Une énigme médicale vieille de deux cents ans
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Vous savez, certaines personnes laissent une trace si profonde qu’on a l’impression de les connaître. Leurs histoires nous sont familières, leurs mots résonnent encore. Mais parfois, les détails les plus intimes de leur vie, comme leur propre souffrance, nous échappent complètement. C’est un peu le cas avec Jane Austen. On lit et relit Orgueil et Préjugés ou Raison et Sentiments, on s’imagine la vie dans les campagnes anglaises du début du XIXe siècle… et pourtant, on ignore ce qui lui a réellement coûté la vie, à seulement 41 ans.
Deux siècles après sa mort, survenue un 18 juillet 1817, le mystère reste entier. C’est fascinant, et un peu frustrant, non ? Malgré tous les progrès de la médecine, le voile ne s’est pas levé. Les chercheurs se penchent sur ce cas comme sur une énigme policière, en scrutant les seules preuves disponibles : ses lettres personnelles. Mais comme nous allons le voir, ces indices, aussi précieux soient-ils, ne mènent pas à une conclusion définitive.
Le contexte d’une médecine encore dans le brouillard
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Pour bien comprendre, il faut se replacer dans l’époque. Imaginez : en 1817, la médecine en est encore à ses balbutiements. Les médecins posaient des diagnostics à l’instinct, à l’intuition. Les analyses de sang ? Inconnues. La notion de germes et de bactéries ? Elle ne sera établie que des décennies plus tard, par des gens comme Robert Koch qui n’identifiera le bacille de la tuberculose qu’en 1882 – une date devenue depuis la Journée mondiale de la tuberculose, comme le rappelle le CDC.
Pourtant, Jane Austen n’a pas été négligée. Sa famille a fait appel aux meilleurs. En mai 1817, elle est transférée à Winchester pour être soignée par un certain Giles Lyford, chirurgien en chef de l’hôpital du comté. On ne peut pas dire qu’elle ait été entre les mains de charlatans. Mais face à l’absence d’outils diagnostics, que pouvait-il vraiment faire ? Son état, décrit comme s’étant détérioré sur plus d’un an avec des hauts et des bas – de la fatigue, des douleurs, de la fièvre –, devait être incompréhensible.
Et puis, il y a sa sœur, Cassandra. Elle a été son pilier, son témoin silencieux jusqu’au bout. Mais après la mort de Jane, elle est restée très discrète. Dans une lettre à leur nièce, quelques jours après l’enterrement, elle évoque simplement la perte d’« une sœur, un trésor tel qu’il n’en existe pas d’autre ». Rien de plus sur la cause du décès. Le silence est parfois le plus lourd des témoignages.
Le puzzle des symptômes et l’hypothèse du lupus
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Alors, faute de dossier médical, comment avancer ? Les chercheurs se sont plongés dans la correspondance de Jane Austen. Et ce qu’ils y ont trouvé est un véritable tableau clinique, décrit par la plume même de la romancière. Elle y parle de douleurs articulaires, d’une fatigue écrasante, de poussées de fièvre et d’une perte d’appétit. Mais le détail le plus frappant est sans doute cette éruption cutanée au visage qu’elle décrit avec une précision d’écrivaine : une peau devenue « noire et blanche, et de toutes les mauvaises couleurs ».
Ces symptômes, qui se sont aggravés à partir de l’été 1816, ont été analysés de près dans une étude publiée en 2021 dans la revue Lupus. Les auteurs, le Dr Michael D. Sanders (un neuro-ophtalmologiste passionné de littérature) et Elizabeth Graham, tous deux anciens consultants à l’hôpital St Thomas de Londres, ont émis une hypothèse surprenante. Selon eux, Jane Austen aurait pu souffrir d’un lupus érythémateux systémique, une maladie auto-immune qui touche principalement les jeunes femmes.
Ce n’est pas la première théorie, bien sûr. Depuis les années 1960, on a parlé de la maladie d’Addison, d’un cancer lymphatique ou encore de la tuberculose. Mais aucune ne colle parfaitement à l’ensemble des symptômes. L’idée du lupus, elle, semble rassembler les pièces du puzzle : les douleurs, les éruptions cutanées qui vont et viennent, la fièvre cyclique, les périodes de rémission. Certains, comme CNN, suggèrent même que cette maladie chronique, avec ses fluctuations imprévisibles, aurait pu colorer les tonalités plus sombres et les réflexions sur la maladie dans ses derniers romans, comme « Persuasion » ou « Sanditon ».
Les limites de la science face aux mystères du passé
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Mais voilà, émettre une hypothèse, c’est une chose. Prouver un diagnostic rétrospectif, c’en est une autre, bien plus ardue. La médecine moderne bute sur l’absence de preuves tangibles. Il n’y a pas de certificat de décès détaillé, pas de dossier, pas d’échantillon exploitable. Même les quelques mèches de cheveux de Jane Austen qui ont été conservées n’ont rien donné. Le musée Jane Austen’s House a précisé que les analyses menées en 2015 ont été faussées par des contaminations au métal, rendant les résultats inutilisables.
On pense parfois que l’ADN est une clé universelle. Après tout, il a permis de percer les secrets de la santé de Beethoven. Mais sans follicule pileux, le séquençage ne pourrait au mieux révéler qu’une prédisposition génétique à certaines maladies, pas un diagnostic clair. Et de toute façon, beaucoup de scientifiques jugent aujourd’hui que cette piste ne mènerait à rien de définitif.
Cette impasse est révélatrice. Elle montre les limites de notre savoir quand il se confronte au passé. Comme l’explique la chercheuse Jaime Konerman-Sease dans un article de la revue Christian Bioethics, la compréhension ne réside peut-être pas toujours dans un diagnostic précis, mais parfois dans la lecture même des récits de souffrance.
Conclusion : Un mystère qui humanise plus qu’il n’obscurcit
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Alors, doit-on voir dans cette énigme médicale un échec ? Je ne crois pas. Au contraire. Cette part d’ombre autour de la santé de Jane Austen ne ternit pas son image ; elle la rend plus humaine, plus tangible. Elle nous rappelle que derrière les chefs-d’œuvre intemporels, il y avait une femme de chair et de sang, confrontée à la fragilité de son corps, dans un monde où la médecine ne pouvait pas grand-chose pour elle.
Son œuvre continue de nous parler, de nous émouvoir. Et son histoire personnelle, avec ses zones d’ombre, nous renvoie aussi à nous-mêmes, à notre propre rapport à la santé et à l’incertitude. Finalement, ce mystère persistant est peut-être le reflet le plus fidèle de la condition humaine : parfois, les réponses les plus simples nous échappent, même avec tout l’arsenal de la science moderne. Et il faut apprendre à vivre avec ces questions sans réponses.
Selon la source : science-et-vie.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.