats. Par exemple, les chercheurs n’avaient pas d’informations sur la sévérité de l’insomnie. Peut-être que les gens qui prennent de la mélatonine depuis plus d’un an ont, de base, une insomnie beaucoup plus grave. Ou peut-être qu’ils souffrent aussi davantage de dépression ou d’anxiété. Ces troubles pourraient être liés à la fois à l’utilisation du supplément *et* au risque cardiaque. C’est ce qu’on appelle en science, des variables confondantes. Cela rend l’interprétation délicate.

Pourquoi les médecins s’inquiètent de la durée d’utilisation

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Ce qui frappe aussi les experts, c’est la durée. La Dre Marie-Pierre St-Onge, spécialiste en médecine nutritionnelle et non impliquée dans cette étude, s’est montrée très surprise. « Je suis étonnée que des médecins prescrivent de la mélatonine pour l’insomnie et que les patients l’utilisent pendant plus de 365 jours. »

Pourquoi cette réaction ? Parce qu’aux États-Unis, la mélatonine n’est pas censée être indiquée pour le traitement chronique de l’insomnie. C’est un supplément, une aide ponctuelle, pas un traitement de fond. La Dre St-Onge rappelle que, comme il est en vente libre, les gens devraient être conscients qu’il ne faut pas le prendre de façon chronique sans une indication claire et surtout, sans suivi médical. C’est une nuance très importante. Ce n’est pas parce que vous l’achetez en vrac que vous pouvez la prendre pendant des années sans vous poser de questions !

Le problème des registres et de la vente libre

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Il y a un autre point technique, mais essentiel, qui complique la lecture de cette étude : les données ne sont pas parfaites. La base de données TriNetX inclut des informations de pays très différents. Dans certains, comme le Royaume-Uni, la mélatonine nécessite une ordonnance, ce qui signifie que son usage est bien enregistré. Mais dans d’autres, comme les États-Unis, c’est en vente libre.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Les personnes qui achètent la mélatonine sans ordonnance, juste sur une étagère, ne sont probablement pas enregistrées comme utilisatrices dans les dossiers médicaux électroniques (EHR). Du coup, un grand nombre de vrais utilisateurs de mélatonine se retrouvent classés dans le « groupe non-mélatonine ». Ce manque d’information exacte sur les doses et la fréquence réelle est une limitation majeure. On ne peut pas savoir si les résultats sont encore plus sévères ou si, au contraire, cela atténue les effets.

Conclusion : que retenir pour votre sommeil et votre cœur

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Alors, faut-il jeter immédiatement votre boîte de mélatonine ? Probablement pas. Mais cette étude, bien que préliminaire et limitée, nous envoie un signal d’alarme important : les suppléments « naturels » ne sont pas toujours synonymes d’innocuité, surtout lorsqu’ils sont pris sur le très long terme.

Le message clé des chercheurs et des experts est double :

  1. L’association n’est pas la causalité : L’étude montre un lien entre l’usage chronique de mélatonine et un risque accru d’insuffisance cardiaque et de mortalité, mais des recherches supplémentaires sont absolument nécessaires pour comprendre si la mélatonine en est réellement la cause.
  2. Parlez-en à votre médecin : Si vous utilisez de la mélatonine depuis plus d’un an pour gérer une insomnie chronique, c’est le moment idéal pour en discuter avec votre cardiologue ou votre généraliste. Il faut évaluer si cette utilisation prolongée est justifiée et si d’autres options sont plus sûres pour votre santé cardiovasculaire.

La tranquillité d’esprit, c’est aussi de s’assurer que l’on prend soin de son cœur tout en cherchant le repos.

Selon la source : medicalxpress.com