RETOUR AUX ACTUALITÉS

Double regard sur le cerveau : Comment deux scanners révèlent l’anxiété future des adolescents

freepik

Le poids des erreurs chez l’adolescent

credit : freepik

On se souvient tous de l’adolescence, n’est-ce pas? C’est une période où l’on a souvent cette impression pénible que le monde entier nous observe, en train de juger chacune de nos erreurs, même les plus petites gaffes. Pour la plupart d’entre nous, heureusement, cette gêne et cette conscience de soi s’estompent avec le temps. Mais pour d’autres, malheureusement, ce sentiment s’ancre profondément, et se transforme parfois en une véritable anxiété, bien difficile à gérer.

Une nouvelle étude américaine, menée par les chercheurs de l’Université de Californie du Sud (USC), vient de faire une avancée significative pour expliquer pourquoi cette différence existe. C’est un travail colossal, publié dans la revue scientifique JAMA Network Open, qui pourrait bien, à terme, faciliter le repérage des jeunes les plus à risque avant que l’anxiété ne s’installe vraiment. La clé ? Regarder deux fois le cerveau.

Tempérament craintif : Un facteur de risque, mais pas une fatalité

credit : freepik

Les jeunes qui ont participé à cette recherche font partie d’une étude longitudinale très rare, financée par le National Institute of Mental Health. Il faut s’imaginer qu’on les suit depuis leur petite enfance pour observer comment leur tempérament initial influe sur leur développement cérébral et leur santé mentale des années plus tard.

Beaucoup de ces participants avaient été identifiés très tôt comme ayant ce que les psychologues appellent un «tempérament craintif» : une tendance naturelle à réagir timidement ou très prudemment face à de nouvelles personnes ou à des situations inconnues. On sait que ce trait augmente le risque d’anxiété, c’est un fait établi. Mais ce qui intéressait le plus le chercheur principal, Emilio Valadez, était de savoir pourquoi certains s’en sortent très bien malgré ce point de départ. En somme, pourquoi l’anxiété ne frappe pas tout le monde, même avec un profil similaire ?

«Nous voulions savoir pourquoi certains enfants développent l’anxiété alors que d’autres non, même s’ils partagent des traits précoces similaires», a expliqué Valadez. Ils espéraient trouver des indices dans la manière dont le cerveau des ados réagissait aux erreurs.

L’outil de la prévision : Fusionner l’EEG et l’IRMf

credit : freepik

Pour dénicher ces fameux indices, les chercheurs ont demandé aux adolescents de passer un test simple sur ordinateur, conçu exprès pour provoquer des petites bévues – il fallait appuyer sur le mauvais bouton après une série rapide de flèches. Pendant qu’ils travaillaient, leur activité cérébrale était mesurée grâce à l’utilisation de deux technologies bien connues, mais rarement combinées ainsi.

Il y avait l’électroencéphalographie (EEG), qui est incroyablement rapide et suit l’activité dans le temps, mais elle est imprécise sur la localisation. Et puis, l’IRM fonctionnelle (IRMf), qui est lente, mais très précise pour montrer *où* l’activité se produit dans le cerveau. Chacune donne une partie de l’histoire, mais pas l’ensemble. L’équipe a scanné les adolescents deux fois, à 13 ans puis à 15 ans.

Ils ont alors développé une technique inédite pour fusionner ces données. Cette «fusion EEG-IRMf» a permis d’obtenir une vue beaucoup plus nette et complète de la façon dont le cerveau répond aux erreurs, et surtout, comment ces schémas changent au fil du temps. C’est «comme utiliser vos deux yeux ensemble pour la perception de la profondeur», a imagé Valadez. L’activité cérébrale est soudainement mise au point.

L’étonnante précision des données combinées

credit : freepik

Ce qui est étonnant, figurez-vous, c’est que lorsque les chercheurs ont analysé les données, ils ont découvert que l’EEG ou l’IRMf seules ne permettaient pas vraiment de prédire les changements d’anxiété. Rien de bien concluant. Mais quand ils ont combiné les deux informations… là, les résultats ont été spectaculaires, franchement.

La donnée fusionnée a permis d’expliquer environ 25% des différences dans la manière dont les niveaux d’anxiété des adolescents évoluaient entre 13 et 15 ans. C’est un pourcentage énorme, permettant des prédictions beaucoup plus fortes que celles qui se basaient uniquement sur le tempérament précoce, l’âge ou le sexe.

Valadez lui-même a exprimé sa surprise : «Je m’attendais peut-être à cinq ou dix pour cent. Mais 25%, c’est un grand saut. J’ai même cru que j’avais fait une erreur au début.» Cela montre à quel point l’observation de la réponse du cerveau aux petites erreurs est révélatrice de ce qui se passe sous la surface.

Quand le cerveau se trompe : La carte des régions clés

credit : freepik

L’étude a aussi réussi à identifier deux régions précises du cerveau qui semblent jouer des rôles opposés. Pour les jeunes qui étaient déjà très timides ou craintifs étant bébés, une forte activité dans une région spécifique – le cortex cingulaire antérieur dorsal – prédisait, hélas, une plus grande anxiété plus tard. Cette région est connue pour aider le cerveau à détecter les erreurs et les menaces potentielles. Logique, je suppose : si elle est trop active, tout semble une menace.

Mais il y avait une bonne nouvelle. Une autre région, le cortex cingulaire postérieur, semblait avoir un effet protecteur. Les adolescents avec un tempérament craintif, mais qui montraient une croissance d’activité dans cette région avec le temps, avaient tendance à devenir moins anxieux.

En termes simples, la façon dont le cerveau traite et gère les erreurs – et surtout comment cette réaction évolue pendant cette fenêtre clé de l’adolescence – est ce qui va façonner si l’anxiété va s’améliorer ou s’aggraver.

Conclusion : Un pas vers une aide plus précoce pour nos jeunes

credit : freepik

Bien sûr, cette étude n’a pas d’implications immédiates pour les familles au quotidien, comme l’a rappelé le professeur Valadez. On ne va pas se précipiter chez le médecin pour demander une fusion EEG-IRMf demain matin ! Mais elle représente une avancée fondamentale vers la capacité de prédire le risque de troubles anxieux plus tôt, avant même que les symptômes complets n’apparaissent vraiment.

L’espoir, c’est que cette découverte ouvre la porte à des traitements personnalisés, délivrés plus tôt. Valadez et son équipe veulent d’ailleurs explorer si des prédictions similaires pourraient être faites encore plus tôt, peut-être quand les enfants ont seulement 8 ou 9 ans.

Parce que le but ultime, et je crois que nous sommes tous d’accord là-dessus, c’est de lire «l’histoire du cerveau» suffisamment tôt pour savoir quels enfants pourraient avoir besoin d’un coup de pouce, et de le leur donner. C’est l’espoir d’offrir ce soutien précieux avant que l’anxiété ne devienne un combat de toute une vie.

Selon la source : medicalxpress.com