L’ordre vaccin ou infection influence-t-il notre immunité contre le Covid-19 ?
Richard Davis - 2025-12-23 10:49
credit : credit : votrequotidien.ca (image IA)
Une question qui a intrigué les scientifiques

credit : votrequotidien.ca (image IA)
Alors que la pandémie de Covid-19 s’éloigne peu à peu, les scientifiques continuent de décortiquer les mécanismes complexes de notre immunité. Vous savez, aujourd’hui, la plupart d’entre nous possédons ce qu’on appelle une immunité hybride. C’est un mélange un peu particulier entre la protection apportée par le vaccin et celle laissée par une infection naturelle au virus. C’est devenu la norme, mais une grande question est restée en suspens pendant longtemps.
Est-ce que l’ordre dans lequel on a vécu ces deux événements a une importance ? En clair, est-ce que le fait d’avoir été vacciné avant d’attraper le Covid, ou l’inverse, change quelque chose à la force et à la durée de notre protection ? On pourrait penser que non, que le résultat final est le même. Pourtant, une nouvelle étude menée en Catalogne suggère que l’ordre a bel et bien son importance, notamment pour se défendre contre les variants comme Omicron sur le long terme.
Cette recherche, publiée dans la revue prestigieuse Nature Communications, a été pilotée par l’Institut de Barcelone pour la Santé Globale (ISGlobal). Elle a bénéficié de collaborations avec l’Institut Catalan de la Santé et l’Institut Jordi Gol, ainsi que du soutien de la Fondation Privée Daniel Bravo Andreu. Une belle aventure collective, donc.
Une étude unique sur quatre ans auprès des soignants

credit : votrequotidien.ca (image IA)
Pour répondre à cette question, il fallait des données solides et suivies dans le temps. Les chercheurs ont eu l’idée de se tourner vers un groupe qui a été en première ligne depuis le début : le personnel soignant. Plus précisément, ils ont étudié 357 professionnels de santé de Catalogne Centrale, regroupés dans ce qu’on appelle la cohorte COVIDCatCentral. Imaginez un peu le parcours de ces personnes : exposées au virus à chaque vague, certaines vaccinées très tôt, d’autres infectées avant même que les vaccins ne soient disponibles.
Le protocole était méticuleux. L’équipe, avec Anna Ruiz-Comellas en charge du travail sur le terrain, a analysé des prélèvements sanguins réalisés de manière répétée entre 2020 et 2023. Sur les 357 participants, 160 avaient été vaccinés avant de contracter le virus, tandis que 197 avaient été infectés en premier. Et dans ce dernier groupe, une donnée frappante : presque tous (98% pour être exact) avaient été infectés par le tout premier variant, celui de Wuhan. Ça pose un contexte très particulier.
Grâce à des tests sérologiques réguliers, les chercheurs ont pu détecter aussi bien les infections symptomatiques que celles qui passaient inaperçues. Ils ont ensuite mesuré, avec une grande précision, la réponse immunitaire en scrutant à la fois les anticorps et les cellules T, ces soldats de l’immunité qui tuent les cellules infectées. Ils ont testé la réaction contre cinq antigènes viraux différents. C’est un travail de fourmi, mais qui a permis de constituer une base de données unique, couvrant presque toute la durée de la pandémie.
Des résultats qui divergent selon le type de défense immunitaire

credit : votrequotidien.ca (image IA)
Alors, qu’ont-ils découvert ? Les résultats sont nuancés et fascinants. Ils montrent que notre système immunitaire ne réagit pas de la même manière selon le premier « choc » qu’il a reçu.
Du côté des anticorps, l’équipe menée par Carlota Dobaño a observé une différence nette. Les personnes dont la première exposition au SARS-CoV-2 s’est faite par le vaccin ont développé, par la suite, des niveaux plus élevés d’anticorps de type IgG et IgA. Et pas contre n’importe quelle souche : ces anticorps étaient particulièrement dirigés contre six lignées différentes du variant Omicron, visant une partie cruciale du virus appelée le « domaine de liaison au récepteur » de la protéine Spike. En gros, leur système, alerté d’abord par le vaccin, semblait mieux armé pour reconnaître les nouveaux visages du virus. Fait intéressant : cette différence s’est estompée au fil du temps et des nouvelles expositions (vaccins ou infections), comme si les parcours finissaient par se rejoindre.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car de l’autre côté, les chercheurs ont noté quelque chose d’assez différent concernant l’immunité cellulaire, portée par les lymphocytes T. Ici, c’était les personnes infectées en premier qui montraient une réponse des cellules T un peu plus forte. Gemma Moncunill, co-auteure principale de l’étude, avance une explication : une infection naturelle expose l’organisme à un « répertoire » d’antigènes viraux plus large, ou à une charge virale plus importante, ce qui pourrait mieux stimuler cette branche de l’immunité. Mais attention, elle tempère aussitôt : le nombre de participants évalués sur ce point précis était limité. Il faut donc interpréter ce résultat sur les cellules T avec une certaine prudence.
Une protection clinique qui évolue avec les variants

credit : votrequotidien.ca (image IA)
Bon, c’est bien joli de mesurer des anticorps dans des éprouvettes, mais est-ce que ça se traduit dans la vraie vie, dans la protection contre l’infection ? C’est là que l’étude devient encore plus parlante. Les chercheurs ont pu constater que les différences biologiques se reflétaient directement dans le niveau de protection clinique au fil du temps.
Au début de la pandémie, quand les variants en circulation (comme Alpha ou Delta) ressemblaient encore beaucoup au virus originel de Wuhan, les personnes infectées en premier étaient mieux protégées. Logique : leur système avait appris sur le « vrai » virus. Mais les choses ont basculé avec l’arrivée fracassante d’Omicron, fin 2021. Ce variant, très différent des précédents, a changé la donne. Et là, l’avantage a clairement changé de camp. Ce sont les personnes vaccinées en premier qui ont été mieux protégées contre les infections percées (les infections malgré la vaccination ou une infection précédente).
Otavio Ranzani, premier auteur de l’étude, résume ainsi : « Nos résultats apportent de nouvelles preuves que la première exposition aux antigènes du SARS-CoV-2 via la vaccination renforce l’effet protecteur à long terme de l’immunité hybride. » En d’autres termes, commencer par le vaccin a forgé une réponse immunitaire qui s’est montrée plus adaptable, plus résiliente face aux mutations du virus. Ça met en lumière, a posteriori, le rôle crucial des campagnes de vaccination : elles n’ont pas seulement protégé sur le moment, elles ont aussi aidé à façonner une mémoire immunitaire robuste pour faire face aux variants futurs.
Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un projet européen plus large, END-VOC, dont le but est précisément de soutenir la réponse au Covid-19 et de se préparer pour d’éventuelles futures pandémies. Une pierre à l’édifice de la science, pour mieux comprendre et mieux anticiper.
Selon la source : medicalxpress.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.