RETOUR AUX ACTUALITÉS

Maladie d’Alzheimer : le nouveau traitement anti-amyloïde ne répare pas les fonctions cérébrales à court terme

freepik

L’espoir tempéré du Lécanémab

credit : freepik

La recherche sur la maladie d’Alzheimer (MA) nous apporte souvent son lot d’espoirs suivis de rappels à l’ordre. Le Lécanémab, ce médicament relativement récent, a suscité une vague d’optimisme parce qu’il s’attaque enfin aux fameuses plaques amyloïdes. Mais est-ce que le simple fait de nettoyer le cerveau suffit à le faire fonctionner à nouveau correctement ?

Une équipe de l’Université Métropolitaine d’Osaka, menée par Tatsushi Oura et le Dr. Hiroyuki Tatekawa, vient de publier des résultats dans le Journal of Magnetic Resonance Imaging qui nous rappellent la complexité terrifiante de cette maladie. En gros, même après avoir réduit la charge d’amyloïde, ils n’ont observé aucune amélioration rapide de la fonction de « nettoyage » du cerveau chez les patients. C’est assez frustrant, n’est-ce pas ?

Comprendre l’ennemi : l’accumulation d’amyloïde

credit : freepik

L’Alzheimer est, on le sait, la forme la plus courante de maladie neurodégénérative. C’est une maladie complexe, multi-factorielle. Mais une des causes principales du dégât nerveux, c’est l’accumulation d’une protéine collante appelée amyloïde-bêta (Aβ). C’est un peu comme si cette protéine venait encrasser les rouages délicats de nos neurones.

Chez une personne en bonne santé, notre cerveau est merveilleusement équipé pour gérer ces déchets. Il dispose d’un système unique, qu’on appelle le système glymphatique, qui est essentiel pour maintenir l’ordre et l’hygiène cérébrale. C’est lui qui évacue le surplus de Aβ.

Le système glymphatique : la plomberie du cerveau

credit : freepik

Le système glymphatique, c’est un terme un peu technique, mais il est simple à comprendre. Imaginez une équipe de nettoyage sophistiquée : il utilise le liquide céphalorachidien (LCR) qui circule le long des vaisseaux sanguins, notamment autour des artères, pour pénétrer le tissu cérébral.

Là, ce LCR se mélange au liquide interstitiel, ramassant au passage tous les déchets métaboliques, dont l’Aβ. Ce système tire son nom des cellules gliales qui participent activement à ce processus. Or, chez les patients atteints de MA, l’accumulation d’amyloïde rigidifie les artères, ce qui réduit drastiquement le débit de nettoyage. C’est le début d’un cercle vicieux neurodégénératif.

Lécanémab à l’essai : l’évaluation par IRM

credit : freepik

C’est là que le Lécanémab entre en jeu. Ce traitement est conçu pour réduire spécifiquement la quantité d’Aβ accumulée dans le cerveau. Logiquement, si on enlève le blocage, le système de nettoyage devrait reprendre du service, non ?

Pour vérifier cela, l’équipe d’Osaka a utilisé un outil de mesure très précis pour évaluer ce système glymphatique : l’indice DTI-ALPS (Diffusion Tensor Imaging Along Perivascular Space). Ils ont pris des mesures avant que les patients ne commencent le traitement, puis trois mois après le début de la thérapie.

Le DTI-ALPS, c’est une mesure réalisée par IRM. C’est un peu comme regarder si la tuyauterie est bouchée ou non, mais en utilisant la façon dont l’eau (le liquide) se diffuse dans le tissu. C’est incroyablement ingénieux.

Le verdict imprévu : le déficit est déjà installé

credit : freepik

Contre toute attente, ou du moins, contre nos espoirs, les chercheurs n’ont trouvé aucun changement significatif de cet indice DTI-ALPS entre le début du traitement et trois mois plus tard. Aucune amélioration notable de la fonction de nettoyage.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Les chercheurs en concluent que, bien que le Lécanémab soit efficace pour réduire les plaques d’Aβ et potentiellement ralentir l’aggravation cognitive (c’est-à-dire stopper la catastrophe), il n’est pas suffisant pour restaurer immédiatement la fonction perdue. Le mal est fait. Les dégâts neuronaux et les déficits du système d’évacuation sont déjà si bien établis au moment où les symptômes se manifestent qu’un traitement à court terme ne peut pas effacer l’ardoise.

Tatsushi Oura l’a très bien dit : « Même lorsque l’Aβ est réduit par le lécanemab, l’altération du système glymphatique pourrait ne pas se rétablir à court terme. » C’est un rappel brutal de l’ampleur des facteurs impliqués dans l’évolution de l’Alzheimer.

Conclusion : vers une approche multifactorielle

credit : freepik

Alors, faut-il abandonner tout espoir ? Bien sûr que non. Cette étude ne fait qu’ajouter une pièce au puzzle, une pièce qui montre à quel point cette maladie est complexe et nécessite sans doute des thérapies combinées.

Le Lécanémab continue d’être crucial pour réduire la charge de plaques, mais il faudra probablement agir sur plusieurs fronts à la fois : réduire l’Aβ, ET trouver des moyens de réparer ou de stimuler le système de nettoyage endommagé.

L’équipe japonaise souhaite d’ailleurs poursuivre ses travaux en examinant des facteurs comme l’âge des patients, le stade précis de la maladie et l’état des lésions de la substance blanche. Cela nous aidera à déterminer la meilleure façon d’administrer ce traitement pour obtenir des résultats durables. C’est un long chemin, mais chaque découverte, même celle qui nuance l’enthousiasme, nous rapproche un peu plus d’une gestion efficace de l’Alzheimer.

Selon la source : medicalxpress.com