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L’histoire oubliée d’Alice Guy, la pionnière du cinéma que l’histoire a effacée

credit : votrequotidien.ca (image IA)

Une fondatrice du septième art rayée de l’histoire

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Le cinéma, ce pilier culturel mondial, a pourtant une mémoire sélective. On nous raconte souvent une histoire faite par des hommes, comme si les frères Lumière, Méliès et autres étaient les seuls architectes de cet art. C’est oublier un peu vite, et de manière bien trop commode, une figure majeure : Alice Guy. Née en 1873, elle n’est pas seulement une réalisatrice parmi d’autres. Elle est la toute première réalisatrice de fiction au monde. Imaginez ça, à une époque où le simple fait qu’une femme ait une ambition créative était déjà un scandale.

Pourtant, son nom a été savamment gommé des livres d’histoire pendant des décennies. Ses films, attribués à d’autres. Son rôle, minimisé. C’est un effacement qui en dit long, je trouve, sur la façon dont on construit les récits dominants. On choisit qui on met en lumière, et surtout, qui on laisse dans l’ombre. Son parcours, c’est bien plus qu’une biographie, c’est une clé pour comprendre les mécanismes qui ont caché le travail des femmes dans le cinéma. Alors, rétablissons les faits, une bonne fois pour toutes.

Du secrétariat aux studios : l’incroyable ascension d’une autodidacte

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Son histoire commence loin des plateaux. Alice Ida Antoinette Guy naît le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé. Son père, Émile Guy, était éditeur-libraire, un métier qui a mené la famille un peu partout – en Suisse, en Amérique du Sud, au Chili précisément, à Valparaíso. Une enfance pas banale, qui a dû forger son adaptabilité. Mais après des drames familiaux et une faillite, la jeune Alice doit rapidement gagner sa vie. Elle se forme comme sténo-dactylo, une compétence rare et précieuse dans les années 1890.

C’est ce qui lui ouvre les portes du Comptoir Général de Photographie à Paris en 1894. Elle y est secrétaire. Mais son esprit curieux dépasse largement les tâches de bureau. C’est là qu’elle rencontre Léon Gaumont, qui va racheter l’entreprise pour fonder ce qui deviendra la puissante Gaumont & Cie. Le vrai déclic ? Elle assiste à la démo du Cinématographe des frères Lumière en mars 1895. Tout le monde voit une machine à enregistrer le réel. Elle, elle y voit immédiatement un outil pour raconter des histoires. Une intuition géniale.

Elle propose à Gaumont de tourner une petite saynète. Il accepte, à condition que ce soit sur son temps libre, bien sûr. En 1896, à 23 ans à peine, elle réalise « La Fée aux choux ». Une femme qui sort des bébés de choux, c’est fantaisiste, mais c’est bel et bien une fiction narrative. Et ça, c’est fondamental. Des historien.nes comme Alison McMahan l’ont confirmé : ce film précède ceux de Georges Méliès, pourtant souvent crédité de cette invention. Elle a osé imaginer le cinéma comme un art du récit quand la technique dominait tout.

Gaumont est impressionné. Dès 1897, il lui confie la direction de la production de fictions. Elle devient la première femme au monde à un tel poste. Elle fait tout : scénarios, casting, décors, montage artisanal. Elle engage même les futurs grands noms comme Louis Feuillade et Victorin Jasset. Sous sa houlette, plus de 400 films sortent entre 1896 et 1907. Des courts, souvent, mais pas que. En 1906, elle se lance dans un projet monumental : « La Vie du Christ ». 25 tableaux, 35 minutes, 660 mètres de pellicule ! Elle mobilise 300 figurants et 25 décors, tourne en studio et en extérieur. Une ambition folle pour l’époque.

Et techniquement, elle n’a pas froid aux yeux. Masquages, doubles expositions, ralentis… Elle expérimente tout. Surtout, elle maîtrise le Chronophone, un système de synchronisation sonore développé par Georges Demenÿ. Elle réalise ainsi une centaine de « phonoscènes », des films chantés ou parlés. Elle supervisait tout, de l’artistique à la logistique, bien avant que Hollywood n’invente le système des studios. Elle était, en quelque sorte, l’architecte d’un mode de production.

Solax : le rêve américain et un cinéma audacieux

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La suite de son aventure est encore plus folle. En 1910, installée aux États-Unis avec son mari Herbert Blaché, elle ne se contente pas de suivre. Elle fonde sa propre société : la Solax Company à Flushing, New York. Puis, elle va plus loin. Elle investit la somme colossale de 100 000 dollars pour construire son propre studio à Fort Lee, New Jersey. Elle devient ainsi la première femme à diriger un studio de cinéma. Son studio était ultra-moderne, avec un toit amovible pour la lumière et des décors sur rails. Rien que ça.

Avec Solax, elle produit plus de 300 films et en réalise elle-même entre 40 et 50. Et elle ne fait pas dans la dentelle. Ses films abordent des sujets sociaux très engagés pour l’époque. Dans « The Making of an American Citizen » (1913), elle parle de violences conjugales et d’intégration des immigrés. Dans « Résultats du féminisme » (1906), elle inverse carrément les rôles de genre, un pied de nez précoce aux stéréotypes.

Elle avait aussi une conscience sociale rare. « A Fool and His Money » (1912) est l’un des tout premiers films avec un casting entièrement afro-américain, dans une Amérique ségrégationniste. Elle formait ses actrices, comme Vinnie Burns, à faire leurs propres cascades et leur offrait des rôles physiques dans des westerns ou des policiers. Son cinéma était populaire, oui, mais il était aussi un vecteur d’idées et de représentations nouvelles. C’était du cinéma indépendant, engagé et inventif, porté par une vision unique.

L’oubli, la lutte et une reconnaissance tardive

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Mais l’industrie a basculé. À partir de 1914, tout migre vers Hollywood. Les grands studios écrasent les indépendants comme Solax. Avec son mari, elle tente de résister en créant Blaché Features, mais c’est la descente aux enfers. En 1920, le fisc saisit le studio. Son mari la quitte pour une actrice et part à Hollywood. Alice, affaiblie par la grippe espagnole, le suit un temps, mais ils divorcent en 1922. Abattue, elle rentre en France avec ses deux enfants.

Et là, le mur. L’industrie française l’a oubliée. Le langage cinématographique a évolué, le parlant arrive, les portes se ferment. Pour survivre, elle fait des traductions, écrit des romans pour enfants, donne quelques conférences. Peu à peu, son œuvre disparaît. Ses films sont attribués à d’autres, souvent à des hommes de son entourage. Dans ses mémoires, publiés seulement en 1976, elle écrit, avec une amertume palpable : « Ma jeunesse, mon inexpérience, mon sexe, tout conspirait contre moi ». C’est criant de vérité.

Sur les centaines de films qu’elle a réalisés ou produits, à peine une centaine ont été identifiés et sauvés. La reconnaissance est venue, mais avec un retard scandaleux. Elle reçoit la Légion d’honneur en 1955, grâce à Louis Gaumont, le fils de Léon. Elle meurt en 1968, dans une indifférence presque générale. Il a fallu attendre des documentaires comme « Be Natural » en 2018 pour que son nom ressurgisse vraiment. Aujourd’hui, son influence est enfin réévaluée. Elle n’est plus une note de bas de page, mais une fondatrice essentielle du 7e art. Son histoire nous rappelle surtout à quel point l’Histoire est un récit qu’il faut sans cesse interroger, de peur d’en oublier les chapitres les plus importants.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.