Un géant de béton au cœur d’un paysage magique
credit : votrequotidien.ca (image IA)
Le barrage de Roselend, en Savoie, c’est bien plus qu’une simple infrastructure. C’est une silhouette imposante plantée au milieu d’un décor à couper le souffle : un lac d’un bleu turquoise, des alpages verts suspendus à flanc de montagne. Mais derrière ce spectacle, se cache une pièce maîtresse, essentielle, du réseau hydroélectrique français. Pour le découvrir, la journaliste Virginie Guilhaume a pris la route du Beaufortain, accompagnée d’une guide de choix : Marie Bochet, la championne de ski paralympique originaire de la région. Ensemble, elles sont parties sur les traces de ce colosse pour comprendre comment il a façonné, et façonne encore, ce territoire et ses habitants.
Un paysage transformé : entre beauté et déchirements
Le voyage commence au Plan de la Lai, un balcon naturel qui offre une vue plongeante sur le lac et le barrage. Pour Marie Bochet, cet endroit est chargé d’émotion. « C’est un endroit magique », confie-t-elle, un lieu de son enfance, profondément ancré en elle. Elle y montre à Virginie un détail pour le moins inattendu : une authentique cabine téléphonique londonienne rouge, installée là par son père. Une blague de famille qui est devenue, avec le temps, l’un des points de vue les plus photographiés du coin.
Mais face à ce paysage, on ne peut pas ignorer l’ouvrage principal. Et Roselend n’est pas seul. Il fait partie d’un système avec deux autres barrages dans le Beaufortain : La Gittaz et Saint-Guérin. Tous trois convergent vers la même centrale, celle de La Bâthie. Leur construction, entre 1955 et 1960, a bouleversé la vallée de fond en comble. Villages, alpages, lieux de vie ont dû être évacués. L’historien Séverin Duc ne mâche pas ses mots pour décrire cette période : départs forcés, terres ancestrales vendues, fermes laissées à l’abandon, et même des cimetières qu’il a fallu déplacer. « C’était un choc terrible », admet-il. Mais il souligne aussi cette capacité savoyarde à « prendre appui sur la contrainte » pour avancer. Marie Bochet abonde dans ce sens : « Les Savoyards se réinventent en permanence. » Aujourd’hui, ces barrages font tellement partie du décor qu’ils semblent avoir toujours été là, intégrés à l’identité même de la région.
Une énergie vitale, pilotable et réactive
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Au pied même du mur de béton, Virginie rencontre Jan Tuczapski, le directeur d’EDF Hydro Savoie Mont-Blanc. D’un geste de la main, il embrasse les 150 mètres de hauteur de l’ouvrage. Les chiffres qu’il donne ensuite donnent le vertige : « Le barrage de Roselend alimente la centrale de la Bâthie, elle-même reliée au réseau 400 000 volts. C’est une installation à enjeu national », explique-t-il. C’est dire son importance stratégique.
L’atout majeur de l’hydroélectricité ici, c’est qu’elle produit une énergie 100% renouvelable, mais surtout qu’elle est pilotable. Concrètement, elle peut compenser en temps réel les variations imprévisibles du solaire ou de l’éolien. Quand le vent tombe ou que le ciel se couvre, les vannes s’ouvrent et les turbines démarrent presque instantanément pour stabiliser le réseau électrique. C’est une précision indispensable, un vrai régulateur pour la sécurité d’approvisionnement de toute la France.
Mais cette réactivité a aussi son revers. Lâcher de l’eau dans les torrents en aval peut faire monter leur niveau très brutalement. Jan Tuczapski insiste sur la prudence : « Suivre les panneaux de sécurité le long des cours d’eau, c’est essentiel pour profiter de la montagne en restant en sécurité. » Une mise en garde simple, mais vitale pour les promeneurs.
Le refuge de Plan Mya : où la tradition savoyarde perdure
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Pour découvrir l’autre visage du Beaufortain, Marie invite Virginie au refuge de Plan Mya, tenu par sa sœur, Alice. Ici, on est loin des turbines et du béton, mais au cœur de l’histoire alpine de la famille Bochet. Ce refuge, qui était autrefois un simple chalet d’alpage, perpétue une tradition où l’agriculture, l’élevage et la gastronomie se mêlent naturellement.
Dans la cuisine, Alice prépare un sauté de veau pour les randonneurs du soir. Tout en coupant ses légumes, elle évoque le parcours de leur père, qui fut longtemps président de l’Union des producteurs de Beaufort. Une figure importante pour cette AOP emblématique qu’est le Beaufort, ce fromage savoureux né des pâturages du massif. Ce fromage, à lui seul, symbolise cette alliance fragile et précieuse entre la nature, un savoir-faire ancestral et une capacité d’adaptation constante.
« On a l’électricité, bien sûr, mais la magie se fait sur la boisinière », dit Alice avec un sourire, en désignant le vieux poêle à bois. Elle y tient, à cette cuisson qui parfume les plats d’une chaleur et d’une saveur uniques, qu’aucune plaque électrique ne pourrait reproduire.
Conclusion : L’équilibre savoyard, entre innovation et mémoire
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De la terrasse du Plan de la Lai aux sentiers menant au refuge, cette journée dans le Beaufortain a révélé ce qui fait la force et la singularité de la Savoie. C’est un territoire qui a su maîtriser une énergie puissante au point d’en faire un pilier national. C’est une terre qui assume son passé, même lorsqu’il fut douloureux, avec le déplacement des populations pour laisser place aux barrages. Enfin, c’est un art de vivre unique, où l’innovation technique la plus pointue côtoie sans heurt la mémoire des alpages, le savoir-faire fromager et la chaleur d’un repas cuit au bois. Le barrage de Roselend n’est pas qu’un géant de béton ; il est le symbole de cet équilibre constant, de cette réinvention permanente qui définit l’identité savoyarde.
Selon la source : science-et-vie.com
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